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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Roman pluriel | L’inconnu du pont de la Garonne
Où DEB vous propose d’écrire à plusieurs un roman polaro-fantastico-psychologique

L’Inconnu du pont… | Part II

L’Inconnu du pont de la Garonne

Deuxième partie

roman pluriel

Pour participer à l’écriture de ce roman collectif : écrire votre fragment dans le commentaire. J’intègre ou je n’intègre pas (c’est moi le maître du jeu). Indiquez où vous souhaitez voir insérer votre texte car il ne s’agit pas de cadavres exquis, le texte peut être nourri çà et là, complété… J’essaierai au fur de maintenir la cohérence. Périodiquement je “lisserai” tout ça… Et pourquoi, au final, n’y aurait-il pas une publication ? (Le premier roman collectif écrit sur le net !) Soyez inventifs et inventives…

 

 

Lire la première partie


Les personnages :

- Un cadavre inconnu (Charles-Antoine Bastien | Claude Pilchard)
- Docteur Culsec : médecin légiste
- La divine Ludivine (meuf de Culsec)
- Inspecteur Pinault (chargé de l’enquête)
- Commandant Franco
- Devin dit “l’Asseulé” (l’adjoint de Pinault ?????????)
- Marysol, travelo brésilien (amant de Pinault ?)

- Inspecteur Lazaguard (c’est une femme)

Les indices :
- Une Bentley (probablement fausse)
- Le cadavre porte, tatoué, un petit papillon aux ailes dépliées.

     

Par petite mauve :

Se mettre en scène soi même, prendre toutes les apparences, endosser les âmes des uns, des unes et des autres, être le metteur en scène, tous les acteurs… le prédateur, vampiriser les amis les potes les copines et tout recracher dans un roman pluriel en mouillant d’autres qui n’ont pas les clés, se servir de la chair, des souvenirs, des confidences… Pour la danse des mots, des rebondissements ! Quel pied ! Quel panard pour un écrivain en mal d’inspiration… pour un éditeur en quête d’un scoop, un vidéaste en recherche d’images intimes !!!

Être tous pour ne plus être soi. Être soi pour les baiser tous ! N’être rien et tirer les ficelles, se cacher derrière une panoplie sommaire, au théâtre ce soir ! Les trois coups sonnent ! Guignol, dieu de pacotille. Le pouvoir ! Le pouvoir sur les autres… les manipuler à l’envi…

Devenir un personnage de roman de son roman. Homme invisible donc qui voit tout. L’inconnu de la Bentley était mort de mort naturelle et les balles tirées après ! pour créer une intrigue, crédibiliser le roman noir. Noir comme l’âme du DEB, comme nos âmes à tous.

D’ailleurs y avait-il un roman ? Y avait-il des personnages ? Y avait-il des auteurs ? Tous derrière des pseudos, leurs lunettes noires, leur chapeau en somme ! Lisa Mona ne trouverait rien car elle se fiait trop aux apparences, aux certitudes, aux faits, aux preuves ! D’ailleurs Lisa Mona existait-elle ?

Sinon dans nos imaginations… Démonter le roman, le remonter, inlassablement comme la mer, comme les saumons à contre courant, comme le mascaret de Garonne…

Tous des pantins, des marionnettes. Moi je construis des marionnettes… le DEB se la jouait Christophe ! Grand romantique devant l’Eternel, au fond… Il vivait par procuration comme nous tous ici.

Cette histoire ? du vent ! du flan ! Avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure s’est trop tard, je te plais…

Oui il se plaisait le DEB, il se plaisait le DEB devant le miroir de la vie !!! De ce polar fantasticoéroticocomique. Papillon par-ci, Pinault par là et surtout Lisa qui lui procurait des sensations nouvelles….

Charognard oui, fossoyeur aussi !

Mais nous étions là à continuer à écrire, pris au filet de son désir… Soumis et consentants. En redemandant même !

L’heure de ma mort, l’heure de ma mort ! Quand sonnera l’heure de ma mort chantait l’autre. L’heure de celle du mort ? Difficile car le DEB avait recueilli les dernières paroles et s’en était allé… puisqu’il avait sa nourriture pour ses films et ses histoires…

Chapeau, lunettes et doubles !

Culsec, Lisa Mona encore une scène torride à venir… Avec ses chaleurs ça allait chauffer et la table de marbre ne le resterait pas longtemps.

On allait voir ce qu’on allait voir !

    ***

Passer, trépasser. Quelle différence ? La mort n’est qu’un passage.

Ce sont les autres qui la constate, mais pour le mort, plus rien… fini ! nada niet ! Mort, le mort savait cela. Il avait la sapience.

Le DEB prit le revolver sans trembler. Il enleva le cran de sécurité. il mit le revolver sur la tempe de Mort. Il appuya sur la gâchette. Sans trembler et sans quitter des yeux le Mort.

Le coup est parti, étouffé, curieux bruit ! Rien ne s’est passé, la tête n’a pas éclaté, le sang n’a pas giclé… Un bruit mou a suivi, le Mort s’est affaissé. Sa tête est retombée de côté, il avait un sourire un drôle de sourire qui rappelait au DEB celui de.. Lisa Mona, oui le même sourire.

Comme qui dit “je t’ai bien eu !”

Le DEB était calme, il reposa le revolver, arrêta la caméra.

”Coupez !” cria-t il pour exorciser !

C’était un film, un roman dans le roman, un film dans le film… A mourir… de rire !

Le Mort n’était qu’une baudruche, il allait se dégonfler. Lisa Mona une poupée gonflable qui allait éclater !

Culsec un paltoquet et Pinault un mauvais acteur de série B ! La Marie oui la Marie que tous avaient oubliée, une comédienne de sonde zone, en devenir… Divine Ludivine ? Fausse star de porno et vraie pute ! Quant au papillon lui n’avait pas été prévu, sans doute la ligue d’improvisation derrière tout ça ?

Et lui le DEB qui mettait fin au tournage qui était-il au fond ? Vaste question… toute une vie ne suffirait pas à y répondre.

Woody Allen et sa Rose pourpre du Caire transformée en inconnu du pont de la Garonne !!!

Entrez mesdames et messieurs ! entrez le spectacle va commencer !!!!

Le DEB fantasmait, lui devenu fantasme ! Un autre film à préparer…


***

Un fil

un fil nous tient à cette histoire oui un, pas deux mais plein d’autres qui peuvent se dérouler comme dans une vie, tant de chemins possibles mais c’est celui là que nous suivrons…

Fil R SS ou autre… SS kapo kapout ! le Mort kapout ! Fil d’Ariane… fil à la patte, fil de fer, file à l’anglaise, double file, elle file file file file la route qui va vers toi…

Le DEB chantait, il était délivré, enfin le croyait il… Lisa Mona veillait.

Il y avait bien encore des interrogations ! Roger G, RG certes on pouvait penser à ceux qui filaient, RG quoi !

Mais il y avait aussi Hergé ! Eh oui, chapeaux, lunettes, doubles…. Dupont & Dupond. Même on pouvait penser au professeur Tournesol !

Bref Tintin n’était pas loin… Ni Rintintin, son flair allait il nous trouver la vérité sur cette histoire bien fil-andreuse ?

Fil, cordon. Fallait il couper le cordon, ombilical s’entend ? Larguer le père, tuer le père, tuer l’inspiration ! Expirer donc… Tuer l’œuvre, l’œuvre au noir, noir comme le chapeau, les lunettes, les vêtements du DEB, comme ce polar noir. Polar de nuit comme les papillons

Eux aussi avaient filé, vers leur sale besogne. Ils se faufilaient n’importe où, n’importe quand, n’importe comment.

Culsec s’enfilait les morts lui et à défaut ne rechignait pas devant une Lisa Mona.

De fil en aiguille, on allait arriver à la fin. Car tout a une fin. La filature du DEB avait repris, en file indienne les témoins attendaient au commissariat pour derrière la glace en tain désigner le suspect n °1 parmi les hommes qui avaient été amenés là.

Lisa Mona était décidée. Elle l’aurait ! Elle l’aurait !

Et il filerait doux sous sa baguette, pas de fée ! Elle était plutôt du côté des carabosses et autres sorcières… Mais le DEB avait un petit penchant sado maso qui lui faisait aimer les fessées et autres punitions excitantes !

“Appelons un chat un chat” disait-il toujours ! Justement le chas de l’aiguille béait, attendant le fil à enfiler, et miaulait à tout va ! Chat petit chat si minaudant, tout pour plaire ce chat la. Chabadabada chabadabada

Un homme, une femme…

Et voilà c’était reparti, projection privée, défense d’entrer !

Le DEB se faisait son cinéma, sur l’écran noir de ses nuits blanches ! Il risquait gros. Il risquait de se retrouver au trou.

chabadabada chabadabada

un homme, une femme…

au trou au cachot en cellule

pour un crime qu’il n’avait pas commis mais tout l’accusait.


***

Ça roupillait dans le commissariat, ça sentait les vacances… mobilisation zéro ! Pourtant les ordres d’en haut étaient de faire du chiffre. Même qu’on fichait les gamins de 13 ans maintenant !!!

Lisa Mona fulminait. Le DEB avait annulé sa venue, une vidéo à faire, urgente qu’il avait prétexté…

Mouaih, Lisa Mona n’y croyait qu’à moitié. Elle avait mis quelques-uns de ses hommes pour surveiller la maison et les déplacements du DEB.

Pinault avait une angine carabinée… 40° de fièvre, au lit ! Ratatiné le pauvre…

L’enquête patinait… elle patinait, sur un grand lac un lac gelé… Non ici c’était Garonne !

Les papillons continuaient à éliminer sans trop en faire, surtout ne pas affoler la population. Les gens ne tombaient pas comme des mouches. Mais, si la canicule s’y mettait, les papillons pourraient faire diversion. Pour le moment la canicule n’était pas là, donc méfiance !

Et si on se faisait une petite sieste crapuleuse songeait le DEB ???

 

***

 

Par Brigitte Giraud :

Enchaînés ? Nous ne l’étions pas, non. Je n’avais jamais voulu l’être. La liberté visible et invisible est celle qui énonce des NON majuscules, des NON manifestes, et pas de maître pour contraindre l’esprit. Au risque de se perdre, de perdre tout, (et sans savoir véritablement ce que “tout” signifie. C’est quoi “tout”, je ne comprends pas !), je dis que vivre est ma mauvaise affaire. Une enquête au long cours, mon énigme à moi. Irrésolue. Mais j’ai de la patience avec moi-même. J’apprends. J’apprendrai. Peut-être parviendrais-je à m’aimer un peu.

 

Par petite mauve :

Premier, second degré ! On n’arrêtait pas de gravir des marches !

Enchaînés déchaînés, tout, rien, oui, non, personne, quelqu’un, inconnu … on s’y perdait dans le grand labyrinthe…

Mais nous étions libres, électrons libres… juste jouant !!! Enfants de la lune, promises du soleil.

Aimons nous les uns les autres et aimons nous d’abord ! Oui la grande question, enfin une des…

Cela ne commençait il pas là ? Lisa Mona se regardait dans le miroir : Miroir mon beau miroir, dis moi que je suis la plus belle !”

Tintin en fond, Da Vinci et autres, quel casting DEB !!!!

Et ta sieste au fait ? racontes nous…

Au frais dans ta demeure, rideaux tirés, draps repassés, oreillers tapotés. Tu rêvassais DEB, tu fantasmais… Lisa Mona t’intéressait au fond. Elle t’intriguait. Même que peut-être que t’étais en train de tomber amoureux DEB !

Ouaih a-mou-reux ! Enamorato !!!! Tomber en amour ! Zut ça collait pas dans l’histoire.

Un hic, ou bien un défi !!!! A relever. Mort t’avait lancé un sort qui sait ? Sa mort ne devait pas servir à rien. Tu devais le venger. Lui ton alter ego, ton double, ton ombre désormais, ton souffle spectral.

Le mort Mort ton idéal.

Demain tu allais rencontrer Lisa Mona et ta vie pouvait basculer. Il te fallait renverser le cours de ta vie. Lisa Mona pouvait en être le déclic le merveilleux ou le fatal déclic.

 

***

 

Ah Lisa Mona tu en aurais besoin de cette beauté zen et simple, qui vient du cœur et touche au cœur !

 

 

Par Brigitte Giraud :

Mais il n’y a pas de cœur, ici. Que des chiens qui aboient tous ensemble. Qui ne pensent pas, non ! qui ne pensent pas. Seulement leurs merdes immondes. Des bêtises, je vous dis. Je me suis trompée comme souvent. Une naïveté que je paie cher. Au secours ! J’ai peur. Je n’ai rien à faire avec vous, ici. Je ne sais plus le code requis.

 

 

Par petite mauve :

L’heure était grave, des chiens aboyaient et voulaient se faire passer pour des agneaux.

Pourtant ils étaient comme les autres avec leur part d’indicible et d’ombre…

Les leçons pleuvaient comme des flèches ! La poix coulait pour nous détruire… mais le cauchemar allait finir, la paix revenir, … quand ?

Leçons, jugements comme le dernier qui nous était destiné ! Mais qui ici se prenait pour Dieu ? Lisa Mona était terrifiée dans son lit, baignée de sueur, réveillée par un affreux rêve !!!!

Cette Affaire la tourmentait et elle n’en finissait pas. Culsec allait il revenir ?

Petite Lisa il ne faut pas te décourager, laisse les loups hurler, laisse les jugements, les insultes, les incompréhensions. On ne peut plaire à tous tu devrais le savoir. Et les blanches colombes se révèlent parfois de sombres vautours, et vice et versa

Continues ton chemin, “bien faire et laisser braire” et pense à ton Affaire, le reste c’est cris, vociférations et petites mesquineries, petites vengeances !

Tu les auras Lisa Mona ! Tu les auras !!!!

 

***

 

Culsec avait l’impression de revenir d’entre les morts. Il y a bien longtemps que pareille haine ne s’était déchaînée !

Dans le labo, las cadavres avaient décidé de s’acoquiner et de se révolter. Les divers morceaux humains aussi qui ricanaient sous la table ou dans les bocaux. Marre ils en avaient d’être ainsi traités et pour certains prisonniers ! Marre !!!!

Qui allait les délivrer ?

Culsec avait dû battre en retraite pour ne pas se faire mordre, agresser, griffer, lyncher.

Il n’y comprenait plus rien. Pourtant il les aimait ses cadavres, ses morts ! Il les bichonnait même et parfois se les payait quant il avait trop envie, que le désir se faisait lourd…

Vraiment, les temps avaient changé, rien n’était plus comme avant !

 

***

 

Doucement Pinault se remettait de son angine, il avait vraiment morflé ! Rarement malade donc d’autant plus agacé… L’enquête n’avait guère avancé même si le suspect n° 1 devait enfin venir rencontrer Lisa Mona et être confronté aux différents témoins.

Car depuis le tardif témoin, les langues s’étaient déliées et, curieusement une kyrielle de personnes, principalement des hommes, s’étaient manifestées !!! La mémoire leur était elle revenue brusquement ou faisaient ils du zèle ?

A croire que le suspect n° 1 n’avait pas que des amis… Aussi avec sa caméra à se balader partout et filmer on ne sait quoi, il faisait un peu peur. Ils en avaient tant à cacher tous ces mecs des bords de Garonne, occasionnels ou résidents.

On allait voir si ce suspect était confondu ou pas. Ensuite Lisa Mona le cuisinerait. Dans le fond ça arrangeait Pinault que ce soit elle, vu qu’il n’était pas encore bien d’aplomb. Et

puis, si elle n’arrivait à rien, c’est elle que le big boss morigènerait.

Pinault se souvint soudain du sachet d’indices qu’il avait confié à Culsec la fameuse soirée au labo… ouaih sacrée soirée !!!! Il sourit de traviole, mal à l’aise soudain.

Aucun résultat du labo en son absence ? il allait vérifier. `

Par ailleurs il lui fallait contacter Culsec, il aurait peut être des nouvelles de Marie.

Marie, la forme lui revenait… Ah Marie ! Pinault sentait monter en lui une petite vie. Vivement ce soir, il comptait aller la voir ou mieux lui téléphoner pour l’inviter.

C’était l’été et les bords de Garonne donnaient des idées aux esseulés. D’abord un petit restau et après !!!!! Crac crac dans les herbes folles sous l’œil complice de Garonne.

Rien qu’à cette idée Pinault se sentit ragaillardi. Il fila derechef s’enquérir des nouvelles du labo.

 

***

 

Divine Ludivine allait donc dîner avec son ex, Culsec ! Elle appréhendait un peu mais, après tout, s’il l’invitait ce serait déjà ça de gagné… Et puis il avait peut être retrouvé un semblant de séduction ??? qui sait !

En même temps elle trouvait un peu bizarre cette invitation mais bon, Culsec n’était il pas bizarre ? De nature… bizarre !

Mais n’est ce pas ce qui lui plaisait chez lui, autrefois ? Pourquoi l’avait elle donc quitté au fait ? Ah oui, pour ce voyou à la gueule d’ange qui lui avait fait du gringue et l’avait presque violée !!! un drôle de mec, pas grand chose dans la tête mais par contre, au pieu, un sacré amant ! Juste un peu dérangé et, ce papillon tatoué sur son épaule droite qui l’avait toujours gênée, trop disons ”réaliste” ce papillon. Et le voyou l’avait soudain quittée sans un mot et depuis, aucune nouvelle ! Était-il encore en vie ? A se le demander…

Divine Ludivine en pensant papillon se mit à repenser à cette troublante après midi qu’elle avait passée, en thalasso, à ce rêve qui n’en était pas un ou cette réalité qui était un rêve…

Donc, pour résumer, troublée elle était et troublée elle allait revoir son ex, dans un petit restau sympa des bords de Garonne où il avait réservé pour un dîner.

Il lui fallait le séduire encore, c’était plus fort qu’elle. Même si elle ne voulait rien de lui, ni aucune suite, elle voulait le séduire. Encore et toujours !

Comment s’habiller alors ? Elle repensa à leur vie commune, aux tenues qu’elle portait qu’il affectionnait. A ses cadeaux… Mais oui ! Elle savait ! Elle se dirigea vers l’armoire et l’ouvrit. Sortit un haut de dentelle noire, échancré juste ce qu’il fallait, prit une jupe fendue noire aussi, en satin. Des bas résille, noirs bien sûr ! De belles bottes en cuir brillant, noires, pointues et à talon haut et fin, ceinturées d’une boucle façon mousquetaire. Cadeau de Culsec, le dernier.

Et les sous-vêtements ? Voyons se dit la Divine, que mettre ? Dans le tiroir de sa commode, il y en avait tellement ! le tiroir regorgeait de culottes, de soutien-gorges… Divine Ludivine savait ce qu’elle voulait, le soutien-gorge aucun problème, il était là, cadeau de Culsec pour leur rencontre, magnifique et pigeonnant, noir… bien sûr ! Brodé de … papillons. décidément… un signe ? La culotte mais où était la culotte ? Divine Ludivine ne la trouvait pas. Elle avait beau fouiller, détourner, retourner le contenu du tiroir… rien ! Aucune culotte noire de soie brodée de papillons, assortie au soutien-gorge. Où était elle donc passée ? Bon, pas de culotte, tant pis. La divine Ludivine changea pour un ensemble de satin minimaliste, gris perle… qui lui allait à ravir il faut bien le dire.

Elle se regarda dans la glace et sans orgueil se trouva acceptable voire consommable voire excitante !

Restait à se maquiller et coiffer. Mais elle savait faire ! Le téléphone sonna. C’était Culsec. ”Tu viens bien ce soir dîner avec moi à la guinguette ?” s’inquiétait il ? Divine Ludivine le rassura et alla finir sa mise en beauté dans la salle de bains.

 

***

 

”Foutaises, foutaises, foutaises !” telle était la réflexion que se faisait Lisa Mona.

Pinault ne retrouvait plus l’indice donné à Culsec ou plutôt le labo assurait n’avoir rien reçu. Culsec avait coupé son portable, impossible de l’interroger.

Lisa Mona soupçonnait Pinault d’avoir égaré l’indice et de mettre sa bévue sur le compte de Culsec. Pinault énervait Lisa Mona voilà !

Surtout qu’elle était sur le pied de guerre, elle allait enfin pouvoir interroger le suspect n° 1, le dénommé … DEB, tu parles d’un nom toi !

N’empêches, il fallait qu’il avoue et qu’on en finisse. Cette affaire n’avait que trop duré et Lisa Mona voulait passer à autre chose…

 

Le DEB était bien arrivé, clopin clopant, le pied droit en vadrouille, il avançait, canne à la main. Cet avatar accentuait son aspect décalé. Lunettes noires, chapeau noir et cheveux tirant vers le blanc, tout de noir vêtu, déjà il faisait son effet. Mais avec, en plus, une canne, là c’était pire !!!! On ne pouvait pas ne pas le remarquer…

Mais, ne faisait il pas tout pour ça ? Au risque des risques encourus… Ce jour était important. Soit il repartait clopin clopant, soit il restait ici, à l’ombre mais pas des jeunes filles en fleurs non, au trou ! en garde à vue !!!!!

Le DEB devait d’abord sacrifier à une confrontation. Vitre entre lui et les témoins tardifs et pas franchement en amour pour lui ! Vitre sans tain. D’un côté les vautours et de l’autre un alignement de mecs patibulaires mais presque dont le DEB !!! facile et ridicule. Facile de le reconnaître au milieu des types plantés là comme des peupliers en manque d’eau. Le seul avec lunettes, chapeaux, cheveux et… canne. Franchement il faisait quoi là ? On se foutait de lui, on l’humiliait ! que des amateurs ces flics ! Mais, digne, le DEB se prêta au jeu, au jeu de massacre.

Évidemment le tardif témoin et ses acolytes désignèrent d’une seule voix le DEB.

On remercia les autres, potiches et figurants d’un moment. Le DEB fut conduit sans ménagement vers le bureau de Lisa Mona. Qu’importait sa patte folle ! Il était déjà à demi condamné.

 

Lisa Mona était au téléphone. Ses sbires poussèrent le DEB dans le bureau et lui intimèrent de s’asseoir et de la boucler. Qu’il ne l’ouvre que pour répondre à Lisa Mona !!!!

Pendant qu’elle finissait sa conversation, le DEB l’observait. Pas mal la fliquette ! pas mal, une bouche faite… pour sucer, des yeux de braise bien que bleus, cheveux dorés suscitant les caresses, peau à embrasser… le DEB s’excitait tout seul…

 

« Inspecteur Lazaguard ! je suis là pour vous interroger. »

La voix de Lisa Mona siffla et le DEB eut un mouvement vif, le rêve était fini. Il allait falloir assurer et surtout assurer ses arrières.

Vos noms, prénoms et qualité” Le DEB bredouilla et dut recommencer.

« Que faisiez vous le 1er juin 2008 ? »

Le DEB ne savait plus. Lisa Mona s’énervait.

« Vous ne vous souvenez plus bien sûr ! »

« Non » balbutia le DEB.

« Je vais vous rafraîchir la mémoire. »

Lisa Mona raconta les bords de Garonne, la Bentley, le mort… les témoins qui venaient de le reconnaître formellement.

« Ah bon ? »

Le DEB était sonné. Que pouvait-il dire pour sa défense ? Tout l’accablait.

« quelles preuves avez vous ? quelles preuves ont ils ? Du pont on peut se tromper, il est difficile de voir précisément…”

« Bien sûr mais on ne vous a pas vu que ce jour-là, on vous voit, ré-gu-liè-re-ment, »

Lisa Mona pesa le mot : « Dans les parages, rôdant, avec votre caméra. »

« Et alors qu’est ce que cela prouve ?  argua le DEB, je travaille moi ! »

« Rien en effet sauf que nous pourrions regarder ensemble vos prises de vue non ? Elles pourraient nous en apprendre et de belles qui sait ?! »

le DEB ne dit mot. Lisa Mona sonna et un de ses lieutenants entra, portant du matériel vidéo. On allait visionner plein de films du DEB… Il se sentait mal à l’aise car des films il y en avait et de toutes sortes. Des verts et des pas mûrs si vous voyez ce que je veux dire !!!!

Zut ces fouilleurs de merde allaient casser son intimité, ses fantasmes, ses aventures… son univers ultra personnel quoi !

Putains de flics ! Déjà des images défilaient. Lisa Mona accélérait l’allure. On la sentait chercher quelque chose.

Soudain le DEB reconnut la scène… la Garonne était là en fond, tendre, le ciel chargé de nuages, le pont au dessus écrasant et majestueux. Un chemin broussailleux et secret se dessinait sur le côté droit. On y était. Le DEB connaissait la suite…

La Bentley trônait comme une star. Portes ouvertes, vitres baissées. On entendait le Requiem de Mozart. La caméra s’avançait…

Sur l’écran, l’intérieur de la Bentley était là, mais…vide ! Personne, nobody,

Le mort Mort disparu, évaporé… envolé !

Le DEB souriait… Lisa Mona lui jeta un œil noir.

 

Mort, Mortimer, la marque jaune… il pensait, se souvenait de ses lectures d’enfant.

Lisa Mona, les flics, le trou il s’en foutait ! Il n’avait rien fait de mal ni tué personne puisqu’il n’y avait personne et que le mort n’était personne et que personne c’était lui aussi…

chabada bad chabada bada un homme une femme

 

***

 

La vie continuait, c’est drôle la vie. Comme un écheveau qu’on déroule, parfois il s’emmêle, les couleurs changent, parfois il casse, la qualité du fil change, parfois il est rêche, parfois il est doux, parfois des nœuds, parfois on perd le fil….

Le DEB était finalement rentré chez lui vu les circonstances. Certes reconnu par tous les enfoirés venus l’accuser mais… de quoi ? La vidéo LA vidéo ne recélait aucun indice, encore moins une preuve ! RIEN nada niet !

Lisa Mona, à contre cœur, avait dû le relâcher…

Le DEB n’en était pas moins troublé… la vidéo, bizarre ! Il avait hâte de voir ici chez lui, cette vidéo. Il avait hâte de savoir…. où était l’erreur.

 

A peine arrivé, il fila dans son bureau et chercha fébrilement une copie, et sitôt trouvée l’enclencha dans l’ordinateur.

Suspens ! Le DEB attendait, ça s’agitait dans son ciboulot ! Sur l’écran de l’ordinateur, les images commençaient à défiler… rien à redire… Garonne, le chemin herbeux, le ciel… la Bentley, le cœur du DEB se serra, le Requiem, la porte ouverte…

Mais là cette fois, Mort le mort était bien là ! il occupait toute la place dans la Bentley ! Il était présent, vivant. Il parlait même… il parlait avec le DEB ! Ses derniers mots…

Ses mots de vivant. Juste avant, juste avant l’ultime moment. La fin. The end.

Le DEB qui visait, décidé, déterminé. Aucun tremblement.

La mort du mort Mort. Tout y était!

Alors quoi ? qui ?

Comment la scène s’était-elle volatilisée ? Irrationnel ? Le DEB n’y croyait pas !

Qui avait eu accès à ce document ? Qui aurait pu le détourner ? le transformer ? Effacer ? falsifier ?

Qui ? Qui était assez compétent pour ça ? Qui !?

 

Le DEB passait en revue tous les possibles… rien ne le satisfaisait.

C’était l’œuvre d’un pro en plus ! Il n’en connaissait pas autour de lui, à part… lui ! Se serait-il dédoublé ? A son insu ?

L’irrationnel encore… c’était incompréhensible, terrifiant ! Personne nobody inconnu !

Qui ? Quand ? Comment ?

Et si… et si… et si les papillons… non ce n’était pas possible ! trop … trop… fou !

et qui lui voulait du bien au point de subtiliser la vidéo compromettante à celle qui l’innocentait ?

Qui ?

 

***

 

Et pendant ce temps-là le mort flottait, Mort devant l’éternel… léger, léger.

Âme et corps, comme plume et nuage… presque Michaud

Qu’il était loin de toutes ces supputations, ces hypothèses, ces certitudes ! Plus rien n’existait pour lui que le néant et son calme profond !

Il remerciait du fond de son cœur virtuel désormais, le DEB, de l’avoir délivré de cette pauvre vie, si empêtrée, si pesante… si ordinaire.

Maintenant… enfin… il était ! Un mort, vivant ! plus que vivant même !!

Un mort qui n’aspirait qu’à vivre sa mort. Étonnant non ?

Qu’il avait été idiot de vivre si longtemps ! S’il avait su que c’était ainsi, mais, comme tous, il avait eu la trouille, la peur, l’appréhension de la mort…

Pourtant ce n’était rien, juste un passage… et après ! Le pied ! oui le pied… Calme, détaché. Il revoyait sa vie et ne regrettait rien !

Facile même d’en être là. Si facile ! Trop facile ?

 

***

 

13 ou 14 de juillet, feu d’artifice ou pas. Pétard mouillé.. Garonne pour les reflets, la munificence !

Pinault déprimait…

Tous déprimaient ! Faut dire que le temps n’était pas des plus estival, chaleur manquant au rendez vous… Les esprits échauffés se refroidissaient et tout s’effilochait…

Allez, une belle envolée de lumière, un poème dans le ciel, un festival de couleurs et de sons, et ça repartirait !!!!

Enfin c’est ce que Pinault voulait croire. Mais rien n’allait comme il voulait.

Et la Marie couche-toi là qui lui faisait faux bond, qui s’était envolée.

Décidément rien n’allait plus !

Faites vos jeux ! Faites vos jeux ! Fêtes !

 

***

 

C’était l’heure ! On y était. Lisa Mona sentait ses énergies yin monter… Ah quelle vacherie la féminité la féminitude ,bref d’être femme !

Vacheries oui autres encore. S’en doutait que tôt ou tard on allait l’aligner. L’attaquer et pas par le haut, non pas par le haut.

Vacheries de vaches mais sans lait, plutôt tendance folle !

Une impuissante espionne se faisait un malin plaisir à la déglinguer !!!

Quelques lettres pas tout à fait anonymes étaient arrivées au commissariat depuis quelques jours… Signées « X » ou « elle »… mais même écriture ou ce qui y ressemblait. Des graffitis et des lettres plutôt primaires.

Leur auteur caviardait allègrement le travail de Lisa Mona mais aussi de Pinault, de Culsec… s’en prenait à tous les protagonistes de l’Affaire. C’est dire si elle la suivait de près et en connaissait tous les méandres… sûrement elle avait un indic, ou des écoutes, ou lu les rapports… bref elle était bien renseignée.

En même temps l’amère sans courage ne signait pas de son nom et semblait régler des comptes !?

Facile ! Que venait elle faire là ? Juste à médire… sans rien proposer d’ailleurs !

Mal baisée ou pas du tout ? Une éconduite de Culsec ? Pinault ? Du DEB ? Une ancienne maîtresse ? Une ex ?

Pourquoi s’en prenait elle à Lisa Mona ? Jalouse ? Envieuse ? Une ex du temps où elle était mec ou bien un ex du temps nouveau ?

Pas d’indice mais on cherchait. En outre dans une des lettres la macaque s’en référait à… Fred Vargas ! Intéressant… Lisa Mona s’était renseignée, du bon du beau du costaud, une vraie référence en matière de polar !!!! Flatteur alors. Lisa Mona s’était promise de lire cet auteur si connue et qu’elle méconnaissait bien malencontreusement…

L’auteur, des lettres en avait donc !

Mais pas de courage ni de couilles ! forcément elle n’en était pas.

Facile de démolir sans rien proposer, sans s’impliquer.

Et si c’était un témoin éconduit ? vexé ? Lisa Mona se souvenait d’un poème passé à la trappe. Serait-ce son auteur qui la harcelait ?

Pas malin d’agir ainsi. Pas cool ni clean. Lisa Mona n’était pas folle, même si la folie gagnait en ces temps de galère et de disette intellectuelle.

Les fous ne sont pas ceux qu’on croit ni là où on les imagine. L’asile ou la vie. Cherchez, vous trouverez.

Lisa Mona souriait. L’auteur était peut-être folle, en tous cas sûrement méno-exposée, le style le disait. Attention virus, hoax, spam !!!!

Encore une virago, une qui tourne mal, en mal de mâles, déçue du Net… du virtuel.

Que personne ou presque ne pouvait kiffer.

Je t’aime moi non plus ! Que fallait il déduire de ces missives ?

Lisa Mona fermait les yeux et essayait de se mettre à la place de cette autre… si femme c’était, mais son intuition lui disait que c’était bien une femelle.

Impuissante certes, inhibée et incapable d’affronter le réel. Se cachant derrière un pseudo, le net, et ses vacheries sempiternelles.

Mais au fond un vrai caramel mou et prêt à se laisser déguster et attendrir.

Au fond Lisa Mona ressentait de la tendresse pour l’inconnue, de l’attirance.

Elle aurait tant voulu lui expliquer, la réconforter. Mais l’autre n’était pas là, ne voulait pas se faire connaître.

Alors que faire ?

Lisa Mona ne savait.

On frappa un coup à la porte. « Entrez » dit Lisa Mona. Un de ses sbires passa la tête : « Thé ou café ? » « Thé !!!! répondit Lisa Mona ”Bon sang mais vous savez bien que je suis allergique au café ! »

 

***

 

Dans son tiroir à la morgue le Mort attendait. Personne n’était venu le réclamer non plus !

Alors il restait en vacance… dans l’attente de la résolution de l’affaire ! Oh il se marrait sûr. Lui il savait ! Mais il se gardait bien de mettre sur la piste les limiers de pacotille !

Comme le DEB il n’en avait cure… Rirait bien qui rirait le dernier. Les astres, les boules de cristal, les tarots, les voyantes, les numérologues, les sourciers… tout y était passé. Rien nada niet ! Pas plus que les analyses, les recherches en labo.

Il demeurait nobody inconnu personne !

Doublement personne !!!

Et pendant ce temps-là la France sommeillait ou se dorait au soleil enfin, presque… vu le temps ! Vacances, vacance… Qui allait rompre le cercle infernal ?

Lisa Mona était mise à mal dans cette histoire, en dehors des lettres infâmes ! Elle qui résolvait tout se trouvait en face de l’Enigme !

Pourtant il y avait une explication. Avec le temps, elle trouverait. Donner du temps au temps.

 

***

 

Et voilà, le papillon s’était mis en quarantaine, refermé dans sa non, pas coquille, mais recroquevillé dans sa toile, dans son cocon….

Comme un enfant dans son lit, suçant son pouce. Et avec son fonfon, triturant le tissu, gambergeait dans ses rêves.

Il imaginait la divine Ludivine avec Culsec, au bord de la piscine, sirotant un apéro, demi nus… il rêvait de Lisa Mona, en paréo toute brunie de soleil, comme un abricot. Ou Marie couche-toi là, couchée, là avec n’importe qui, n’importe comment pour n’importe quoi ! Il rêvait

il fantasmait. Les hommes ne l’inspiraient guère, il lui fallait du tendre, du doux, du rond, du féminin…

Pouvaient se rhabiller Culsec, Pinault, le Mort et même le DEB !

Non ce sont femmes que lui le papillon voulait épingler.

Femmes je vous aime, femmes je vous aime !….

A bientôt dit-il, dans un demi sommeil, je vais éterner, pendant quelques jours. bonne… bonne…. elle est bonne !

 

***

 

Quel était donc Cet obscur objet du désir ? Lisa Mona ne se reconnaissait pas. Elle si volontaire, si déterminée, se sentait mollir… Comme si la vie avait changé de rythme, d’influx. Comme si le sang dans ses veines était d’une autre teneur, épaissi. Plus lent. Plus rouge.

Elle se sentait seule. Solitude jusque là bien vécue mais soudain, reçue comme une gifle, un poids qui lui écrasait la poitrine !

Des hommes elle en avait eu, à la pelle ! Mais justement, trop et peu, si peu de rencontres de qualité. Émouvantes et vraies.

Beaucoup d’histoires de sexe bien sûr, ultra brèves ou plus longues mais toujours la laissant sur sa faim…

Elle rêvait Lisa Mona, au fond, comme toutes les femmes, ou presque, de rencontrer l’âme sœur. L’être qui saurait allier la tête et le cul. Mais c’était du rêve, du romantisme à deux balles !

Ça n’existait pas ! Voilà !!! Fallait faire une croix dessus et c’est ça qui lui pesait, qui la rendait morne et lasse. Dépressive oui c’est ça !!! Lisa Mona était triste. Changer de sexe n’avait rien de plus, n’amenait aucun changement ! Pire même…

Elle pensait à son enfance, à ses parents infantiles, qui se déchiraient. Sa mère poupée Barbie qui refusait de vieillir et son père, un gamin, fade et mou. Un pauvre type, mais elle l’aimait Lisa Mona. Elle ne lui en voulait pas. Elle savait que lui aussi avait eu une sale enfance. Battu et humilié par ses parents ! Au fond il s’en était pas si mal sorti. Juste il manquait de pêche, de volonté et de charisme. Sa mère, elle en avait, et elle en jouait, séductrice à fond !

C’est à sa mère que Lisa Mona voulait ressembler, mais en mieux, en moins pute, en plus mec. Eh bien, ce soir elle ne pensait pas avoir réussi.

 

Échec et… mat !

 

Jouer, jouer aux échecs, voilà son idée. Provoquer le DEB qui lui avait filé entre les pattes avec sa vidéo pourrie et foireuse. Truquée sûrement mais impossible à prouver. Elle voulait le revoir. Il l’attirait et pas que physiquement. Un je ne sais quoi en lui qui lui disait quelque chose.

Un air de famille en somme, de la même famille !

 

Il savait des choses mais trop fin et trop malin, ne parlerait pas. Était il coupable ? C’était une autre histoire ! Et si coupable, de quoi ? Avait-il tiré sur le mort ? Pourquoi ? Comment ? On n’avait pas retrouvé l’arme du crime.

Aucun indice compromettant. De toute façon y avait pas d’indice, y avait pas de traces ni adn nada niet !

 

Le mort restait à la morgue, en morceaux… On risquait de classer l’affaire mais Lisa Mona ne voulait pas car ce serait la fin des haricots pour elle. Un échec, cuisant !

Elle ne pouvait se le permettre, surtout dans l’état dans lequel elle était. Là elle s’effondrerait. Impossible d’envisager ça.

Impossible !

Un papillon traversa la pièce, lentement comme en apesanteur. Lisa Mona le regarda et se mit à l’envier. Oui elle aurait bien aimé partir ainsi, à tire d’ailes, décamper, se volatiliser…

Ne plus exister, nobody, inconnue comme le mort… comme le DEB ! Celui-là il fallait l’appeler et lui proposer une partie d’échecs !

Cette idée remit un peu de tonus dans les veines de Lisa Mona.

Elle se leva et alla chercher son agenda où y trouver le numéro de téléphone du DEB !

Le plus vite serait le mieux.

 

***

 

Le papillon avait fini d’éterner, enfin disons que sa période juilletiste était terminée. Il revenait dans les parages voir ce qui avait pu se passer sans lui !

Oh pas grand chose, forcément ! « Ils » cherchaient là où il n’y avait rien à trouver… Le criminel n’était pas celui qu’on croyait et d’ailleurs y avait il vraiment un criminel ?

Le mort qui faisait tant d’histoires n’était pas celui qu’on croyait, non plus ! Quelle farce cette histoire !

Un crime qui n’existait pas non plus ! Mais fallait alimenter les gazettes, noircir des pages, justifier le salaire des fonctionnaires de police et les honoraires du légiste, des labos etc

N’empêche ! Si on y regardait de près, de quoi s’agissait-il sinon d’une Affaire dont le mystère restait entier, qui sans doute jamais ne serait élucidée comme tant d’autres. Une Affaire qui n’en était peut être pas une.

Car, se disait le papillon, pas d’empreintes, ni adn nada niet ! Donc… tant qu’on y était dans l’irrationnel et que lui même, ma foi… rire sous cape, le mort serait-il un fantôme ? Un revenant ? Un spectre ? Puisque pas de sang ni de cervelle, de traces…

 

Le mort aurait été déjà mort, le Mort revenu sur les lieux de sa mort, la vraie, la seule vraie… et aurait décidé de squatter la Bentley, un vieux rêve de vivant, et de profiter du passage du DEB pour rejouer la scène initiale.

Profiter du DEB, mais c’était peut-être pas un hasard ça aussi. Le DEB avait été choisi. Élu. La Bentley encore et… encore que… là aussi, Garonne, le pont, la Bentley, le DEB, un scénario d’enfer.

Ou le remake d’un vieux film noir. Un remake de la mort de Mort. Le DEB sosie du meurtrier d’alors.

Et le mort, Mort déjà mort, presque comme un ange gardien, s’effaçant sur la bande vidéo, donnant la clé, la recette à son sauveur. DEB. Lui donnant le moyen de vivre toutes les vies, de s’immiscer dans tous les corps, de jouir de toutes les âmes, de gagner tous les cœurs …

C’était affolant, vertigineux. La mort de tous les possibles ! Et le DEB vidéaste, écrivain, éditeur… le mieux à même d’en tirer profit. L’essence même de la création, de l’imaginaire, et, de la folie !

Le papillon lui même n’était il pas une âme réincarnée ?

 

Songeur il se posa sur une fleur d’eau et attendit. Un bruit de feuilles froissées le sortit de sa torpeur… Le DEB arrivait, caméra à la main. Que venait-il faire là ? Revivre lui aussi son acte d’amour pour ce vieil homme dans la Bentley, son passage ? Lunettes noires, tout en noir, cheveux ébouriffés il avançait, déterminé.

Garonne roucoulait, lourde des eaux roses du soir, sensuellement allongée dans son lit. Le DEB écoutait le bruit des remous, le cri des oiseaux au dessus de l’eau, le chant des herbes, il voulait revenir voir les lieux. Pèlerinage avant de retrouver Lisa Mona pour une partie d’échecs.

Il lui fallait se concentrer. Faire en lui le vide. Donc d’abord s’emplir de toutes ces beautés de la nature, se ressourcer et que le sang dans ses veines soit comme neuf ! Il respira longuement, il ferma les yeux…

 

***

 

Blanc - noir, yin - yang, positif - négatif, échec - mat, marche - arrêt, l’Affaire fleurait le casse tête chinois et pas très catholique…

D’ailleurs si on revient en haut de la page, si on se penche sur le début, la titraille, qu’y voit on ?

Un dessin qui ressemble à une image photographique, coupé en deux, noir & blanc, néga d’un film, on est doublé.

L’endroit et l’envers du décor. La vie - la mort, le connu - l’inconnu, ça peut aller loin, infiniment loin…

Toi - moi, elle - lui, amour - haine… couples infinis et dédoublements multiples !

Amis - ennemis, hiver - été, soleil - lune… ça donne le tournis !

Où veux tu donc nous amener toi le maître du Jeu, du je ???

OK c’est clair pour toi mais pas pour nous !

Jour - nuit, extérieur - intérieur,

passé - présent -avenir. A venir l’avenir ! Please arrêtez de nous mener en bateau. Nous ramons sec.

Toi le DEB, le Mort ton double ou le contraire ou toi projeté dans ton avenir, ton père ? ton ami ? qui s’éteint… petite flamme vacillante, âme ténue qui doucement s’étrécit…

Qui ?

 

Et elles qui tourbillonnent autour des cadavres, des spectres, des ombres ! Flammes nées de l’enfer, éternelles femmes, enfants, belles à en mourir, sorcières,

pour votre plaisir.

Elles, elles se souvenaient, rêvaient, fantasmaient…

Et toi le DEB tu étais là, assis dans ton fauteuil, à attendre quoi ?

Personne ne viendrait, personne, ton sort était jeté. Fallait te bouger, faire un signe, montrer que tu étais encore en vie.

Le désir les habitait mais pas toi. Elles allaient partir, quitter ces alentours, retrouver la lumière.

Toi tu étais dans tes ténèbres et sans doute y resterais tu

sauf si…

Elles dansaient et chantaient. Elles riaient.

Cela t’était insupportable ! Pourtant tu les admirais. Tu aurais voulu les attraper mais tes mains restaient collées au fauteuil, tu étais médusé. Paralysé. Fou ! Tu sentais des larmes couler sur ton visage, sans pouvoir les essuyer, la glace de ton cœur fondait.

Tu étais redevenu un enfant, ton propre enfant, l’enfant en toi.

Tu sanglotais, tu te laissais aller à ce débordement. Nécessaire. Viendraient l’apaisement et la douceur.

Dans le fauteuil, un gosse attendrissant ruisselait de pleurs, petits diamants étincelants. Les bijoux du cœur, les trésors de l’âme, à cueillir avec recueillement et déposer dans l’écrin de sa vie.

Un homme attendait. Il était prêt à se lever. Un homme sorti de la gangue.

Elles jouaient comme des elfes.

Il les rejoindrait bientôt. En temps voulu.

« Un whisky s’il vous plaît ! un double !! »

 

***

 

Culsec n’en revenait pas, il n’en croyait pas ses yeux. là devant lui, sur la piste de danse de la boîte de nuit, le Lupanar, trois donzelles faisaient du zèle. Se trémoussant comme des ados, provocantes et sensuelles ! Entourées par un cercle de mecs qui se dandinaient, de couples qui se frottaient, tous claquant des mains, les encourageant. Vivas et bravos. Cris en tous genres !!

Trois donzelles qu’il connaissait et pour cause. Il pouvait même dire trois donzelles qu’il avait baisé ! Brune, blonde et rousse, trois canons ou trois belles au goûts différents comme les bières qu’il affectionnait.

Devant lui, sous les spots de la piste de danse, sueur perlant sur leur peau découverte aux endroits stratégiques, cheveux emmêlés, bouches brillantes et yeux fermés, il pouvait savourer le fait d’avoir été l’amant de chacune !

A gauche la blonde, la bimbo Lisa Mona, au centre la brune qui ne compte pas pour des prunes Marie couche-toi là et à droite, vous l’aurez deviné la rousse incendiaire Divine Ludivine !

 

La musique assourdissante faisait cogner le cœur de Culsec déjà sous le coup de l’émotion. Ses trois grâces réunies là sur un plateau… Comment cela était il possible ? Elles se connaissaient donc ?

Ah les femmes, c’était tellement difficile de les comprendre, désarçonnantes toujours… Mais Culsec les aimait, malgré tout, malgré le mal qu’elles avaient pu lui faire.

 

Ce soir, il se sentait des ailes, des ailes de papillon ! Mais d’un papillon de nuit ! Éphémère donc.

Attention à ne pas te brûler les ailes lui disait une petite voix intérieure… attention ! Tu sais que tu as déjà souffert, alors sois prudent.

Culsec s’accouda au bar et commanda un cocktail à base de vodka, pour changer du whisky qu’il buvait trop souvent. Et de là, il regarda la scène qu’il n’aurait jamais imaginée. Mais il est vrai que les hommes ont souvent peu d’imagination…

Une superbe créature vint s’accouder près de lui, mais il ne lui prêta même pas attention. Du coup elle changea de côté et alla draguer un jeune homme beau comme un ange et passablement éméché. L’un n’empêche pas l’autre !

Culsec était fasciné. Laquelle ce soir allait-il tringler ? Il se mit à rire tout seul, attirant quelques regards alentour. Vrai qu’il en était à son troisième verre. Et si, et si, se disait il, et s’il les tringlait toutes les trois ?

L’une après l’autre ou mieux, partie carrée !?

L’Affaire était loin de sa pensée, le mort non identifié aussi. Ce soir il voulait oublier tout y compris sa terrible condition de légiste raté. Nécrophile et raté.

A l’idée de les sauter toutes les trois, il sentit dans son jean une modification significative. Il bandait ! Le salaud, il bandait !

Laquelle en premier ? se disait il, Commencer par le meilleur ou finir par le meilleur ? Mais le choix était difficile ! Car de meilleur il n’y en avait. Chacune l’était à sa manière.

L’une qui suçait divinement bien et qui l’avait enfilé lui, oui parfaitement, enfilé ! L’autre qui savait si bien l’exciter en le mordillant et le griffant ! En le chevauchant comme une amazone.

Quel festival du sexe ! Il était un homme heureux au fond. En plus des attributs volés aux cadavres dont il usait à l’envi, il avait les trois femmes les plus chaudes et sexys de la planète.

Culsec rêvait et fantasmait et plus il rêvait plus il fantasmait plus son pantalon gonflait.

Soudain la musique changea, se fit plus douce… « Mélodie d’amour chante le corps d’Emamnuelle… »

 

La lumière se fit plus ténue. Le noir arriva doucement. Culsec qui était déjà gris, dans le noir, fut troublé. Il voulut se lever mais eu du mal à tenir debout…

Il voulait absolument retrouver ses trois meufs ! Il le voulait, mais son corps avait du mal à lui répondre. Il faillit tomber. Stupidement il se mit à appeler Lisa Mona, Marie et divine Ludivine, mais autour de lui, on lui intima de se taire. Le videur vient et menaça de l’expulser.

Culsec était mal, la tête lui tournait. Il tremblait et était en nage. Il réussit à régler sa note puis à s’extirper du bar. Nulle part il ne voyait les trois belles. Disparues !

Culsec paniqua et secoua plusieurs personnes en les hélant et les questionnant sur ses trois donzelles. Mais personne ne savait de qui il parlait. Un vague signe vers un coin de la boîte le fait aller vers l’endroit. Il crut y voir Marie couche toi là dans les bras d’un black. Mais il voyait double !

La meilleure chose était de sortir. Il avait envie de gerber. Il se força à quitter les lieux et très vite dut s’agenouiller pour se soulager.

La nuit était noire, à peine un rayon de lune. Culsec entendit rire. Il lui sembla reconnaître la divine Ludivine mais à peine eut il bougé qu’une voiture démarra en trombe et pffft envolée son idée.

Lisa Mona ? Là bas sous les arbres, un couple forniquait. Il s’approcha doucement mais

il était tellement cuit qu’il ne vit pas les branchages au sol et leur craquement fit se relever le couple qui fuit aussitôt !

Culsec avait fait chou blanc. Ne lui restait plus qu’à rentrer. De toute façon il était tellement naze que son pantalon avait dégonflé et ses belles espérances n’étaient plus qu’un mauvais souvenir… demain, il se reprendrait et les appellerait chacune.

Demain…

Il avança encore un peu, se rapprocha de sa voiture et au moment où il allait récupérer ses clés, une violente douleur dans la poitrine le fit se casser en deux. Il suffoqua. Le souffle coupé, il tomba. Les ténèbres s’abattirent sur lui….

 

***

 

Partout les sirènes hurlaient comme dans un mauvais roman noir US. C’était le souvenir qu’elle avait de cette nuit, cette fichue nuit. Au Lupanar… Souvenir qui revenait en boucle, l’obsédait, depuis huit jours au moins. Cette nuit, La nuit…

 

La nuit était encore dense, plus dense même. Le rayon de lune avait disparu.

Le couple qui marchait vers sa voiture, sur le chemin menant au parking du Lupanar, le couple n’arrêtait pas de se tripoter. Deux jeunes amoureux libertins… Ils marchaient un peu en titubant, sous l’emprise de l’alcool ingurgité au bar et des tafs aussi. Soudain elle faillit tomber. Il la rattrapa en riant mais elle lui échappa. Son corps mollement tomba et un bruit sourd s’ensuivit.

Malgré la nuit, on distinguait une tache plus claire sur le sol.

C’est alors qu’elle poussa un cri, un long cri, un hurlement.

En tombant, elle venait de toucher un corps, étendu là… inerte.

Un corps encore chaud mais qui semblait sans vie. De frayeur elle se releva d’un bond. Elle avait envie de vomir. Lui ne savait que faire, il paniquait. Transpirait.

Il alluma son briquet et l’approcha du corps.

Bon Dieu !

Une femme gisait là, dans une mare de sang… Fracassée.

 

Il se retint de gerber et frénétiquement composa le 18 sur son téléphone portable. Totalement hagard il bégaya des explications au policier qui décrocha. Elle pleurait…

Il fallait rester sur les lieux. D’autres personnes avaient accouru au cri qu’elle avait poussé.

Tous entouraient le corps, silencieux et tremblants.

Les flics arrivèrent vite, sirènes hurlantes et pneus crissants.

Lisa Mona et Pinault en tête coururent jusqu’à l’endroit. Ils signifièrent aux badauds de se bouger mais de rester à disposition pour une déposition.

Le couple en état de choc s’était enlacé et pleurait nerveusement.

Lisa Mona jura !

« Marie !!!! »

C’était Marie couche-toi là qu’elle venait d’identifier malgré les coups, la casse du visage, les bleus et le sang partout. Elle avait ses vêtements de la soirée, déchirés, maculés de terre et de sang…

Entre les jambes oh bon Dieu ! un… gode, moitié dedans, moitié dehors, rouge sang.

 

Que s’était il passé ? Lisa Mona tremblait elle aussi. Elle avait quitté les lieux peu après Culsec, seule. La divine Ludivine était en bonne compagnie et Marie était où ? Elle ne se souvenait pas. Elle avait dansé avec un Black mais après ?

Et Culsec n’était plus là, et sa voiture ???

Les pensées traversaient le cerveau de Lisa Mona comme des flèches acérées et fulgurantes.

Pinault ? Oh Pinault ! La tête de Pinault qui venait lui aussi de comprendre. Blanc comme neige ! Défait… un mauvais rictus lui déformait le visage.

Marie couche-toi là avait été massacrée, ce soir, près du Lupanar. Par qui ? Il allait le trouver le salaud qui avait fait ça !!!! Forcément c’était un homme.

Pinault poussa Lisa Mona et s’accroupit. Il regarda longuement cette femme qu’il avait tenu dans ses bras, caressée, embrassée, pénétrée, aimée même… mais là c’était une poupée disloquée, brisée, souillée qui lui faisait face !

 

La rage s’empara de lui, il serra les poings. Il scrutait la terre autour du corps, l’œil perçant comme celui d’un chat. Un indice, il lui fallait un indice. Coûte que coûte.

Un trait blanc près des cheveux, un truc était là, moitié enfoncé dans la terre. Pinault prit un mouchoir en papier et ramassa la chose. C’était une sorte de scalpel.

Culsec ! immédiatement et malgré lui il pensa au légiste… forcément. En même temps c’était trop facile une telle signature. Et peu crédible… mais ? aucune piste ne pouvait être négligée.

Rester calme mais là, était ce possible ? Un crime odieux et profanatoire… un gode planté dans le sexe de Marie ! L’horreur !

Putain mais que faisait-elle ce soir ?

Ok il avait été de ses partenaires ce soir même. Oui il savait. Un big gang bang qu’elle voulait. Son Pinault le premier et après… moult partenaires, tellement ! Pinault n’avait pas compté et, son Pinault en dernier. Mais bon, elle en avait eu assez non ?

Un gode pour quoi faire et avec qui ?

Un malade un frappadingue qui l’avait suivie après la partie et qui l’aurait sollicitée et elle, le refusant l’aurait vexé et lui l’aurait frappée pour la forcer et…

et… et…

Culsec aurait-il pu faire ça ? L’humiliation peut déchaîner n’importe quel mec malade ou fragile ou totalement cuit d’alcool et de dope !

Pinault bouillait des méninges. Lisa Mona aussi. Mais chacun de son côté avec son vécu.

N’empêche ce soir était terrible. Chacun avait perdu une personne chère, Lisa Mona une amie et Pinault une meuf !

Et dans quelles circonstances en plus… révulsant, révoltant.

Lisa Mona se pencha à son tour, voulut soulever le bras droit de Marie. Quelque chose glissa et s’éleva aussitôt dans la nuit un air « Mélodie d’amour chante le corps d’Emmanuelle… »

Une poupée brune comme Marie, tachée de sang, les yeux grands ouverts, fixes comme ceux de Marie, une poupée chantait… cet air, entendu au Lupanar quand elles étaient sur la piste toutes les trois…

Lisa Mona se releva, très pâle elle aussi.

Un bruit d’ailes l’effleura. Deux papillons s’envolaient.

 

***

 

Culsec se réveilla, chez lui, sur son canapé, entièrement habillé. Il ne se souvenait de rien. Comment était-il arrivé là ?

Après sa douleur terrible, un passage à vide sans fin… et le voilà ici chez lui, la tête douloureuse et lourde. Un trou noir à la place de sa mémoire…

Que s’était-il passé au Lupanar ? Juste au moment de mettre la clef dans la serrure de sa voiture ?

Il ne se souvenait de rien !

 

Un goût âcre remonta dans sa gorge, sa langue lui semblait trop grosse pour son palais et sèche comme une trique !!!

Il n’eut qu’une envie, et courut aux toilettes se débarrasser du poids encombrant sur son estomac. Hagard et pantelant il sortit du lieu pour s’affaler dans le canapé qui sentait la sueur. Il était moite, sans force.

Incapable de rester debout.

Pourtant il aurait fallu aller au labo. Il regarda la pièce, chercha des yeux sa sacoche. Elle était près du fauteuil, ouverte, béante mais, quelque chose clochait.

Culsec s’agenouilla et se traîna jusqu’à elle. Bon sang ! quelqu’un avait fouillé. Il y avait un sacré désordre à l’intérieur, comme si on y avait cherché quelque chose. Culsec retrouva un peu de force pour retourner la sacoche : il examina les objets… en manquait il un ??? Oui oui oui !!!!!! il en manquait un, son scalpel préféré, celui qu’il utilisait, le scalpel fétiche !!

Des sueurs froides lui coulèrent dans le dos. Un mauvais pressentiment. Que pouvait on avoir fait avec ? Pourquoi lui avoir volé ?

Qui lui en voulait ? Il devenait parano. Il voulut se relever mais en vain…

En repoussant la sacoche, il eut l’impression qu’elle collait. Il regarda sa main et vit une tache rouge, sans conteste c’était du sang !!!

Culsec pâlit. Il faillit s’évanouir… du sang, son scalpel fétiche disparu, le trou noir de la nuit passée, sa douleur au Lupanar… le film remontait en pente pas douce du tout. Un accéléré de mauvaise augure…

Bon sang Bon sang ! Que se passait il ? Qui ? pourquoi ? Quand ?

En plein délire Culsec ou en terrible réalité ??

Par la fenêtre ouverte, il aperçut dans l’embrasure deux papillons. Deux se dit il, je vois double ou le sort s’acharne sur moi ?

Au même moment son téléphone portable sonna.

 

***

 

Au même moment Pinault et Culsec eurent la même vision. Le petit restaurant du bord de l’eau, du bord de Garonne, quelques semaines plus tôt…

Culsec et son ex, la divine Ludivine, encore plus divine ce soir-là… dînant à une table bien choisie, à l’écart des autres déjà occupées et proche des eaux ce soir là roses. Le soleil s’y dorait à l’envi, langoureux et sensuel. Il faisait aussi malicieusement jouer ses reflets dans les cheveux de la divine Ludivine, ce qui avait allumé un feu dans le regard et pas que dans le regard de Culsec. La divine lui manquait et dans son état semi comateux, il pensait à elle.

Pinault, quant à lui, rêvait tristement à cette soirée où pour la dernière fois il avait eu pour lui seul la belle Marie couche-toi là. Mignonne et craquante elle était dans son petit ensemble moulant rose thé, un peu comme Garonne en ce soir béni de juillet, dans cette guinguette des bords de l’eau, de Garonne !

Ils s’étaient installés un peu à l’écart, pas trop près de l’eau car Pinault craignait les insectes. Le dîner avait été intime et très amoureux, en tout cas pour lui. La suite ah la suite ! un festival sensuel sur les bords de Garonne, dans les herbes folles alors que le soleil se couchait et redoublait ses feux sur l’eau, bombardant la belle Garonne de ses flèches enflammées, pour son plus grand plaisir. Elle en rougissait de bonheur !

 

Juste ce soir-là, étrangement, Pinault et Culsec s’étaient croisés, avec leurs belles meufs. Quelle surprise en effet ! Chacun avait réservé dans le même endroit, dans ce restaurant ! Sans l’avoir fait exprès, sans se concerter. Ils s’étaient retrouvés à quelques encablures, quelques tables plus loin… Et à quelques minutes près.

Chaque couple avait fait son effet en arrivant.

Culsec arrivé le premier avait un peu été gêné en voyant Pinault et sa meuf débarquer en ces lieux, mais très vite sa divine Ludivine avait accaparé toute son attention. Certes il avait bien couché avec Marie mais bon avec qui ne couchait elle pas !? Pinault lui aussi avait tiqué puis très vite n’avait plus accordé de regards qu’à sa Marie chérie…

Quelle histoire ! Pas simple. Deux hommes travaillant ensemble et notamment sur une affaire irrésolue et si énigmatique ! Deux hommes attirés par deux femmes attirantes et légères, se retrouvant ce soir la, pour un dîner en amoureux chacun avec sa belle, et l’une que les deux avaient baisé, allait trépasser bientôt … dans les pires conditions.

Le mort riait, cette fois ils allaient avoir leurs empreintes, adn todo ! et en plus ils connaissaient le macchabée… ce serait facile, ils lui ficherait un temps la paix !

il riait trop vite, les choses n’étaient pas aussi simples. On l’allait savoir.

 

***

 

Compliqué, c’était compliqué.

 

Dormir se disait le DEB, un peu de répit, car à endosser toutes les personnalités il s’y perdait. Même qu’il avait vécu un meurtre et une mort et plein de petites aussi ce soir-là.

Mais ça devenait dangereux.

N’être personne nobody nada ! la paix ! pax ! il voulait juste se faire oublier.

Toutes ces vies le fatiguaient, lui donnaient le tournis. Il avait envie de se retrouver LUI ! et lui seul ! Tout simplement.

Se mettre en veilleuse, entre parenthèses, dor mir !! Voilà, un somme le ragaillardirait.

Un mort inconnu, une fraîchement assassinée trop connue… Pfffffft s’envoler tiens !

Comme les deux papillons, ils étaient deux désormais… qui voletaient de maison en maison, de personne en personne, d’âme en âme.

Paix à l’âme de Mort et à celle de Marie. Dire qu’il l’avait enfilée ! Et qu’il avait été elle, justement ce soir là, le soir de sa fin terrible. Et même que peut être il avait été l’assassin. Peut être.

Au point où il en était, de toute façon, il s’était retrouvé partout et en tous et toutes !

Un carnaval macabre au final…

Dormir, d’un profond sommeil. Le DEB ferma les yeux.

 

***

 

Il se faisait tard et divine Ludivine ne voulait pas veiller. Elle avait déjà assez gambergé après le Lupanar, enfermée deux jours au pieu avec un mec pas franchement canon mais hyperperformant. Comme elle les aimait quoi !

Ils n’avaient pas quitté le lit, juste histoire de grignoter et boire et de satisfaire quelque besoin…

Sinon ils ne s’étaient pas quittés de la peau. Soudés l’un à l’autre. Emboîtés l’un dans l’autre.

On savait que la divine Ludivine était une bombe, mais là c’était l’apothéose ! Et elle avait trouvé son maître… Un homme un super mec. Pas franchement canon donc mais sensuel et gourmand. Qui l’avait aimé comme un chat sa femelle. Gourmand oui mais gourmet aussi.

Il avait su faire chanter sa chatte et tout son corps, sa peau, ses seins, ses fesses, tout elle, jusqu’à son âme car le bel ami avait oublié d’être idiot. Cultivé et fin en plus. Et sensible ! Si ! La divine Ludivine n’en revenait pas. Ainsi donc elle aurait trouvé la perle rare, le précieux trésor qu’elle cherchait sans y croire ?

Les membres brisés mais alanguis, les yeux amoureusement rétrécis, le cœur palpitant, elle rêvait. Serait elle tombée amoureuse ?

Et lui que pensait il de tout ça ? Certes il semblait heureux mais ???

Lui, vous l’avez compris, il était aux anges. Lui, enfin le DEB quoi !! Le DEB qui venait de vivre un moment inoubliable. Un moment d’anthologie. Qu’il ne demandait qu’à prolonger d’ailleurs…

Même si son esprit était ailleurs car il ne pouvait plus rien contrôler. Malgré lui il était l’autre, les autres, il passait de corps en corps et d’âme en âme.

Il n’y pouvait rien.

Aujourd’hui c’était agréable, mais, demain ?

Le DEB voulait arrêter le processus mais comment faire ?

Retrouver le Mort et que le sortilège cesse.

 

Que le mort brise son esclavage de n’être personne nobody nada niet ! et toutes et tous à la fois.

Juste redevenir lui, le DEB, écrivain, éditeur et cinéaste, pour vous servir.

Juste, peut être, garder le meilleur de ce qu’il vivait dont la divine Ludivine et que le reste soit voué aux oubliettes !!!

 

Ah il se sentait une pêche d’enfer. Il se sentait pousser des ailes.

Lui aussi. Des ailes de papillon. Sans rire, il se sentait léger et multicolore comme un papillon. Prêt à butiner. Divine Ludivine et d’autres bien sûr…

 

***

 

Culsec menotté au commissariat. Pinault ne pouvait croire en sa culpabilité. Lisa Mona non plus mais…

Tout était contre lui. Le scalpel fétiche retrouvé sur les lieux du crime, taché du sang de la victime et avec ses seules empreintes. Le manque d’alibi par défaut de mémoire. Et aucun témoin pour corroborer ses dires. L’état d’abrutissement du suspect. Ses tendances nécro machinphiles. Son passé assez lourd déjà…

En plus sans cesse il fredonnait « Mélodie d’amour chante le corps d’Emmanuelle… » comme inconscient de la gravité de la chose ! Ou encore sous l’effet de sa virée nocturne au Lupanar.

Que faire ? faute de preuves et d’aveux la garde à vue allait se terminer…

L’autopsie de Marie couche-toi là allait-elle révéler d’autres perspectives ?

 

Le légiste sollicité prenait son temps…

 

Pendant ce temps là, la divine Ludivine, totalement hors circuit n’avait aucune idée de ce qui arrivait à son ex ni à sa nouvelle amie Marie !

Portable, téléphone, radio, Tv coupés. Elle ignorait tout !

Certes qu’aurait elle apporté à l’enquête, quoique… elle était la dernière à avoir vu et Marie et son ex !

 

Elle avait quitté Marie alors que le Lupanar allait fermer. Marie était en compagnie d’un homme, forcément, même si - top secret - elle était bi, un homme tout en noir, cheveux gris blancs abondants, un homme avec un charme à la Proust, se disait Ludivine qui n’avait jamais lu cet auteur mais… Culsec lui en avait parlé.

 

Et Culsec justement où était-il, que faisait il ? Il avait quitté les lieux quand la divine Ludivine s’en était allée accompagnée de son oui de son mmmmmmmmmm ! celui qui lui avait fait voir le 14 juillet mieux qu’en vrai.

Mais bon c’était tout ce qu’elle pouvait dire. Lisa Mona notait sans voir où tout cela menait.

Pinault était affalé sur son siège, incapable de réfléchir. Sonné !

Soudain le téléphone retentit. Lisa Mona décrocha.

C’était le légiste.

Lisa Mona pâlit, se décomposa. Pinault se releva de sa chaise. Que se passait-il ?

 

Lisa Mona raccrocha. Un silence s’ensuivit. Elle avait du mal à parler.

Pinault se taisait.

Lisa Mona se reprit et articula :

« Marie… oui… c’est elle MAIS aucun empreinte ni adn nada NIETTTTTTTTT ! OK on sait que c’est elle mais rien de plus ! et l’autopsie que dalle ! le sang, le sperme, la salive… que dalle ! Tout s’est envolé, disparu… pfttttttttt. »

 

OK ? rien il ne reste rien.

Même sur elle, plus de taches de sang, plus de sang, aucune trace, elle est comme vierge de tout crime, le gode aussi… et la poupée pareil ! sauf qu’elle chante sans cesse « Mélodie d’amour chante le corps d’Emmanuelle » et que sauf à la casser, on ne peut l’arrêter !!!!

OK ?

Le silence suivit, lourd…

Une affaire de fou qui succédait à une autre affaire de fou, l’inconnu de la Garonne, toujours irrésolue,

Y avait il un lien entre les deux ? C’est ce que Lisa Mona et Pinault, en osmose pour une fois, se demandaient…

Le DEB lui n’en menait pas large. Il se faisait petit, tout petit… Lui savait.

Culsec glapissait dans la cage aux suspects. Quand sortirait-il ?

la divine Ludivine était comme tétanisée, choc reçu de la mort de Marie, de l’arrestation de son ex,

le Mort lui ne savait que dire ni que penser, il souriait et attendait…

demain serait un autre jour.

 

***

 

Le Mort s’était réjoui trop vite !

L’irrationnel avait encore frappé. Certes Culsec était accusé par les indices mais si on tenait compte du fait que le sang, la salive, l’adn et tutti quanti avaient disparu, on pouvait aussi penser - raisonnablement - que les empreintes de l’assassin avaient pu aussi disparaître du scalpel fétiche, de la poupée, etc d’ailleurs le gode était indemne de sperme et d’adn aussi…

Mais la raison n’avait plus cours et Lisa Mona, Pinault en avaient assez de ces histoires sans résolution, de ces énigmes sans explication !!!

Ils voulaient un coupable et en finir avec les mystères, l’inconnu du Pont de la Garonne et l’assassinat de Marie couche-toi là !!

Un coupable oui, et Culsec ferait l’affaire. D’ailleurs on pourrait lui coller sur le dos la première énigme non ?

Après tout… d’autant qu’il semblait être devenu maboul, l’air hagard, un rictus collé aux lèvres et sans cesse fredonnant entre ses dents l’air, l’air devenu terrible, l’air du lupanar…

 

Lisa Mona n’en pouvait plus d’entendre cet air !

Il fallait enfermer Culsec et le faire taire !

Sauf qu’il n’avouait pas ! Et que, ce qui clochait dans l’histoire, lui même avait reçu un coup violent dans la poitrine qui, disait il, lui avait fait perdre connaissance… et qu’il ne se souvenait plus de rien à partir de là…

Il avait les clés de sa voiture dans la main, prêt à ouvrir la portière… le coup… puis plus rien, trou noir et… réveil chez lui sur son canapé.

Sonné !

La suite on la connaissait.

Mentait-il ou pas ? Certes le coup dans le thorax était bien là, une sacrée ecchymose pas belle du tout et qui le faisait souffrir. Mais cela aurait pu aussi bien être Marie qui se serait défendue ???

L’affaire était embrouillée. Tous étaient embrouillés et leur esprit pas mieux.

Le DEB se tenait loin de tout ça, voulant se faire oublier le plus possible. D’autant qu’il avait mis la pâtée à Lisa Mona lors de leur partie d’échec et du coup, vexée, elle l’avait laissé en plan, lui qui croyait pouvoir se la taper après. Il avait encore le champ mis au frais pour la chose !

Il se serait bien sauté la Lisa Mona. En souvenir de la scène du labo…

Et pendant ce temps -à les papillons butinaient, mine de rien, paisiblement, sans être inquiétés. Ils faisaient leurs marché, ils ramassaient la récolte…

En douce.

***

À la hussarde, voilà ce que pensait Lisa Mona.

Son secret fantasme, en vérité pas très nouveau ni atypique mais…

Mais qui ? Éreintée comme elle l’était par sa vie actuelle, les terribles secrets, les pertes douloureuses, les incapacités momentanées…. elle se sentait morte, comme morte. Et sans attirance, sans séduction. Comme éteinte et incapable de créer un désir quelconque.

Qui ?

Qui saurait réveiller en elle ce désir évaporé, envolé ?

Qui saurait la brutaliser sans méchanceté mais pour son bien ?


A la hussarde

Elle rêvait, lasse et fatiguée. Le temps jouerait pour elle.

Suffisait de patienter.

Elle savait que le dénouement approchait et que bientôt non seulement l’affaire, les affaires seraient résolues mais, en prime elle aurait trouvé celui qui….

celui

qui…


Par DEB

il ne m’avait pas tout dit, le Mort. Les glissements vers l’improbable, les pertes de mémoire, les dédoublements, les hallucinations, non, il ne m’avait rien dit de tout cela.

Pourtant, s’il m’avait tout révélé, j’aurais tiré quand même.

Et quand ce sera au tour de quelqu’un de m’envoyer rejoindre Mort, je ne raconterai rien non plus. Je veux simplement que ce soit une femme. Elle s’appellera Lisa Mona. Femme-homme. Androgyne.

J’ai menti : elle n’a pas gardé son sexe d’homme. Lisa Mona ne sait pas que c’est moi. Malgré tout, c’est comme si, à chaque fois, elle me reconnaissait. Et je passe beaucoup de temps avec elle.

Je n’ai qu’une crainte : c’est qu’à un moment elle ne sombre dans la folie.

Tous ces morts…

Marie couche-toi là, c’est peut-être trop.


Alors, j’ai conseillé à Lisa Mona de voir un psy. Un vrai. Un bon.

C’était à la fin de la partie d’échecs.

« Vous me laissez gagner, avait murmuré Lisa Mona, pourquoi ? Il n’y a pas d’enjeu que je sache ? »

C’est à ce moment que j’ai pris sa main.

« Je ne veux pas vous perdre… » ai-je dit.

J’ai baissé mes lunettes noires : « Regardez-moi dans les yeux… Et dites-moi ce que vous voyez… »

Elle s’inclina. Jamais elle ne m’avait semblé plus belle, plus perdue…

« Vous allez me prendre pour une folle… »

« Certes pas… Dites-moi… »

« Je me vois. Je me vois, moi, à votre place… »

« Et alors… »

Quelque chose irradiait de Lisa Mona. Tout en elle frémissait…

«  J’ai envie de moi », dit-elle d’une voix brisée.


Elle a fermé les yeux, et tout simplement, tout doucement elle s’est évanouie. Alors, je l’ai allongée sur un épais tapis qu’elle avait dû ramener d’un voyage en Afrique du nord. Et très vite je l’ai prise. Comme un bûcheron porte la cognée…

J’ai joui en elle comme je n’avais pas joui depuis plusieurs éternités.