L’Inconnu du pont… | Part I
L’Inconnu du pont de la Garonne
Première partie
roman pluriel
Pour
participer à l’écriture de ce roman collectif : écrire votre fragment
dans le commentaire. J’intègre ou je n’intègre pas (c’est moi le maître
du jeu). Indiquez où vous souhaitez voir insérer votre texte car il ne
s’agit pas de cadavres exquis, le texte peut être nourri çà et là,
complété… J’essaierai au fur de maintenir la cohérence.
Périodiquement je “lisserai” tout ça… Et pourquoi, au final, n’y
aurait-il pas une publication ? (Le premier roman collectif écrit sur
le net !) Soyez inventifs et inventives…
Les personnages :
- Un cadavre inconnu
(Charles-Antoine Bastien | Claude Pilchard)
- Docteur Culsec : médecin
légiste
- La divine Ludivine (meuf
de Culsec)
- Inspecteur Pinault (chargé de l’enquête)
- Commandant Franco
- Devin dit “l’Asseulé”
(l’adjoint de Pinault ?????????)
- Marysol, travelo
brésilien (amant de Pinault ?)
- Inspecteur Lazaguard (c’est une femme)
Les indices :
- Une Bentley (probablement fausse)
- Le cadavre porte, tatoué, un petit papillon aux ailes dépliées.
1
(par DEB) :
Il
y avait des semaines pourtant que le cadavre avait été
découvert. Mais, de gendarmerie en gendarmerie, de
commissariat en commissariat, de police connue en police secrète,
d’Interpol en FBI, enfin, partout c’était la même
réponse : Inconnu.
Car
voici : cet homme, disons la quarantaine, retrouvé mort
dans sa Bentley sous un pont au bord de la Garonne, ne devait pas
être n’importe qui.
Et
pourtant toutes les fiches de renseignements revenaient avec cette
seule mention : Inconnu.
2
(par electron libre33) :
Les
premières recherches ADN n’avaient rien donné. Le
médecin légiste n’en revenait pas. Il n’avait, en
35 ans de carrière, jamais eu pareil cas. Le renommé
Docteur Culsec commençait à se demander s’il n’était
pas l’heure pour lui de raccrocher le bistouri. Était-il
atteint d’une terrible maladie à la mode, qui lui faisait
perdre la tête? Ou la mémoire de ses gestes et
techniques flanchait-elle vraiment? Inéluctablement? Culsec ne
savait plus. Non, ce cadavre, ne lui plaisait pas mais lui laissait
une odeur amère dans les narines. Il était déstabilisé.
Profitant de l’heure tardive et des couloirs déserts de
l’institut médico-légal, il se servit un double
whisky qu’il avala cul-sec.
3
(par petite mauve) :
Et
si la Bentley n’était pas à lui ? Ni louée
ni prêtée ? Et si ce n’était qu’un hasard un
malheureux hasard. Poisseux hasard !
Fallait
l’examiner cette caisse, rechercher les cheveux, les résidus
divers s’il y en avait… Fallait faire venir un chien, qu’il
renifle ! Rechercher à qui elle appartenait et qui sait
trouver une piste ? Examiner les sièges, le sol, des traces de
sang ? de foutre ? Y avait peut être une femme derrière
tout ça ? Y a toujours une femme ! une pute ? Une bourge ? Qui
sait les deux à la fois… se disait le flic pas macho pour
deux balles !
Ouais
une meuf, trouver la meuf !!!!!
Mais
qu’est ce qu’il lui arrivait ? Il se sentait mal, mal, envie de
gerber. Le whisky ? avalé trop vite qui sait !
Et
voilà qu’il se mettait à penser à la sienne,
son ex qui l’avait plaqué pour un voyou. Les femmes adorent
les voyous, c’est connu ! La sienne à lui, enfin, son ex, à
lui, c’était un canon ! whisky - canon ah ah (ah Lacan!)
voilà qu’il faisait de l’humour maintenant. Bien le moment
! En tout cas sa meuf, la divine Ludivine il l’aimait encore. Elle
lui manquait et ce soir… il l’aurait bien lutinée sur le
capot de la Bentley tiens ! Comme dans
Crash
de Cronenberg…
Bon
suffit ! Revenir à la Bentley. trouver qui ? quoi ? Pourquoi ?
4
(par DEB) :
L’histoire
de la Bentley avait un je ne sais quoi de suranné. Pourquoi ce
type avait-il loué cette voiture de luxe juste pour s’y
faire assassiner ? Et pourquoi là, sous ce pont isolé,
dans cette campagne perdue, en bordure de ce fleuve boueux ?
L’histoire
de ce Charles-Antoine Bastien avait un je ne sais quoi de pathétique.
Il ne s’appelait même pas Charles-Antoine Bastien, mais
Claude Pilchard. Comme les maquereaux en boîte, à la
sauce tomate - pas si mauvais que ça, du reste. Mais passé
de mode.
5
(par Solange) :
Le
docteur Culsec trouvait à cette histoire un goût
singulier. Disséquer un Pilchard, en effet, ne manquait pas de
saveur. Il faut dire que le docteur Culsec, qui accompagnait toujours
ses pilchards d’un petit muscadet de Sèvre et Maine, n’était
pas bordelais d’origine. Aussi, il avait toujours du mal à
comprendre ces gens du Sud-Ouest à l’accent et au geste
vifs. Lui qui arrivait d’une région où les vignes
basses et sans prétention donnent un petit vin blanc et sec
qui ne peut en rien rivaliser avec les Entre-Deux-Mers et autres
grands crus bordelais, avait du mal à saisir tous les
comportements de ces descendants friqués de grands
propriétaires ou d’habiles négociants. Alors, vous
pensez bien ! Déjà que vivants il avait du mal à
tout saisir d’eux, une fois morts, morts et muets, morts et
complètement sans vie… que ce bordelais baroque soit venu se
faire trucider dans une Bentley, en bordure d’un fleuve qui comme
tous les fleuves charriaient avant tout de l’eau, pour Culsec,
c’était du chinois.
Chinois
? vous avez dit Chinois ?
Culsec,
regarda de plus près son cadavre exquis, et là … là,
il devint vert et son collègue Elie Devin qui l’assistait
dans sa dissection vit soudain le bon Culsec rire jaune.
6
(Par Jean Claude Palustrade) :
Pendant
que Culsec et son assistant se chargeaient d’expertiser le
macchabée, l’inspecteur Pinault se voyait confier
d’enquêter. Ce policier, la trentaine, était d’une
apparence négligée et nonchalante. Il avait une sale
gueule, yeux cernés, une barbe de 5 jours, le dos courbé
et toujours les mains dans les poches. Ce qui était étonnant,
pour lui autant que pour ses pairs, était qu’il se voyait
confié une enquête que personne ne semblait pouvoir
résoudre. Dire qu’on l’avait prévenu la veille,
alors qu’il décuvait péniblement auprès de
Marie, une artiste un peu hystérique et très dépravée,
rencontrée dans un bar. Ces ébats éthyolisés
et le peu de sommeil le rendaient peu apte à gratter des
poiles de cul dans cette Bentley de merde.
Quand
il arriva sur place, il y avait déjà toute une
ribambelle de flics en train de trimer. On aurait dit des fourmis
grouillant autour d’un morceau de sucre. Sa tête le lançait
atrocement. Il manqua de vomir, quand un policier en uniforme vint le
voir. D’un ton sec, il lui demanda de déguerpir. Peut être
l’avait t-il tutoyé. Pinault n’en savait rien et
franchement il s’en foutait. Il regarda le flic dans les yeux avec
son air fatigué. Un léger rictus moqueur sur le visage,
il poussa l’autre flic d’un coup d’épaule. Je
vais encore devoir bosser avec des connard on dirait,
se mit il à penser très fort.
- Hey
connard, tu te crois où ! hurla le petit teigneux humilié.
Avant même qu’il ait pu le saisir à l’épaule, l’inspecteur à l’haleine pestilentielle sortit sa plaque et par la même occasion fit tomber ses clopes par terre. Alors qu’il les ramassait, le petit teigneux humilé s’excusait auprès de Pinault. Putain, il va me falloir un café, et en plus il commence à pleuvoir. Non, aujourd’hui c’est pas mon jour.
7
(Par georgelennick) :
De
son côté, la brigade d’élite qui disséquait
la Bentley fit une découverte assez étrange. Bizarre
même… La limousine gris métallisé ressemblait à
une Bentley, elle avait l’odeur cuir et bois de rose des Bentley,
le cabochon de radiateur conforme d’une Bentley… mais ce n’était
qu’une vulgaire copie. C’était du Made
in China
! Du toc. De la gnognote…
- Encore
un coup des Chinois ! s’écria le commandant Franco, dressé
sur ses ergots de coq franchouillard et rase-motte.
8
(Par Rochambeau):
Devin
dit “l’Asseulé” par son chef, car sa maîtresse
l’avait quitté ( il trouvait que c’était dur comme
humour pour lui, perdu sans elle) s’écria :
- Eh
Cusec ! (il avait donc pris l’habitude, suivant l’humour de son
patron de prononcer tous les noms ou mots sans L) tu ris jaune car
tu es eurasien et pour toi c’est du chinois. Allez arrête,
ton Pichard ( comprenait-t-il son humour avec arrête), t’as
compris que c’était un gros poisson avec son pubis rasé
et à cet endroit ce tatouage d’un dragon. T’as compris
d’où il sortait !
-
9
(Par Brigitte Giraud) :
L’homme
mort avait eu des pensées d’homme, des rêves, des
illusions perdues. Il avait écouté son coeur battre sur
un autre coeur. Il avait bougé ses jambres, ses bras, ses
mains au bout. Il avait porté à ses lèvres une
tasse de café crème, mangé la mousse à la
petite cuillère, aspiré la fumée d’une
cigarette. Il avait eu les gestes ordinaires d’un vivant ordinaire
qui traverse des heures délicates et légères. Il
avait eu aussi les gestes lourds d’un être que l’existence
émiette comme un vieux pain. Claude Pilchard n’avait jamais
su se défendre contre cette “chose” qui le hantait. La vie
parfois menace la vie, vous savez. Alors, pour combattre ce mal qui
l’encombrait et qu’il tenait pour une infirmité, défiant
ses mauvais génies, il s’était fait tatouer sur
l’épaule gauche un petit papillon aux ailes dépliées,
s’était inventé d’improbables envols dans des ciels
lisses. A présent qu’il était mort, le papillon
allait mourir aussi, tout englué qu’il était dans ses
chairs roides et qui puaient. Sûr que la dentelle de ses ailes
allait tomber bientôt comme une vilaine cendre ! Culsec ne
pouvait détacher son regard de l’insecte. Peut-être
voulait-il le sauver, le prendre dans le filet de ses mains,
l’arracher à cette peau qui déjà pourrissait ?
Peut-être avait-il vu ce tatouage, ailleurs, sur un autre
corps, accroché à un souvenir qui refaisait
soudainement surface, un feu qui l’embrasait tout entier ?
Peut-être tout simplement avait-il peur des papillons, depuis
longtemps, depuis toujours, une peur qui paniquait ses sens et le
laissait muet d’effroi ?
10
(Par electronlibre33) :
Voilà,
il avait trouvé ! Et son sang se glaça une nouvelle
fois. Ce corps, il le connaissait. Il en était sur maintenant.
Ce papillon, en train de se décomposer plus vite que le corps
lui-même, lui évoquait quelques souvenirs désagréables.
Mais impossible d’identifier cette étrange sensation. Au
diable l’ADN qui ne voulait pas parler. Un simple tatouage sur un
macchabée en disait plus que toutes les techniques ultra
modernes qu’il pratiquait tous les jours. Le pauvre docteur Culsec
fut obligé de sortir de la chambre froide. Reprendre ses
esprits. Voir la lumière du jour. Se tâter, se pincer,
pour s’assurer qu’il ne gambadait pas dans un mauvais rêve.
Il vivait un moment étrange. Très étrange.
11
(Par georgelennick) :
Oui.
Ce corps d’hommasse au joli papillon, eh bien il l’avait aimé…
Il l’avait aimé comme un fou alors que Marysol, ce travelo
brésilien qui était encore femme, venait de débarquer
à Paris… Il y a quatre, cinq ans… Un siècle.
Il
se rappelle l’invite de ce pubis déjà rasé,
avec les mêmes deux petits points de beauté près
de la cicatrice de l’appendicite, il se souvient y avoir promené
ses lèvres plus que de raison alors que ce sexe flasque et
ridicule comme une chipolata décongelée n’était
pas encore greffé là… Il remarque maintenant
l’arrondi des hanches qui confirme sa peur. Marysol !
Pute
borgne! Sûr que c’est elle… avec une barbe de trois jours…
Pauvre fille… C’est vrai qu’elle aimait plus que de raison me
sodomiser à grands coups de vibromasseur et qu’elle y
prenait un plaisir pervers… Mais comment a-t-elle pu faire le pas
et coudre cette cicatrice qui me rendait fou ?
12
(Par caféine) :
La
ligne est brouillée, ses capteurs nazes.
Monologue
d’éclates, friture de non-dits. Blablatages connectiques
ondulées tout azimut. Interférence et diffraction en
non sens.
Désirs
perdus dans le triangle des Bermudes. Circuits niqués à
l’eau pas tango Charlie, Le monde parallèle en dent de scie
ego in. Ronflements décodés:du morse noyé.
Déphasage sans regard, trou noir sans friction. « ET »
email maison, carte mère « off line », Puce
saturée, souris dératée gratte le sonar-zona.
En
caisson blindé, La tornade magnétique neutralisée
L’après sans parasite, la Marysol, la si do.
13
(Par Rochambeau)
L’asseulé
regarda son chef avec surprise. C’était la première
fois qu’il le voyait comme cela, bouleversé. Alors, pour
essayer de le dérider il lui dit en riant :
«
Je ne voudrais pas te chercher de chinoiseries, mais ça jette
un froid de sortir de sortir de ce type de chambre ! Tu vois, je ne
vais même pas répondre à tes piques sur mes
origines : c’est ma Mère qui était Viet. Quant à
ton humour sur les chambres froides, c’est du réchauffé.
Mais ton histoire de chinoiseries, me fait penser encore plus à
ce je viens de comprendre et qui me fout la trouille. ? Tu sais que
mes Parents, je te l’ai déjà raconté, ont vécu
à Hong-Kong du temps des Anglais. Et si j’ai choisi cette
spécialité, c’est parce que mon Père médecin
autopsiait les corps là-bas. Son nom était connu des
flics et de leurs ennemis. Je le sais puisque j’ai fait mes débuts
avec lui. Plusieurs fois il a autopsié des corps de mecs pas
très nets qui avaient ces deux tatouages. Curieux comme il
était, il a mené son enquête. Il m’avait dit
que ces gars là faisait partie d’un groupe tout puissant
d’un groupe mi-secte, mi-mafia qui supervisait tout ce qui était
salles de jeux, prostitution, etc.. Le fondateur s’était
inspiré d’une légende chinoise ou l dragon crache des
papillons. Mais hélas mon Père, peur avant le départ
des Anglais, a été abattu un soir en rentrant chez
lui.. Et je crois bien que cette Organisation mafieuse a pris le
contrôle du passage des clandestins d’une région du
Sud de la Chine, jusqu’en France pour ensuite les faire marner pour
rembourser le prix élevé de leurs services. Je suis sûr
qu’ils font travailler des loubards d’ici pour mieux passer
inaperçus. Et celui-là a du être trop bavard.
Mais comment aller dire cela à cetet espèce de flic,
Pinault ! Et pourquoi ris-tu ?
- Parce
que Pinault vient de Cognac ?
- -
Ah c’est malin. Moi ça ne me fait pas rire . J’ai peur
d’en parler aux flics, car si ces crétins racontaient
qu’ils sont sur cette piste grâce à moi, et bien je
crois que je risque gros. Car en plus ils connaissent mon nom, à
cause de mon Père qu’ils ont abattu. Les journaux d’alors
ont en assez parlé là-bas. Je revois les titres «
Le médecin Culsec, chef du Département Autopsie du
Centre Hospitalier avec lequel travaille la Police, a été
abattu. Il avait enquêté sur un groupe mystérieux
» Alors tu comprends j’ai les boules. Alors tout ce que je
t’ai dit tu le gardes pour le moment pour toi. Tu as compris ?
- Oui, répondit l’Asseulé presque en tremblant.
14
(Par Cafeine) :
Et
les boules,les boules de pétanque, pas celles de geishas dans
le coffre de la Bentley ?
15
(Par amb55) :
Culsec-Discek
n’en revenait pas. Bon sang, mais c’est bien sûr. Marysol….
Il se sentit pris de bouffée de chaleur. Il fallait qu’il
prenne l’air, oui. Cela devenait urgent.
Avant
de sortir, il mit deux euros dans la machine à café.
Celle-ci renâcla un moment puis lui remis sa monnaie en
affichant hors
service.
C’était bien sa veine. Il passa donc au distributeur de
boissons fraîches et après avoir refilé sa
monnaie à l’appareil cliqua pour commander une bière.
Une canette roula dans le distributeur avec un bruit de ferraille.
Il
fit sauter la languette et un pschitt s’échappa. Cela ne
valait pas un petit noir, mais après tout quelques bulles ne
lui feraient pas de mal.
Il
sortit tout en sirotant sa 33import.
L’air
frais lui fit du bien. Il s’assit sur un banc et jeta la tête
en arrière en respirant à pleins poumons tout en se
disant que la vie avait du bon, ne serait-ce que cette banale petite
gorgée de bière, et qu’avant de se retrouver dans le
même état que ses patients qui n’avaient plus rien à
attendre de ses prouesses chirurgicales, il avait encore envie de
profiter des plaisirs d’ici-bas.
Il
en était là de ses réflexions quand un papillon,
un de ces jaunes citronnés qui reflètent la lumière
du soleil sur les milliers d’écailles composant leurs ailes
fragiles, vint voltiger autour de lui. Il suivit tout d’abord des
yeux l’insecte intrépide s’attendant à le voir
s’éloigner très vite vers quelque fleur. On était
au printemps. Mais le petit citron au lieu de s’éloigner
continuait sa danse tout autour de Culsec-Discek et de sa bière.
Il vint même un moment se poser sur le rebord de la canette
déroulant sa trompe pour profiter des quelques gouttes égarées
croyant sans doute profiter d’un doux nectar.
Ce
papillon … ah, ce papillon … mais qu’avait-il à le
coller comme ça ? Il fit un geste de la main pour éloigner
la bestiole qui commençait à l’énerver mais
celle-ci au lieu d’aller virevolter un peu plus loin, vint se
poser, là, oui, là,juste derrière son épaule,
et pas n’importe laquelle, derrière son épaule
gauche.
16
(Par petite mauve) :
Pendant
ce temps la divine Ludivine s’envoyait en l’air avec son voyou.
Ah ! Comme elle l’aimait son voyou, comme il la faisait grimper aux
rideaux. Beau gosse carrossé comme une Bentley oui une vraie !
Pas une en toc ! des muscles et qui roulaient sous sa peau brune et
épilée, huilée. Il fréquentait les salles
de musculation et se bourrait de protéines pour ressembler à
Jean-Claude, oui vous savez bien qui, Jean-Claude V, comme Vandamme !
Madame ! Mais en vrai il était bien mieux que le Vandamme, il
avait le type latino, proche de… voyons, la divine Ludivine
réfléchissait, ou proche de Pacino ! Voilà.
Ahhhh quel homme son voyou ! Un sacré bon coup son voyou. Et
tigresse elle était d’une jalousie féroce. Attention
à celle qui approchait de trop prés !!! Griffes acérées
et lèvres retroussées sur ses dents limées, la
divine Ludivine était prête à mordre, à
griffer, à déchirer le joli minois en face et à
le marquer de sa colère divine. fallait pas y toucher à
son voyou. Sa Bentley d’amour. Qui avait sur l’épaule
droite, un tout mimi, tout joli papillon tatoué… Un amour de
papillon qu’on aurait dit prêt à s’envoler. Et elle
la divine Ludivine chaque fois qu’ils baisaient elle se sentait
pousser des ailes en regardant le papillon. Elle s’envolait direct
au ciel des plaisirs éternels. Ce papillon la faisait jouir,
oui, il avait un pouvoir sur elle. Magique ! Et là ce soir, en
s’envoyant en l’air avec son voyou, alors même qu’elle
matait ledit papillon, voilà qu’un autre papillon, un vrai
celui là un jaune citronné s’introduit dans la
chambre, dans sa vie, dans ses ébats et vient la troubler.
Voletant de ci de là il la titille, la fixe, s’approche
comme pour ala butiner et brusquement se pose sur l’épaule
gauche de son voyou, qui n’a rien vu venir tout occupé à
la besogner. Un cri ! La divine Ludivine s’est évanouie…
17
(Par petite mauve)
Moi
en toc ? Mais pour qui tu te prends toi ? J’suis une Bentley, une
vraie. Made
in China eh alors !!!! Elles
sont toutes made in China maintenant… Et puis tu t’es vu toi ?
Comment t’es carrossé ? Moi, Monsieur, il y a des petites
mains chinoises qui m’ont sculptée ! Oui Monsieur. Qui m’ont
amoureusement donné le jour. Qui ont caressé mes ailes,
bichonné mon coffre, palpé mes sièges, embrassé
mon pare choc,léché mon cabochon, câliné
mes pneus, qui ont frotté mes phares, tâté mon
cuir, qui m’ont susurré des mots doux, qui m’ont
ahhhhhhhhhh fait tellement plaisir. Jamais t’auras ça toi.
Jamais. Non, mais tu t’es vu ? J’en voudrais pas de tes bras
malingres, de ta peau rugueuse et mal rasée. Moi Monsieur, la
mienne est lisse et douce. Je brille de mille feux, mes essences sont
rares et précieuses, je suis de l’aristocratie moi ! Du
respect Monsieur ! Du respect. Et en plus, j’en sais des choses,
tellement de choses… mais je ne parlerai pas Monsieur car moi j’ai
de la vertu, je suis un tombeau… oui un tombeau.
18
(par iguane) :
A
qui profite le crime, voilà la question essentielle,
existentielle, enfin dans ce cas plutôt mortelle…
Quel
est l’abruti qui nous fait cette sortie polardesque ? IL ET INCONNU
le mort, à part la Bentley et le papillon, tiens ça
ferait un joli titre de fable, ouais une belle fable, et pourquoi pas
un conte pendant qu’on baigne dans la balourdise monumentale, le
papillon se transforme en prince assassiné et la Bentley
redevient citrouille, ou boîte de pilchards…
Inconnu
ou pas, il doit bien y avoir un gus quelque part qui se marre comme
un fondu de voir toute cette flicaille se gratter le cuir chevelu et
expectatif !
Tu
vas voir que tous ces couillons vont se retrouver au cimetière
à jouer à cache-cache derrière les tombeaux et
les chapelles baroques pour observer à la jumelle, même,
peut-être, qui assiste ? et vas-y que j’te flashe tout ce
petit monde de curieux pour essayer d’y lire ensuite une suspicion
dans le regard, en coin le regard évidemment et fuyant, c’est
ça fuyant … Le criminel reviendra-t-il sur les lieux du
crime ? telle est la question ! Sauf que jusqu’à présent,
Monsieur, si je peux me permettre, vous n’avez aucune preuve que le
crime a été commis sous ce pont.
L’inconnu
du pont soit mais le crime, hum, ah ! ça vous la coupe ça
!
19
(par DEB) :
Tu
oublies une chose, c’est que moi JE SAIS pourquoi il est inconnu le
cadavre… TU t’imagines que j’ai lancé ça comme
ça… Le cadavre est INCONNU, incognito…
Il
y a quelqu’un, oui, qui regarde, tout ça de loin, et c’est
moi…
20
(par caféine) :
Farce
post
mortem,
l’inconnu lancé mort sous un pont personne ne le réclame,
tout le monde s’en fou, tourne autour les petites histoires de
vivant. On s’intéresse à lui? Pas vraiment. Parce
qu’un mort qui ne manque à personne c’est qu’il n’a
jamais vraiment existé, même qu’il était
tellement anonyme avant d’être dessoudé qu’enfin
voilà que l’on parle de bière, en canette ,finir en
canette quand on a un tatouage en forme de papillon !
21
(par petite mauve) :
Moi
le mort je vous dis que personne ne me découvrira. Parce qu’en
fait je n’existe pas. Je ne suis qu’une illusion, un homme
virtuel, né de l’imagination d’un romancier célèbre
en mal de gloire… Qui s’ennuyait chez lui et ne savait plus quoi
inventer. Alors il m’a créé. Je suis sa création,
sa créature comme Frankenstein avait la sienne. Je suis votre
reflet, le mal qui est en vous. Votre ombre. L’indicible part noire
de votre âme. Je suis votre monstre secret, celui qui est tapi
en vous. Je n’ai ni ADN, ni empreintes digitales. Je suis l’homme
digital !!!! Certes vous m’avez palpé, senti même et
vous avez trouvé un papillon tatoué sur mon épaule
gauche mais tout cela est vain, faux, juste une incarnation
illusoire… je suis, j’étais comme ses aliments qui n sont
qu’amalgames ersatzs de vrais, et pour brouiller les pistes et
confondre l’ennemi j’ai ajouté cet indice du papillon.
Dont je ne suis, au fond, que la chrysalide. Je me venge d’un
homme, d’une femme, de vous tous bandes d’abrutis qui ne jurez
que par le réel !!! Réveillez vous et regardez vous
dans la glace ! Que voyez vous sinon votre reflet. Vous n’existez
pas, le savez vous ? Vous n’existez pas, pas plus que moi !!!!!!!
Salut.
22
(par petite mauve) :
Homme
digital ou bionique, homme de chair ou poussière… voilà
ce que je suis. Je suis l’esprit, la matière, la
désincarnation. Je suis une illusion. Car tout est illusion.
Tout est vrai, tout est faux. Ce qui compte c’est le rêve.
C’est ce qu’on met dans les choses dans les êtres. C’est
ce qu’on imagine, ce qu’on ressent. Ça vous souffle hein ?
Ça vous en bouche un coin !? Moi aussi vous savez j’étais
comme vous et puis le temps, la vie m’ont amené à
voir les choses autrement. Parce que j’ai ouvert le yeux, j’ai
ouvert mon cœur, je suis allé au delà de apparences,
j’ai traversé le miroir. J’ai largué mes amarres,
lâché mon lest. je me suis abandonné… Tout est
vrai tout est faux.
23
(par Deb ) :
Cette
foutue vérité, mais bien sûr que je la leur
dirai. Je raconterai tout. Je vois bien qu’ils pataugent. Un
cadavre sans identité, quelle idée ! Mais il en a eu
une au début. Les empreintes, les empreintes bien sûr.
ils s’étaient marré, vraiment marré.
L’assistant était entré dans le bureau avec un air
rigolard : Votre
mort, hé, les mecs, c’est une femme !
Une
Lyonnaise. De vingt deux ans.
Voilà
ce qu’ils avaient trouvé pour les empreintes. Ils se sont
encore marré. La police scientifique en a pris pour son grade
: même pas foutu de relever des empreintes correctement les
experts.
Des blaireaux oui !
Et
puis, je ne sais plus qui a demandé une nouvelle analyse.
Cette fois c’était les empreintes d’un moine boudhiste…
Ils
riaient moins. Ils ont fini par carrément disjoncter à
la troisième analyse : un jour de foot africain foudroyé
sur un terrain… On avait vu les images à la télé…
Culsec
qui avait flairé le coup avait fait la même chose de son
côté : analyse sur analyse. Le sang, à chaque
fois, était celui de quelqu’un d’autre…
24
(par Solange) :
De
loin, sans rien dire, il observe tel un serpent naja, cobra, ou ne ne
sais quoi, vipère à cornes ou arc-en-ciel, prêt à
bondir sur sa victime. Il est là, dans l’ombre à nous
observer, nous jauger, ricaner peut-être même de toutes
nos agitations plumesques tout comme l’assassin de l’inconnu, de
lui seul connu.
Ça
n’est même plus un polard (avec ou sans d le polard ? je n’en
sais rien, je n’en lis pas suffisamment et là j’ai soudain
la révélation que les dés sont pipés),
mais là n’est pas la question. La remarque, ma révélation
en ce samedi matin ensoleillé, c’est que l’alibi du
soi-disant crime de l’inconnu du bord de Garonne, devient une
sombre machination qui fait de nous pauvres scribouillards de seconde
zone, qui nous triturons les méninges autant que cette pauvre
flicaille qui s’évertue à trouver un coupable pour
faire avancer l’histoire, nous donc, pauvres blogueurs d’une
plate-forme tournante, distribuant notre prose entre Catalogne et
Nord-ESt du pays, nous voici devant l’idée que nous ne
sommes que de simples marionnettes en train de nous agiter en tous
sens, nous donner en spectacle, pour qui ? pour quoi ?
Pour
les beaux yeux de quelqu’un qui se les cache, ses yeux, derrière
des lunettes noires… serpent à lunettes donc, caméléon
aux yeux sans cesse en transe, capable de voir devant, derrière
et par tous les côtés, et capable d’un coup de langue
bien placé de vous avaler tous les papillons du monde.
L’auteur
de cette infernale machination, ne serait-il pas tout simplement
l’unique coupable, l’assassin ? La question est posée
chers amis, je me la pose. Posez-vous là en fins limiers que
l’on vous demande d’être pour résoudre l’énigme
dont seul l’assassin se connaît lui même, dont seul
l’instigateur se connaît lui-même.
De
là, à ce qu’on veuille nous faire porter à
tous le chapeau…
Maintenant
que nous sommes embarqués dans cette galère, nous voici
en même temps comme un peu complices. Pour nous disculper, une
seule solution, l’amener à se dévoiler, à se
découvrir.
Bon,
allez, je divague là, je délire. C’est mon côté
parano. Et comme dirait notre grand manipulateur devant l’éternel
: et vous ? ça va ?
25
(par DEB) :
“Jupiter
rend fous ceux qu’il veut perdre.”
26
(par petite mauve)
On
nous manipule peut être même sûr MAIS nous
manipulons aussi. en attendant le mort reste mort et l’énigme
entière !
27
(par Jean Claude Palustrade)
Il
était dans les 23 heures quand Pinault jeta sa bouteille de
whisky à la poubelle. Seul et ivre, il se dirigea vers son bar
favoris, un des plus vieux bar rock de bordeaux. Le plus vieux
d’après son propriétaire :
le Fiacre.
Il aimait ce genre d’ambiance sombre et glauque, ces quelques
piliers de bars qui meublent dans le décors. Les jeunes paumés
et les petits bourges qui participent avec intérêts aux
discussions philosophiques de comptoir ou vous ignorent. Ici le sens
absurde de la vie devenait évident. On ne fait que passer, et
si certains fous osent croire que nous sommes à l’image d’un
quelconque dieu, cela signifiait que ce dernier était soit
cruel soit alcoolique. Si l’existence n’a aucun sens, ce meurtre
non plus. Et pourtant il fallait bien l’élucider. Un
macchabée raide mort retrouvé sous un pont, dans la
campagne boueuse de cette ville de nobles consanguins. Une Bentley
grise de luxe, pas un poil de cul. Un macchabée inconnus aux
empruntes non répertoriées. Et ce fameux tatouage que
l’assistant de Culsec avait confié. Un putain de papillon.
C’est sûrement une sale blague. Un papillon se nourrissant du
sang des cadavres, y a de quoi écrire un mauvais scénario
pour un film débile genre Navarro. « Qu’est ce que tu
racontes mec? » Merde ! Il ne s’en était pas rendu
compte mais il raconté sa vie à des gamins tektonik qui
sentait l’alcool et le parfum. Le regard moqueur. « C’est
le scénario de mon nouveau roman, je vais faire un putain de
carton avec ça les gars ! Mais je n’arrive pas à
trouver la fin de mon histoire. - il sera sûrement lu dans le
monde entier par cinq personnes ! »
Et
ils éclatent de rire.
«
Fous-toi de ma gueule, petit con va ! - il n’est jamais bon de
parler d’un roman que l’on est entrain d’écrire avant de
l’avoir terminé. On ne les fini jamais ! »
Un
homme aux cheveux frisés plus que grisonnants et un chapeau
sur la tête étaient assis à coté de
l’inspecteur. Il buvait un verre de whisky, une double dose, sec !
« Patron la même chose que monsieur…
-
Appelez moi DEB !
- Drôle
de nom… en même je dis ça, je dis rien ! Un verre
comme monsieur DEB pour moi !
- -
Je sais pas si t’en a besoin !
- -
Je ne sais pas si le bar à le droit de servir après
deux heures et à des mineurs.
- -
Et un double sec !
- -
T’es écrivain mon cher DEB ?
- -
On peut dire ça. Mais vous, on dirait que vous souffrez de la
page blanche.
- -
Eh oui mon vieux, je participe à un cadavre
exquis,
affublé d’un joli papillon. Tout le monde raconte la
sienne, moi j’essais de rester cohérent. C’est emmerdant.
- -
Je faisais ça quand j’étais plus jeune. C’est un
très bon exercice pour faire travailler l’imagination.
- -
Ouais, l’imagination… je crois que je suis en panne
d’inspiration là. Je suis prisonnier de l’histoire.
Tellement prisonnier que je ne sais plus quoi inventer.
- -
D’après ce que j’ai compris vous avez un cadavre dans un
bentley. Ce cadavre n’a pas d’emprunte répertoriées,
ou de multiples, ce qui revient au même. De plus il possède
un papillon sur le dos. Fait plus étonnant, c’est
l’assistant du médecin légiste qui vient signaler à
l’inspecteur de votre histoire cette information. Comme si le
médecin légiste voulait le cacher pour on ne sait
quelle raison. Vous devriez travailler dessus. Trouvez la péripétie
qui impliquera le médecin.
- -
Tu sais quoi ? Je pense que t’as raison, mais j’y avais déjà
pensé à tout ça. Mon vieux Ricœur. »
Les
deux hommes trinquèrent et discutèrent de tout autres
choses. Enfin, Pinault pris de nausée se leva. « Bon et
bien, ce fut un plaisir, je vais faire un tour et rentrer chez moi !
T’es pas assez bonne pour que je te propose un dernier verre chez
moi, ne te vexe pas !
- Pas
de problème, à bientôt et bonne chance !
- -
Merci à toi aussi, on en a tous besoin ! »
Pinault
se dirigea vers Saint Pierre pour rendre visite à un dealer
que l’on surnommait la grande faucheuse. En plus d’apporter la
mort, la grande faucheuse conduisait très mal. Il le trouva
assis au milieu d’amis punks, sirotant de la bière et
parlant fort. Des chiens couraient partout et auraient sûrement
emmerdé les gens s’il n’avait pas été aussi
tard. Le dealer reconnu son client et vient à lui.
- Alors
inspecteur, on vient faire des heurs supp’ ?
- -
Non je débauche et le whisky avait mauvais goût ce
soir.
- -
J’ai tout ce qu’il vous faut pour passer une bonne soirée
! amphet, coke, rabla, taz, et même de la kétamine.
- -
Affriolant ! je prendrai 2 grammes de ce bon vieille Hector.
- -
Ça roule commissaire.
- -
Dis moi, il t’est arrivé quoi à ton œil, si ce
n’est pas indiscret ? ta copine t’as largué parce qu’elle
en avait marre que tu portes ses jupes ? (ce dealer mettait souvent
des kilts).
- -
Non ces des enculés de niakoués. Ils sont en train de
prendre le contrôle des quartiers et les condés font
rien d’ailleurs. Tu vois l’autre soir, j’étais posé,
tranquille, comme d’habitude. Et t’as un mec, il se ramène
et il me demande de lui donner tout ce que j’ai. Je lui fais, toi
mon gars tu vas te faire foutre ! Et là y a un gros chinois
chauve, genre comme dans les films qui débarque, par derrière
et il me tape dans les jambes. Je tombe tu vois ? et là le
mec qui me demandait le thune il me shoot dans l’œil, comme ça
! et il me dit qu’il veut plus me voir traîner dans le coin.
Et putain le gros, trop ridicule, il avait un espèce de
tatouage derrière le crâne, un papillon ou une chauve
souris, je sais pas trop quoi, mais trop laid. Ces mecs je vais les
choper un de ces quatre.
- Quand un papillon bat des ailes ici, un ouragan dévaste la chine. - -
Tu n’as pas un peu bu toi ?
- -
Et toi jeune homme ?
- -
Woulala on est tous défoncé mon vieux ! à cette
heure si y a que des mecs comme toi et moi qui trainent dans le coin
! bref je les planterai sûrement la prochaine fois ! tu veux
toujours deux pochons de rabla ?
- -
Ouais je t’attends au coin habituel. »
Y a pas à dire, Dieu est sûrement un vieux vicelard alcoolique et il se marre en nous regardant.
28
(par amb55) :
Pendant
que Pinault plein de whisky jouait au simple flic parmi les junkies
de Saint-Pierre, Montsec-Painsec qui avait fini sa bière
depuis belle lurette et s’était enfin débarrassé
de la bestiole jaune citron qui lui tournait autour, s’en était
retourné vers le vestiaire de son service pour quitter sa
blouse blanche de médecin des morts et enfiler son cuir de
motard.
Car
Discek-Culsec n’avait rien de trouvé mieux pour retrouver
ses esprits après ses savants découpages que
d’enfourcher sa précieuse Honda TRX bleue qu’il surnommait
son “Ange bleu” afin de regagner son domicile où
l’attendait sagement enfermé dans sa cage métallique
un des NAC pour lesquels il avait craqué un soir en croisant
dans la rue une pauvre gosse paumée qui promenait la bestiole
sur son épaule et tendait la main aux passants pour ramasser
quatre sous afin de nourrir celui qu’elle disait se nommer
“papillon”. Ce papillon-là était un ces animaux qui
pendant des siècles ont hanté les campagnes et furent
persécutés par l’homme, une de ces bestioles mal
considérés à la dent aiguisée aimant
surtout traîner et fureter la nuit. Discek attendri par la
minette et sa bestiole avait proposé à la première
d’adopter la seconde contre les quelques subsides en espèces
proposées.
Discek
possédait donc dans une cage un furet nommé papillon.
Un furet qui aimait, lorsque le toubib rentrait de son boulot se
percher sur son épaule et lui léchouiller à n’en
plus finir le derrière des oreilles.
29
(de petite mauve) :
P’têtre
bien que DEB est le mort ? le flic ? le docteur ? la divine Ludivine,
le voyou… et même le papillon ! Dr Jekyll et Mr hyde ! DEB
est tout, tout à la fois. Créateur, instigateur,
auteur, acteur, réalisateur, producteur, lecteur… tout à
la fois. Il est l’œil, l’œil du cyclope, l’œil du cyclone,
l’œil de la caméra. Le voyeur ! Il tire les ficelles. Nous
sommes ses marionnettes. Deus
maquina.
Pantins de pacotille, Pinocchios de seconde zone, nous essayons de
résister, d’imaginer alors qu’il nous manipule ! DEB est
tout à la fois, démon divin et dieu démoniaque.
Il est blanc et noir, yin et yang, jour et nuit… Nous sommes aussi
ses créatures, infernales. DEB est Dieu et Lucifer. Non
seulement le mort n’existe pas mais ce roman n’existe pas, folie
pure, illusion, évaporation…
Jupiter
? moi aussi née en mars.
30
(par DEB) :
C’est
le moment, je crois, que je leur dise que le mort, je l’ai
rencontré, pour cause : je lui tenais la main au moment où
il a expiré… En somme, il a expiré dans mes bras. Et
je me demande pourquoi il m’a dit ça en anglais : good
luck.
31
(par petite mauve) :
Et
voilà, on y était… enfin ! Je leur faisais péter
les plombs. Empreintes nada. Analyses nada. Forcément, puisque
je n’existe pas. Puisque d’identité je n’en ai pas. Je
suis toutes les créatures à la fois. Je suis le mort
sans identité puisque toutes il les a. Je suis le mort Mormon.
Le mort camé-Léon. Mort pour la patrie, mort pour la
France, sauvé des eaux comme Boudu. Le mort fou, qui rend fou.
Un mort qui n’a jamais existé, au propre comme au figuré.
Que dans leur imagination, votre imagination. Je suis le mort qui
phagocyte les autres morts, qui leur vole leurs empreintes, leur
sang, leur ADN, mort vampire. Mort transformiste. Et si j’étais
Culsec-diseck ? Ou Pilchard ? Si c’étaient eux les morts et
moi le vivant ? S’ils étaient seulement leur ombre !? Je
suis celui qui suit, qui vous suit, qui vous absorbe et se transforme
au gré des rencontres. J’ai renversé l’ordre du
monde. Les ténèbres ne sont pas de mon côté.
La mort est clarté. Vous êtes de l’autre côté.
Et pas près de trouver. Moi le mort je me marre, je jubile, je
me réjouis de votre ignorance, de votre manque de
perspicacité. Je vous défie et malgré votre
science vous ignorez qui je suis. Et je me joue de vous, de vos
jouets de laboratoire. Allez un petit effort et vous allez comprendre
! Sinon tant pis, le mystère demeurera, un de plus ! Mais… peut être… qu’il se renouvellera. En attendant basta ! Et ne croyez pas que je vais vous aider. Nada ! La vie no vale nada !!!!
Oui,
c’est vrai, il m’a tenu dans ses bras, il m’a accompagné.
Je l’avoue sans lui j’aurais pas pu mourir, pas le courage. Mais
il a été là, un vrai mec, un dur à cuire.
Car j’étais pas beau à voir avec mes trous.
Sanguinolent. Trois p’tits trous et puis s’en va… Moi le mort
de ce roman que personne ne (re)connaît, que personne n’a
re-trouvé, j’ai pu mourir en paix. Quand il est arrivé
le mec avec ses cheveux de barbe à papa poivre & sel, ses
lunettes noires, j’ai eu peur enfin un peu. J’ai cru que c’était
la grande faucheuse qui venait me chercher et je la voulais pas. Mais
quand il m’a parlé je me suis calmé. Sa voix profonde
et douce m’a rassuré. Je l’ai écouté, je
l’ai apprécié, même que si j’avais pu rester
de ce monde, peut être que je l’aurais aimé. Oui !
C’est pas tous les jours qu’on en croise des comme ça. Des
doux sous le cuir, des cœurs tendres sous le harnais blanchi. Moi
j’en ai pas eu dans ma vie. Plutôt des méchants j’ai
croisé et des rapaces et des mauvaises qui m’ont carrément
cassé. Tué. J’ai pas eu la veine de naître dans
une famille enfin disons que je l’ai pas connue ma famille. Elle
m’a laissé tomber, alors… de foyers en trottoirs j’ai
appris al vie, dure la vie dure. J’ai cotoyé des marlous,
des voyous, des ordures. J’ai trimé, j’ai enduré et
aujourd’hui je paie mes fréquentations, mes mauvais choix.
Je me suis fait rouler. C’est pas moi qu’on devait buter, c’est
l’autre qu’avait un papillon tatoué sur l’épaule
droite, mon jumeau. Mais voilà j’ai jamais eu de pot et la
vie m’a jamais fait de cadeau. Je paie pour un autre, mon frère
ce salaud qui m’a fait la peau. C’est pour ça que j’en
ai plus… bon d’accord c’est un mauvais jeu de mots et c’est
pas le moment. En attendant mort je suis, mort je reste. Et lui là
avec ses lunettes noires, ses cheveux mousseux, ses mots doux il me
ferait presque craquer, presque pleurer. Tellement il est gentil.
Mais je suis mort, c’est fini. J’ai rendu le dernier soupir, sous
le pont de la Garonne, pas celui du même nom, non. L’autre
c’était avec ma Juliette ! Le bon temps… Le temps d’avant.
“good luck…” baby
32
(par Caféine) :
Je
sais comment faire parler les morts : Je propose une séance de
whitespiritisme, c’est le veau doux des blancs. Chacun amène
ses macchabées , nous avons tous un cadavre dans nos placards.
A défaut la vidange de whisky. Nous allons commencer par une
décoction de petite mauve dans du vinaigre pour en enduire le
grand Deb qui dansera à poil au bord de l’eau sur le capot
de la Bentley. Notre Iguane amène sa gourde d’eau de
Lourdes. Allez les groupies mettez vous en transe au son des vibros
que Georges tient dans ses mains.Culsec est invité aussi
33
(par amb55) :
Le
Pilchard en morceaux, quelque peu réduit à l’état
de puzzle avait encore bien toute sa tête. Le mort-vivant,
mor-mont à ses heures et mort-agne à d’autres prenait
à ce moment toute sa dimension de cadavre exquis sans ses
skis. De passe-montagne il allait se faire passe-muraille. Le Discek
qui avait si bien joué du scalpel dans les profondeurs de ses
entrailles il allait lui montrer de quel bois il se chauffait. Il
décida de quitter cet endroit où il se les pelait pour
aller prendre l’air. Il ramassa un de ses orteils qui traînait
par ci, rajusta le haut de son tronc en l’insérant dans son
cou quelque peu distendu remboita le col de son fémur disloqué
dans sa cavité originelle et sauta prestement de la table
d’opération.
Il
sortit de la froide morgue en empruntant la porte comme monsieur tout
le monde, et se glissa dans le couloir désert de ce sous-sol
d’hôpital. Pour accéder au rez-de-chaussé il
emprunta l’ascenseur. Il éprouva une étrange
sensation quand celui-ci s’éleva en sentant d’un coup
frémir ses entrailles sans doute mal conglutinées à
l’intérieur de son corps qui n’avait de corps qu’une
enveloppe molle et brinquebalante. Arrivé au rez-de-chaussée
il se dirigea vers le hall d’entrée. Il croisa plusieurs
infirmières et s’amusa à s’immiscer prestement sous
leur blouse blanche, seule barrière textile qui séparait
ces corps de l’air ambiant. A cet instant notre Pilchard, un peu
maquereau sur les bords sentit à nouveau un étrange
frisson le parcourir. Il lui semblait que ses entrailles étaient
prises soudainement de convulsions. Lui qui venait de souffler le
froid dans l’intimité de ces dames en blanc, sentit une
chaleur le parcourir qu’il n’arrivait pas à définir.
Les infirmières, quant à elles, surprises par ce
courant d’air frais qui semblait venir de nulle part, se
retournaient et cherchaient le coupable qu’elles ne voyaient point.
Elles rajustaient le bas de leur blouse, et l’air de rien
souriaient de plaisir et soupiraient d’aise en bénissant ce
souffle canaille qui n’était point pour leur déplaire.
34
(par petite mauve) :
wwwwwouahhhhhh
le DEB
m’a tuer ! et
l’autre avec ses toys il fait carrément bander les morts !
Ah les salles blanches et les blouses et les petites culottes en soie
ou en dentelle ! Ah que j’étais bien quand j’étais
vivant et que tout chaud je me glissais dans le lit de la divine
Ludivine mais voilà mon frère, oui … le voyou, mais
oui, mon frère, mon jumeau avec son papillon tatoué sur
son épaule droite eh bien, un jour il est rentré plus
tôt que prévu et il m’a trouvé au pieu avec sa
gonzesse. Et on n’était pas entrain de s’enfiler une
décoction de petite mauve avec du vinaigre ni même du
whisky non !!! le frère il a pas apprécié du
tout mais pas du tout ! J’ai du faire fissa et la divine Ludivine
elle s’est pris une râclée !!! Même qu’elle
avait des tarces six mois après !!!! Etjamais il m’a
pardonné le frère, jamais ! et il s’est vengé,
il m’a tuer ! C’est DEB mon frère… c’est lui qui a le
papillon tatoué sur l’épaule droite. Vous me croyez
pas ? Vous doutez de la parole d’un mort ! Eh bien chche, demandez
lui et même mieux, arrachez lui sa chemise et vérifiez,
de visu. en vérité je vous le dis c’est lui !
35
(par Solange) :
les
tarses et les métatarses … pour résumer ta Ludivine
prenait son pied !
36
(par petite mauve) :
Son
pied, son trip, son mec. Dyslexique en plus, et du clavier. Elle se
la jouait vamp mais ça lui allait pas si bien que ça vu
qu’elle avait reçu une torgnole le maquillage était
gratiné. En attendant son mec s’était barré et
ne revenait pas. Elle craignait le pire pour l’autre, son jumeau !
C’est que sa Bentley d’amour, son voyou il était pas
tendre. Du genre maquereau mais sec lui, sans vin blanc pour
accommoder. Au fond elle préférait son frère,
plus doux, plus gentil mais moins beau, moins … voyou ! Elle avait
tout perdu car le voyou s’était tiré, forcément,
il s’était mis au sec et son jumeau s’était fait
buter. Par qui ? Le voyou ? Le DEB ? Ou bien le DEB c’était
aussi le voyou. Se faisait tard et la divine Ludivine voyait ses
pensées s’embrumer… Elle avait sommeil et une bonne nuit
lui éclaircirait le cerveau, enfin ce qu’elle avait comme
cerveau. Mais le mort, qu’en pensait-il ?
La
nuit porte conseil c’est bien connu et deux doigts de caféine
après, la divine Ludivine retrouvait ses esprits à
défaut de son julot. Bon sang mais c’est bien sûr
comme dirait l’autre ! Mais le mort c’est vous, c’est moi !
C’est chacun de nous c’est tous à la fois ! Ah ce DEB qui
se la joue voyou ou médecin légiste ou encore
commissaire de police, il nous a bien eus ! Avec son pseudo roman à
la mord moi le nœud !!!! Car en fait y a ni victime ni bourreau ni
sauveur, qu’un jeu de chaises musicales, de quilles ! Tour à
tour nous sommes les personnages et on nage, pas dans la Garonne non,
dans le brouillard ou la choucroute !!! Mourir, mais de mort lente…
Mourir la belle affaire… mais vieillir !! Vrai qu’avec le DEB on
fait pas de vieux os. En un tour de main il vous ratatine et vous
envoie au rayon des accessoires. Non caféine pas les sextoys,
je sais t’es obsédée… Moi je vous le dis, le mort
c’est lui, c’est nous, c’est… vous. Jeu de rôle, jeu
pas drôle, c’est vrai… mais après tout on l’a
voulu, on s’y est fichu dans ces beaux draps, non ? Alors de quoi
se plaint on ? Ni victime, ni bourreau, ni sauveur ! Alleluiah c’est
la grand messe, normal c’est dimanche matin. Moi le mort, donc moi,
donc vous… je vous dis que cette histoire n’est pas finie, même
qu’elle ne fait que commencer.
37
(par amb55) :
bon
alors il faudra tout remettre à plat, parce que moi je
commence à y perdre mon latin. Surtout depuis que je sais que
le mort a un jumeau. Pour peu qu’ils soient nés sous le
signe des gémeaux, c’est plus sous le pont de la Garonne
qu’il va falloir chercher mais sous le transbordeur à
Rochefort. D’ailleurs, si ma mémoire est bonne, c’est un
lieu qu’affectionne particulièrement celui qui en prenant
tous les rôles se joue pas mal de nous.
Alors
DEB, si c’est pas trop de demander, tu peux nous faire un résumé
de la situation là, histoire de pouvoir, même si on ne
s’appelle pas Ludivine repartir d’un bon pied ?
38
(par petite mauve) :
Et
voilà une fois de plus j’ai fichu le bazar ! Et au fond, je
m’en réjouis… Moi le mort je vous dis que vous n’aviez
qu’à pas me tuer, na ! Et toi le DEB tu fais le fort mais je
le suis plus que toi car moi, je sais ! Et je tire les ficelles…
Comme là haut celui qui suit. Vous suivez plus ? Allez un
petit effort vous y êtes presque… laissez vous aller, délirez
un bon coup et après Trouvez ! “Qui cherche trouve” ouaih
mais aussi l’autre, le Picasso il a dit “on ne cherche pas, on
trouve”. Alors allez savoir !? Tout est vrai, tout est faux. Mais,
en vérité je vous le dis, j’en ai un peu marre moi
d’être mort sans identité. Je pensais me rendre
intéressant mais on dirait que je ne vous intéresse pas
! Merde alors ! Suis mort moi, suis mort pour rien ??? SOS
DEB !? SOS ! Moi
aussi je vais péter un plomb.
39
( par Brigitte Giraud) :
«
Je ne m’embrouille pas la tête, non,non ! » soutenait
Pinault à Cul Sec. ” On a l’impression que c’est confus,
à cause de ce foutu cauchemar qui m’a fait délirer.
Mais on tient un coupable, un vieux fou qui cavalcade dans les bois.
Un collectionneur, le type. Dans cette histoire, y’a qu’une chose
de sûre, c’est le papillon.” Ce que Pinault ne parvenait
pas à dire, c’était que son boulot lui pesait de plus
en plus sur les épaules. Il ne pouvait pas s’empêcher
de penser au livre de Nelson Algren, “L’homme au bras d’or”,
l’histoire de ce junkie qui voulait rompre avec la folie du monde
et sa médiocrité, rêvait de grandeur, de lumière,
de beauté, de cathédrales pour ainsi dire élevées
sur les platitudes humaines. Pinault tenait à ce papillon
dérisoire comme à l’ultime espoir de rédemption
d’une humanité en ruines. Etre cela, un homme rêvant
qu’il est un papillon ou un papillon rêvant qu’il est un
homme rêvant qu’il est un papillon qui rêve. De toute
façon, dans son trouble extrême, Pinault exécrait
son rôle, son petit pouvoir mesquin de flic de banlieue et tous
ceux qui le courtisaient. Pitoyables, ils étaient ! Un
papillon, pour lui, ça avait de la gueule !
-
Alors ce coupable ? le questionnait Cul Sec.
-
J’te l’ai dit, un collectionneur. Forcément un
obessionnel. Quelqu’un qui veut sauver les âmes. Il dit ça,
sauver ce qui est en danger de mort.” Cul Sec avait rétorqué
qu’on l’était tous, en danger de mort. Oui probablement
avait seulement répondu Pinault. Et, allez savoir, il avait eu
envie de pleurer comme un gosse pris en faute. Il pensait à
Marie qui dessinait sur la toile, abandonnée à sa
compulsion qui la tuerait un jour et qu’il ne sauverait pas.
L’alcool gagnerait la partie. ” Alors, continuait Cul Sec, tout
ça c’est du roman ? Le complot chinois j’veux dire ?
-
Pourquoi mettre en doute la littérature, docteur ? Je suis en
empathie avec les mots.” Là-dessus, il détourna la
conversation et parla du temps dont il se foutait prodigieusement.
Cul Sec n’avait plus qu’à enfourcher son “ange bleu”,
l’imbécile ! Et à s’tirer. A disparaître avec
son furet de malheur et ses songes à deux balles.
40
(par DEB) :
Un
ange, un ange tatoué eut été quelque peu
exagéré. Charles-Antoine Bastien ou Claude Pilchard (ou
comme vous voudrez - cela n’a vraiment aucune importance) avait été
tenté d’enfreindre la loi fondamentale. Il s’en était
approché. Cela au moins, ce tatouage se verrait. Cela
resterait. Il avait décidé de laisser une trace,
éphèmere mais trace quand même. Et quand l’autre
lui avait pris la main, quand il lui avait dit good luck c’est à
ce papillon qu’il pensait. Ce papillon qui allait prendre son
envol, d’âme en âme, de petite éternité
en petite éternité…
41
(par amb55) :
“Ce
papillon qui allait prendre son envol, d’âme en âme, de
petite éternité en petite éternité … ”
et pourquoi pas, de petite mort en petite mort ….
42
(par Brigitte Giraud) :
“Je
meurs, il me montre le chemin, il est mon guide, et pourtant… j’ai
peur. Comment échapper à la peur ? De la vie, de ma
mort, MA mort. Mon Dieu ! Qui donc m’écoute, qui m’entend,
qui… ? Je meurs. C’est tout.”
Le
silence était impossible.
43
(par petite mauve) :
Petite
mort ? petite mort ? Petite maure ? P’tet qu’ils pensent qu’à
jouir en Garonne ??? Allez chacun délire dans son coin coin
sans regarder le coin de l’autre et moi le mort je suis maure. Je
meurs pas, je suis mort ! Mais qui s’en soucie ! ? Qui ? L’éternité
? Bien sûr comme dirait l’autre… L’éternité
? Mon cul oui ! Pas d’autre vie que ce passage alors… moi le
mort, c’est fini. Pas de séance de rattrapage ! désolé,
pour vous y en aura pas non plus. Papillon du jour, papillon du soir…
espoir ? Le syndrome du papillon vous connaissez ? Né en
France et mort … en Guyane. Arrêtez de vous la péter
bande de nazes car la caféine qui dégaine l’insecticide
c’est la mort de tous ! Vous compris, armée de morpions et
de cafards. Vers douteux et vers tout court. Je suis mort et voilà
tout et qui suis je ? Personne ne s’en soucie Parce que les morts
n’intéressent personne. Au contraire on fait fuir vu qu’on
les renvoie qu’on VOUS renvoie à votre propre mort. Eh oui,
vous aussi vous allez mourir ! Et c’est la seule vérité
de la vie, la seule connue depuis le début. Alors vous pouvez
vous masturber la cervelle, éviter le Chose, éluder la
question, vous allez tous crever ! Autant se la jouer pouet poète,
why not ? C’est pas moi qui vous dirai le contraire vu que je le
suis poète. Et que j’aime que dis je ! j’adorrrrrrrre la
poésie mais, mais, de grâce, la poésie n’y
changera rien. Je suis mort et vous vous allez mourir. C’est ça
pleurez, lamentez-vous, n’empêche vous n’y pouvez rien.
fallait pas naître ! Telle est la Loi, personne n’est éternel
alors..; l’éternité je m’en tape comme de ma
première cuite. A propos où est le whisky ? Dans la
Bentley c’est vrai… mon cercueil de luxe, ma dernière
demeure… La Bentley oui, made in China et objet de luxure, la
Bentley coupée Baileys mmmmmm j’aime ces mélanges mon
ange. Un ange passe, un ange à part. Un ange qui dérange.
Mon ange à moi… envoles toi, porte mon âme au delà
des apparences, vers le prochain élu ou la prochaine. Que je
vive, que je me réincarne. Moi le mort sans illusion je
revivrai de chrysalide en chrysalide, de port en port… je vivrai !
A en crever, bande de nazes ! Car la vie et la mort sont liées
comme Eros et Thanatos. Je vivrai, je baiserai, je jouirai, je serai
pur désir, pur plaisir, pur sexe, pleine sensualité,
palpitante volupté ! Je transgresserai ainsi la Loi ! Je serai
vous, moi, le monde entier… Et mourir de plaisir…
44
(par Solange ) :
ô
que oui ! mourir de plaisir sous la blouse des infirmières.
Mais dans l’instant présent ce qui lui importait par-dessus
tout, et même par dessus les plaisirs pas démodés
pour deux sous, ce qui importait donc c’était d’aller
rendre visite à celui qui de trois coups de scalpel à
peau lui avait enlevé toute ressemblance avec son jumeau en
lui défonçant le portrait sous prétexte de
vouloir percer le mystère de sa soi-disant mort.
Le
puzzle reconstitué sortit donc de l’hôpital comme un
courant d’air et emprunta le premier bus qui s’arrêta
devant l’établissement. Le Culsec-Montsec-Curaçao
Triple-sec, il savait où le trouver.
Pendant
que lui, le maure Pilchard il se trouvait dans cet état second
comme un matheux en train de se faire opérer, il avait vu, non
pas ce que prétendent avoir touché du doigt tous les
matheux qui passent de vie à trépas, c’est à
dire un long tunnel au bout duquel une lumière intense semble
leur faire signe. Que non ! il avait vu passer entre les limbes de sa
pensée et les hémisphères de son cerveau un
petit papillon jaune qui avait tracé dans les sillons de sa
matière grise comme un itinéraire bis.
C’est
donc avec l’énergie et la motivation d’un bison futé
qu’il se dirigea sans interdit vers l’appartement du-dit Culsec.
45
(par petite mauve) :
L’appart
de Culsec ? Ça un appart ? Autant dire que je suis la Joconde
! Un baise en ville oui ! Un truc, glauque à en mourir mais
pas de plaisir, une ramassis de pièces sans âme, une
enfilade de couloirs inutiles et sombres, un lieu non lieu, un
endroit où je voudrais pas passer même une vie ! Et
pourtant dans ce lieu le Culsec s’envoyait en l’air non pas avec
la divine Ludivine ni avec la Marie coincée torturée
mais avec moult gonzesses dévissées qui lui faisaient
atteindre le 7è ciel plus vite que ses cadavres dessoudés.
Faut dire que le Culsec était atteint de priapisme et qu’il
avait quelque penchant nécrophile… Un comble pour un médecin
légiste. Et là le mort n’en revenait pas, non… il
ne revenait pas à la vie, il était tout simplement
esto-maqué. Culsec était un proxo nécrophile !?
Un malade. A gerber. L’appart enfin ledit appart recélait
des tas de pénis, de vulves, de seins, de lèvres, de
culs aguicheurs et pervers qui avaient vécus mais revivaient
par la magie dudit Culsec qui leur redonnait un second souffle. Mais
le mort n’en voulait pas, il n’en était pas ! Lui il
voulait retrouver le fil de son histoire et le papillon, l’objet du
délit, du délire, tatoué sur son épaule
gauche… Il voulait simplement être un mort, un mort simple,
un mort à qui on fout la paix ! inconnu certes mais zavaient
qu’à se creuser la cervelle pour savoir qui il était
! Car qui était-il ? mystère !!!!!!!!!!!
46
(par Solange) :
Pilchard
venait de pénétrer dans la piôle du Culsec en
passant directement du couloir qui puait à la fois la friture
et le renfermé à la cuisine du médecin, et là,
entre un morceau de pizza de la veille et une canette de bière
entamée, dans le fatras d’objets tout juste bons à
aiguiser l’appétit du médecin nécrophile, là,
entre un sein qu’on ne saurait voir et un pénis à la
recherche du temps perdu, là, il aperçut le furet.
47
(par Léo Scheer) :
“Alors
Devin, c’est une Rolls déguisée en Bentley ? Ou une
vraie Bentley sortant des usines de Rolls en Inde. Dépêchez-vous
je vois le proc dans la matinée. Vous perdez de votre
perspicacité, de votre flair, de votre sagacité tout en
finesse.
Pinault
entra dans le bureau de placement des officiers de police situé
deux étages plus bas juste au-dessus du sommier. S’adressant
mielleusement à la préposée du guichet, souvent
fermé, une belle peroxydée, volubile aux paupières
papillons, qui entre deux rangées cils vibrillonants , lui
teint à peu-près ce langage. Bonjour Monsieur Pinault,
que tu es joli, Je peux t’apporter quelque chose contre un dîner
en ville. Bien sur. Mais il faudra me changer Devin contre Prophète
Aruspice, c’est que je dois faire du chiffre pour ma retraite.
C’est qu’aujourd’hui on travaille comme à l’usine, on
est payé en bons de la semeuse ! Ha mais Pinault, Pour
Prophète c’est au moins huit dîners ? Et en plus il
est noir du sol au palfond. Ah Mathilde, malheureuse Mathilde, tu
n’as pas connu la PP et ses voitures pie. Même les ricains
nous enviaient nos quatre chevaux noire et blanche de la régie
avec les portes découpées. Et son fabuleux moteur
quatre cylindres en ligne de 883 cm3 pour 32 étalons de horse
power véritable, tant fringants qu’efficaces sur sol
mouillé.”
48
(par petite mauve) :
Le
furet du bois mesdames, papillon la nuit, furet le jour. Pour vous
servir… Quelle vie ! toujours se transformer, identité
jamais affirmée et en plus ce plouc de mort qui avait dévoilé
la chose… secret envolé ! Vivement qu’on le largue dans la
terre et la fosse commune ! Que moi furet-papillon je retrouve ma
liberté, mon anonymat. Et que j’aille d’épaule en
épaule porter la bonne parole ! Et le jumeau ce double plouc,
où avait il garé ses miches ? Encore un lessivé
du cerveau. Pendant ce temps le flic patine, la Bentley moisit, le
toubib bégaie et moi je suis là, entre attributs de
sexes indéterminés à me gratter le poil, les
ailes pour trouver à qui j’appartiens ! Et vous le savez
vous ? Bonne journée moi je vais dormir…
49
(par petite mauve) :
Alors
tout le monde dort ? Tant pis je me casse, Culsec n’est pas là,
le mort est mort, la Bentley se dore au soleil en bord de Garonne, le
jumeau est en cavale, la Marie est marrie, Le DEB s’est évaporé,
la Garonne gronde, la divine Ludivine s’est tue, et moi et moi et
moi ? En attendant le papillon du soir, je file chez Michou… Suis
sûr qu’il me prendrait dans son spectacle lui ! Et si
j’allais faire un tour dans les boîtes, non pas de pilchards
on y est trop serré quoique… ça peut avoir des
avantages parfois, non les boîtes en bord de Garonne, vous
savez, pas les carrelets non plus, les boîtes quoi ! Là
où on drague, là où on mate, là où
on fait des salmaleches et autres j’te prends j’te quitte, j’te
prête, j’te retourne, j’te redonne, j’t'échange
et patati et patata… trois p’tits tours et puis s’en va.
Chuttttttt j’entends du bruit.
50
(par petite mauve) :
Marysol
? Moi le mort je serai Marysol ? Mais je suis INCONNU, incognito il
l’a dit et répété le DEB et d’autres !!!
Culsec
avait encore trop siroté ou prenait ses désirs pour des
réalités ! Ou alors je sais pas ou plus qui je suis.
Possible à force avec toutes ces histoires, possible qu’on
m’ait tourneboulé la tête et le reste, alouette ! Non
mort je suis, ça c’est sûr. Après qui suis-je ?
Vaste question ! La même pour chacun de vous. Être ou ne
pas être, vaste question non ? Qui suis-je ? Où vais-je
et qu’est ce que je vais bouffer à midi ? les trois
questions existentielles d’après Desproges. Ah il nous
manque celui là, il aurait fait un bon flic lui, il nous
l’aurait retrouvé ce mort ou Colombo, L’inspecteur ! C’est
autre chose que ce godelureau de Pinault !!! Tout se perd en ce
monde… Confie l’intrigue à Vargas ou à Clark, non…
pas Pascale benêt !, et tu vas voir comment elles vont te la
torcher elles !! Vous, vous ramez sec, si je puis dire ! Remarque,
normal vu qu’on est en bord de Garonne.
Au
fait zavez pas songé à sonder les eaux ? Des fois qu’on
y trouverait un indice capital ! La solution (aqueuse) sourire !? Eh
va savoir. Moi je sais plus mais, par contre je radote ça je
sais, mais moi le mort suis mort et personne ne sait qui je suis.
Inconnu ! Les tests l’ont dit. Ou en tous cas mes identités
multiples reviennent au même. Et mon papillon il s’est envolé
où ? Chez le DEB te parie. Entre marlous…. manipulateurs
zélés !…
***
Quand
j’ai imaginé la divine Ludivine, enfuie chez un voyou, je la
voyais maquée au flic… et je me la retrouve en meuf de
Culsec ! remarque pourquoi pas ? Après tout, là où
on en est… et puis p’têt que c’est moi qu’avais rien
pigé ou mal lu !!! Et si c’était un coup des ch’tis
??? en tous cas moi je reste coi. Je ne sais où tout cela va
nous mener mais, on y va ! et droit !!! Ah vous croyez qu’on va
noyer le poisson ? Là je crois que vous faites erreur…
D’accord entre le pilchard, les morues, les harengs, les huîtres
ou carpes (muets comme), les moules, les requins, les baleines…
c’est plus un fleuve c’est l’arche de Noé !!! aquatique
et visqueuse. Papillon ? Furet qui furète, mal ? où
sont ils apssés eux aussi !? Moi je vas me carapater car
j’entends du bruit… l’orage gronde. Ô désespoir
!!!! A tout’ pour de nouvelles zaventures, sûr. j’sais pas
où on va mais on y va et droit ! ciao
51
(par electronlibre33) :
Mais
non, le DEB ne s’est pas évaporé, car moi, le mort je
l’ai aperçu. Oui ! Incognito, pas loin des bords de Garonne,
juste un peu plus en hauteur cette fois. Jamais loin l’assassin,
tout le monde le sait. Dans un de ces petits bourgs d’apparence
tranquille de l’Entre-Deux-Mers. En poste d’observation, tel un
chat sur son arbre favori. Croyant que nul ne découvrirait son
manège.
C’était
hier après-midi. Vous ne me croyez pas bien sûr, car je
suis le mort. Et qui a déjà cru un mort ? Personne ne
veut jamais nous écouter, nous, les morts. Vous avez tort.
Mais DEB, je vous assure que je l’ai vu. Bien planqué,
derrière ses lunettes noires. Il pensait pourvoir le retrouver
son papillon qui s’était échappé l’autre
soir. Envolé. Mais, je vous assure qu’il l’a cherché,
l’oeil aguerri, se cachant derrière une fausse somnolence
postprandiale. Au détour de quelques vieilles barriques
éventrées attendant leur salut, dans la foule anonyme
d’un vide-grenier du dimanche après-midi.
-
Z’avez pas quelques papillons jaunes avec vos grenouilles, dans la
boite, là? Je peux regarder ?
-
Ah vous cherchez un papillon jaune !
-
Oui, jaune, c’est ça, je les collectionne, répondit
simplement DEB.
-
Ah, c’est drôle,il y en avait un magnifique, jaune justement
qui s’est posé là tout à l’heure. Il est
resté un moment, sur ma petite voiture, oui oui celle-ci…lui
répondit la jeune fille, désignant une magnifique
réplique de Bentley, made
in China.
DEB
fut pris d’un spasme incontrôlable, digne d’une secousse
tellurique de degré 9 sur l’échelle de Richter. Sans
vraiment comprendre ce qui lui arrivait, il réussit néanmoins
à sortir quelques pièces de son légendaire jean
noir, les donna à la jeune fille et s’en fut, tel un zombie
contrôlé par une puissance externe.
Ah
Ah, je suis le mort, je t’ai vu. T’es foutu, DEB. On se reverra
très vite. Mais pas là où tu crois! Good
Luck!
52
(par petite mauve) :
Errances
and co, le DEB était donc à un vide grenier dimanche et
cherchait un papillon… hummm intéressant ça. Pas un
furet, un papillon, à la chasse aux papillons le DEB, remarque
avec une Bentley faut bien un nœud pap ! C’est plusse classe et
cohérent (tiens on y revient). Donc il cherche l’indice qui
tue, l’indice qui… a tué. Cronenberg serait il par là
encore ? La mouche… quelle mouche l’a piqué au DEB ? Le
mort l’a vu, le mort a cafté, le DEB est cuit, fait comme un
rat pas comme un furet mais… va pas s’envoler. Il faut le
coincer, lui tendre un piège, une souricière. Une cage
dorée où on le retrouvera en papillon métamorphosé,
juste son chapeau noir à côté qui signera son
identité… Alors le mort tu piges ? T’as envie de le pincer
? t’as envie de te le faire, lui qui t’as fait la peau ? Moi
aussi le mort j’en ai envie, moi aussi ! Arroser l’arroseur et
avec c’qui tombe en ce moment, pas de probleme !
52
(par Brigitte Giraud) :
“Je
collectionne les âmes en danger, Monsieur. C’est pour ça
que l’émotion se déchausse de ses apparences. Les
morts frissonnent. On croit qu’ils frissonnent parce qu’on leur
prête des états, des attentes, des douleurs. Ecoutez
comme il pleut ! Combien de temps vous souviendrez-vous de cette
pluie ? Je me souviens de “la douleur des morts, des pauvres morts”
couchés entre les pages d’un livre. L’incohérence
absolue qui éclate, comme une misère. la cruauté
suprême qui rend fou. Est-ce que je suis fou ? Les éclairs
et la foudre qui flamboient, dans ma tête. Je suis perdu pour
toujours n’est-ce pas ?
Je
me souviens de la réalité de ce dernier pas fait
ensemble. D’un cri. Non, pas d’un cri, d’un souffle, une
tendresse, vous savez. Une permanence inventée au creux de son
épaule. Un papillon qui tremble. Qui bouge. Notre secret plus
grand que tout. L’amour, comme une évidence. Ou… Comme un
état, une attente, une douleur. Un avant-goût de la
nuit, vous voyez.”
53
(par petite mauve) :
Être
dans sa collection, épinglé(e) au mur, dans le cadre,
formol et tutti quanti. Je donnerai tout pour ça ! J’y
brûlerai mes ailes. Oui. Papillonner, gamberger, aller jusqu’au
tréfonds des âmes, prendre l’apparence, l’identité
des autres. De l’Autre. Se fondre en lui, laisser infuser sa sève,
monter son sang, battre son pouls. Lui redonner la vie, le souffle !
Pincer la corde, faire vibrer l’archet comme un violon qui pleure …
et puis danser ! danser ! ne plus s’arrêter. Que la mort
quitte ces lieux, qu’elle jette ses voiles, qu’elle décampe
avec sa faux ! Que tous les morts se lèvent et fassent une
ronde, qu’ils chantent ! La vie est là, qui les attend, la
vie de nouveau, pour eux. Le miracle est possible, il suffit d’y
croire. Ne croyez vous pas ? Viens toi le mort de cette histoire, ta
première nouvelle heure est venue. N’ai pas peur, nous
t’attendons et maintenant tu vas pouvoir nous raconter… et vois !
le papillon est revenu ! Il est le talisman, l’invincible étoile,
le garde fou, le miracle ! Oyez braves gens, le mort est de retour
parmi nous et nous devons l’accueillir… L’orage s’éloigne,
la nuit se presse à notre porte, les ténèbres
apportent leurs secrets… écoutez, regardez, et n’oubliez
jamais !
***
Et
au fait juste une question avant de couper car des trombes d’eau
dévalent du ciel en colère… une furie furieuse, comme
si la Garonne déferlait des nuages. Vengeance du mort qu’on
délaisse ? Qui sait !
Oui
question à deux balles mais bon, je la pose. A t on trouvé
le point G ? G comme Garonne bien sûr… Ah ah elle est bonne
non ? Qui ?? la divine Ludivine ? Je m’égare, je m’égare…
Du
pont de la Garonne
mais oui, j’y suis, c’est Maryvonne qui s’est jetée du
pont, pas Marysol. Te dis rien ? creuses-toi les méninges un
peu toi le DEB et vous tous bande de vauriens ! Dassin te dit rien ?
l’assassin c’est Dassin ? Je joke caféine, t’énerves
pas… cool, reprends du whisky si tu veux. Moi je m’en vas
m’allonger en écoutant la musique, l’opéra ! du
ciel. C’est Callas ce soir ! chapeau bas… noir bien sûr…
54
(par electronlibre33) :
Le
G de Garonne, mais bien sur! ET voilà le filon non exploité.
Je vous dis moi, ce soir la Garonne va déborder. Avec ce qu’il
tombe ! Et elle livrera ses indices. Le Mort est en colère
face à cette bande d’imbélices qui se perdent dans
les délires de leur whisky. Incapables qu’ils sont de
revenir à une évidente à la portée du
flic de base. Je vous le rappelle, l’assasin n’a pas commis son
crime n’importe où. Et s’il a choisi le bord de Garonne,
ce n’est pas innocemment. Laissons donc ce fleuve boueux recracher
sa vérité sous les foudres du Mort qui veut se venger.
Culsec-Discek est déjà dans les bras de Morphée.
Pinault est reparti à Cognac, limogé par ses chefs.
Ouste! Et le Mort observe la scène en se tordant le ventre,
dans les bras de Saint-Pierre.
55
(par DEB) :
Je
vois bien qu’arrive le moment où il va falloir que je dise
les choses.
A
commencer par cet homme dans sa Bentley.
On
le sait, c’était sous ce pont. La portière de la
voiture était ouverte et il en sortait le Requiem
de Mozart, à fond la caisse, comme ils disent encore
maintenant. C’était la version que je préférais,
celle de Pierre Colombo.
Alors
je me suis approché et j’ai vu cet homme qui fumait. Il
ressemblait à Mort Schuman, et Mort Schuman ressemblait à
mon père. Alors j’ai pensé à mon père,
et je me suis approché encore davantage. Le Requiem,
la mort et Schuman, tout à coup ça faisait beaucoup.
C’était
une fin d’après-midi tranquille. La Garonne coulait,
imperturbable, comme elle en avait l’habitude. Elle charriait des
eaux lourdes, un peu rouges. J’ai demandé à l’homme
si je pouvais photographier sa Bentley.
-
Elle est fausse, mais faut le savoir, dit-il simplement.
Même
fausse elle était très belle cette voiture. J’ai pris
deux ou trois clichés et l’homme est descendu. Il portait de
grosses lunettes noires, un chapeau, la moustache et il avait la
démarche pesante de Mort Schuman.
L’homme
a avancé la main vers moi. Je l’ai serrée cette main
un peu lasse.
-
Il avait 63 ans quand il est mort n’est-ce pas ? Bientôt vous
aurez son âge et vous trouverez étrange d’avoir l’âge
de votre père à sa mort.
Je
n’étais souvent fait cette réflexion. J’en avais
encore pour quelques années, malgré tout, je savais que
si je me trouvais devant cette incongruité alors c’est que
je serais devenu vieux.
Il
m’a offert un cigare et a regardé vers les arbres, de
l’autre côté de la rive. Il a lâché ma
main. J’étais fatigué tout à coup. Très
fatigué. Il me semblait que toute la fatigue de l’homme
avait reflué en moi.
-
Je vais avoir besoin de vous, dit l’homme, avec, m’a t-il semblé,
une pointe d’accent américain.
56
(par kohnlili) :
S’il
y a quelqu’un qui domine la situation, c’est bien moi, le pont.
Qui surplombe les deux épaves, lamachine et l’humain.Tout le
monde me roule dessus, tant de tonnes jour et nuit. J’ai couvert de
mon grondement lourd le grésillement des peintures, le
chuintement des graisses, la mort interminable du dernier clodo dans
sa Bentley volée, entre fleuve et béton. Lorsque fut
consumé le tout dernier indice, un souffle de cendres noires
s’évanouit sous mon corps allongé.
Alors
la Garonne se mit à gonfler.
57
(par petite mauve) :
Quand
on s’appelle Mort forcément on est prédestiné.
On naît prédestiné aussi. Comme nous tous, mais
juste un peu plus.
Quelle
drôle d’idée de se prénommer Mort, quoique
remarque en english Mort c’est death
donc rien à voir… Death, death car, que de références
au ciné !!! N’empêche le DEB est dans la nostalgie, la
philosophie. Que venait faire sous ce pont de la Garonne cet
américain dans sa Bentley même fausse ? trafic de drogue
? de femmes ? d’alcool ? venait il mourir de sa main même ?
Et maquiller en crime sa fin ? A t il demandé au DEB de
l’aider, de l’achever, d’achever cette symphonie de Schuman qui
n’en finissait plus, qui se rayait sur le disque dur de sa vie ? Il
était las, fatigué…
Il
avait besoin du DEB pour aller ailleurs, loin, très loin… Il
avait besoin du DEB pour raconter son histoire, histoire de pas
crever idiot, de pas mourir vraiment… de laisser une trace, écrite.
Que l’écrivain lui donne le coup de grâce ! Qu’il
n’ait pas vécu en vain !!!! En plus le mec avait des airs de
son propre père ! troublant. Le DEB avait devant lui non
seulement son géniteur ou du moins un presque clone mais il
avait aussi son double, celui qu’il serait ou qu’il pourrait être
dans quelques années, si peu d’années ! Toublant oui.
Tout cela était troublant… Et c’est Mozart qu’on
assassine, en plus ! Mozart Schuman Mort Bentley Whisky… ça
donnait le tournis, comme le mascaret de la Garonne. La vague
s’approchait. On y était, le DEB allait imaginer la mort de
son père et mettre en scène la sienne. Tuer
l’imagination, flinguer le désespoir ! Et si c’était
cela “tuer le père” ?
58
(par Brigitte Giraud) :
On
ne pouvait pas oublier le fleuve. Dans ses vagues de boue, il en
traînait quelques-uns de mes souvenirs cabossés,
dérivant à la surface des eaux noires, des sortes de
petites embarcations fabriquées avec un bout de papier Job,
deux ou trois allumettes et un bouchon de liège. Ma mémoire,
à l’aveugle, retrouvait son chemin. J’ai pris le cigare
que l’homme m’offrait. J’ai suivi son regard dans le fouillis
des arbres. J’ai peut-être souri, allez savoir ! Je me disais
que les photos authentifieraient cette heure. On ne pourrait pas
revenir sur son existence, vous comprenez. Dire “de l’autre côté
de la rive, la voiture, la lourdeur de l’eau” avait un sens.
59
(par petite mauve) :
Quand
il se penchait au-dessus des eaux de la Garonne il y voyait son
double. Son reflet, son mauvais côté, son penchant
trouble comme les eaux troubles aussi ce jour là, ce soir là…
Un miroir glauque et nauséabond. Le DEB avait son double sous
les yeux. Sa moitié noire, sombre, sa part d’ombre… Le
mort était-il l’autre DEB ? Ou le DEB était il
l’autre mort ? A devenir fou, à péter les plombs ou
les pions… sur l’échiquier de la Vie, qui damait le pion à
l’autre ? Qui avançait, blanc ? noir ? Noir ? blanc ? La
partie n’était pas gagnée mais on sait bien comment
elle se termine, pas de surprise. Juste elle dure plus ou moins
longtemps !
Le
mort était arrivé au terme de la sienne et il voulait,
beau joueur, flambeur, terminer en beauté ! Alors la
providence ayant mis sur son chemin le DEB avec sa caméra, son
appareil photo, il s’en est saisi et lui a demandé de
l’aider… à finir. Le diable en DEB s’est levé, à
moins que ce ne soit le sage, compassionnel, se mettant à la
place du mort qu’il occuperait un jour, tôt ou tard. Tard il
préférait mais… Echec et mat !
Le
coup était parti, sec comme une trique !
Un
deuxième, un troisième pour achever le geste, le
contrat.
Jamais
deux sans trois… et voilà, c’était aussi simple que
cela. Tuer et mourir. Le plus dur en fait c’est de vivre !
Le
DEB regardait le mort, il était fasciné. Il croyait
voir son père, il croyait se voir. Comme dans l’eau de la
Garonne. Je
est un autre,
en attendant il était un assassin même s’il n’avait
fait qu’aider un pauvre homme fatigué de vivre. Las
d’exister. Il avait accompli son devoir mais qui le comprendrait ?
Le
Deb se secoua, se redressa, combien de temps s’était il
passé ? Où était il ? Qui était il ? Et
si tout cela n’était qu’un film ? Qu’un rêve ?
60
(par amb55) :
Cette
histoire c’est la tienne, c’est ta vie que tu regardes, c’est
ton histoire qui se déroule entre Mozart et Mort, sous ce pont
où s’écoule des flots de bahuts, près de cette
Garonne où le mascaret fait remonter dans les eaux douces le
sel de la mer, comme le présent fait remonter dans tes pensées
le sel du passé pour te guider vers ton avenir. Entre ciel et
terre, entre fleuve et mer, entre deux âges, entre deux eaux,
entre deux vins …
Tuer
le père…
Il
n’y a pas d’âge pour dépasser son Oedipe et se faire
enfin Apollon.
Un
film … un rêve. C’est le moment pour toi de sortir de ta
poche le PowerShot. Fixer sur les pixels le dernier regard, le
dernier tango, la dernière cigarette, le dernier métro,
la dernière Bentley …
Et
quand ils viendront frapper chez toi, tous les Pinault simples flics
et les Devin sans boule de cristal ….
quand
ils se pointeront pour savoir ce qu’il t’a dit le mort dis-leur
qu’il s’appelait Oedipe ce type et que tu n’en n’a rien à
foutre. Que ce dimanche là tu furetais sur la brocante de ton
quartier et que demain tu iras à la chasse aux papillons.
générique
de fin sur la chanson de Brassens : Un
bon petit diable à la fleur de l’âge la jambe légère
et l’oeil polisson….
61
(par petite mauve) :
Il
manque un morceau du puzzle, juste un petit bout de lumière,
un rai, un zoom, une coupure au montage. Car ton film est en bobines
comme tu nous a embobinés toutes et tous. Nous l’avons
cherché, nous l’avons voulu. Nous avons mordu à ton
âme-son, avec délices nous avons joué au gré
de tes fantaisies en la mineur. Maintenant il va falloir se quitter
et comme toujours c’est dur de couper le cordon. De cesser, de
faire le deuil, d’accepter l’ultime moment. Mais la Garonne
continuera de couler, sous le pont s’échapperont ses eaux,
dévaleront ses torrents, ruisselleront ses larmes. Et nous
pauvres orphelins nous traînerons nos pas nostalgiquement en
nous souvenant de cette histoire extra ordinaire qui nous a fait nous
unir le temps d’un rêve, d’un soupir, d’un scénario,
d’un flash… back !
Remontons
donc le temps dans la cabine de projection et revivons nos émotions.
La Garonne gardera ses secrets, le Mort aussi, la Bentley se referme
sur son Requiem, chacun tire sa révérence, pavane pour
une histoire défunte mais qui ouvre sur tant d’autres ! Car
la vie est là qui continue, qui nous appelle ! Dansons et
chantons, mêlons nos souffles, nos plumes, nos yeux et nos
langues pour le meilleur bien sûr !
62
(par petite mauve) :
Serait
ce Dieu que tu as rencontré au bord de la Garonne ? Serait ce
lui qui de guerre lasse, comme le commandant, t’as demandé
de l’achever ? Dieu et son havane ? Dans uen Bentley même
fausse ? Dieu qui en aurait eu marre de tout, de nous, du monde, de
son rôle ? Dieu qui nous aurait fait son cinéma ? Sur
l’écran noir de nos nuits blanches ? Dis DEB est ce Lui ?
Serais tu l’élu ? L’ange exterminateur ? Vois la Garonne
qui sourit en coin, qui rit franchement même ! C’st ça
? Tu as rencontré Dieu et tu l’as tué. Chapeau mec !
Là t’as fait fort !!!! Quelle vedette tu as enrôlée
là, la star des stars. Le top des top. J’en reviens pas !
Soufflée je suis… Dieu lui même et nous l’avons
cotoyé, parfois pas pris au sérieux voire malmené…
Vrai qu’il a l’habitude. Maintenant cela lui fait ni chaud ni
froid. Mais alors si tu as tué Dieu, qui va le remplacer ? Toi
DEB ? Non pas toi ! T’es pas à ce point megalo ? Un monde
sans Dieu, faut voir… Essayer. Inventer un nouveau monde sauf que
nous ne sommes pas nombreux à savoir… Allez DEB il est tard,
il te faut nous éclairer. Que la lumière soit !
63
(par electronlibre33) :
Ah
ben non alors. Moi, le lecteur de ce foutu roman pluriel acheté
au kiosque de l’aéroport, je ne suis pas d’accord. Mais
pas du tout. Il n’est pas fini votre truc…
DEB,
c’est pas encore l’heure, hein ? Rassure-moi, c’est pas pour ce
soir, le grand soir. Allez un petit effort. La partie n’est pas
finie. Va nous sortir ce bon vieux Culsec des bras de Pinault, en
train de s’envoyer Ludivine, sur le siège arrière de
la Bentley. Va et reviens donc avec. Fait leur cracher le morceau.
Sinon moi, c’est promis, j’arrete tout. Je veux savoir qui a tué
ce pauvre homme, car je suis sure que ce n’est pas toi, DEB, ah,ah.
Maudite rumeur. Et tout le monde y croit. Pfuuit, pfuuit.
64
(par katy) :
Le
mort, allez, pas de majuscule, pas de respect pour le mort car c’est
ce qu’il n’aurait pas voulu. Respect de quoi, d’un truc qu’on
attend toute sa vie, ce Pinault, il connaît le genre, et avant
de mourir il a gloussé comme un dindon fier de sa farce. Il
sent que ces flics vont fureter partout, englués dans leur
fièvre coupable et routinière! chercher des poils, des
cheveux, des rognures d’ongles éclatés, des bouts de
clope, un brin de tabac, un fil rouge, et les tapis de sol, bizarre,
non, ces tapis de sol faits de moquette rongée? Ce mec, il a
63 ans, l’âge de son père, il écrivait des
romans, manipulait à sa guise des personnages de papier, des
mots, qui bien qu’essentiels à sa vie propre, n’étaient
qu’un substitut d’angoisse, une façon de reculer devant
son échéance, et les vieux il en fréquentait
trop pour ignorer la misère qu’elle représente et la
souffrance…
Il
était au courant, et il devait en dénouer avec ce
supplice, braver la Camarde et ne lui point laisser lui ravir le peu
d’éléments qu’il avait sus s’approprier,
c’est-à-dire, mourir en connaissance de cause, et par choix,
près de sa belle Garonne endormie et bombée.
65
(par petite mauve) :
Où
sont passés les acteurs du drame ? Où est le DEB avec
sa caméra ? Ça manque sacrément de vie ici ! Et
le flic que fait-il ? Le toubib nécrophile il est parti où
avec ses tests foireux ? Rendez nous notre mort, au moins avec lui y
avait d’la vie !!! Las, la roue tourne. Aujourd’hui que se
passera t il ?
66
(par Amb55) :
D’ailleurs
ce DEB qui est-il ? il n’est même pas mentionné dans
les personnages du roman. Ne serait-il qu’un de ces acteurs que
l’on remercie au générique de fin pour leur ”
aimable participation” ? Tombé du ciel ? Ni DEB, ni d’Adam
… personnage biblique ? le Moïse de la Garonne ? Culsec,
Pinault et DEB, trois hommes et une Bentley ? DEB, Eros ou Cupidon ?
toutes les cordes à son arc. Guillaume Tell qui tire plus vite
que son ombre ? Mais on est la pomme ?
Culsec,
a-t-il pensé à analyser les entrailles de ce pauvre
Pilchard ? n’y aurait-il pas là-dessous une histoire à
la Blanche-Neige ? Mais où sont les nains ? Ah oui pour sûr,
il doit encore manquer des personnages ?
Franchement
là, je m’y perds. Ariane, belle Ariane, ramène-toi
avec ton fil. Dans ton histoire, il manque aussi un psy. Pour sûr,
le type aurait du boulot avec chacun des scribouillards de ton roman
collectif.
DEB
? psy de la toile ? voilà une autre corde pour ton arc.
Dédoublement, détriplement de personne ou de
personnalité.
Allez,
bonne journée que vous soyez flic ou fonctionnaire, écrivain
ou lecteur, habitué de la plate-forme ou novice, ou que vous
soyez comme DEB tous les personnages à la fois.
67
(par petite mauve) :
Un
psy ? Ah oui, il en aurait duu boulot … ouaih ! A commencer par lui
non ? Je veux choisir mon psy et mes acolytes. Faut pas désespérer
l’ami, y a de l’avenir à ce roman. Feuilleton oui, j’aime
assez, petit journal d’un groupe de campagne… On va lui raviver
la flamme, juste une pause pour mieux décoller et rejaillir au
grand jour ! Un grand feu plein de braises et d’étincelles
qu’il va être. Polar-fantastico-érotico-comique.
68
(par Amb55) :
Il
nous le faut ce coupable, il nous le faut ce mobile, il nous le faut
ce dénouement. L’histoire commence à peine ? Fais
quelque chose DEB, tu vois bien qu’on patauge.
69
(par DEB) :
Il
aurait pu ajouter qu’il m’attendait, mais il ne l’a pas fait.
J’aurais trouvé ça douteux et je n’aurais pas
accepté le cigare qu’il m’offrait.
-
Il n’est pas si facile de mettre un terme à la pauvre
histoire que nous représentons, vous comprenez, a-t-il repris,
vous verrez. Et n’allez pas croire qu’il s’agisse de hasard. Je
me suis renseigné sur vous. J’ai pensé que cela
pouvait vous intéresser.
La
dernière fois que j’avais vu mon père c’était
à quelques jours de sa mort. J’avais su, en le retrouvant
après tant d’années, que ce serait la dernière
fois. Il avait le même air las que l’homme à la
Bentley. Mon père avait voulu m’offrir sa Renault Fuego…
-
Je vous l’ai dit : elle est fausse cette Bentley. Fabriquée
en Chine où je ne sais où. Toutefois, si vous la
voulez, je vous en fais volontiers cadeau.
J’avais
refusé la Fuego de mon père. Il m’avait trouvé
orgueilleux.
J’ai
aussi refusé la Bentley. L’homme n’a rien dit.
-
Il n’y aura qu’un indice, reprit-il, il faut que vous le sachiez.
Mais qui ne leur servira à rien.
Je
me suis demandé si les promeneurs qui évitaient de
tourner la tête vers la Bentley ne nous prenaient pas pour des
homosexuels l’homme à la Bentley et moi.
-
Votre réputation risque d’en pâtir… Que
répondrez-vous si on vous demande ce que vous faisiez avec une
vieille tarlouze dans cette voiture de vieux beau à la dérive
?
-
Si seulement on me posait la question ! Mais non, personne ne me
demandera quoi que ce soit. Et vous le savez bien !
70
(par DEB) :
Fiasco.
Total fiasco ne titra pas Sud
Ouest.
Culsec,
Pinault dos à dos.
Nada.
Nothing. Ni empreintes, ni ADN. Le mort n’existait pas. On l’avait
filmé, photographié, radiographié : personne.
Son nom était personne, son nom était légion.
-
N’importe quoi ! hurla le big boss, celui du grand bureau, celui
qui reçoit les appels du préfet, et même parfois,
directement du saint des saints.
Pourtant
Culsec n’en démordait pas : ce cadavre lui disait quelque
chose. Un air de déjà vu ou je ne sais quoi.
Pinault,
lui, avait fait le tour des officines qui pratiquent le piercing. Le
papillon. Le papillon jaune. Bien sûr il y avait une fiche. Au
nom de Charles-Antoine Bastien. Mais il avait aussi disparu ce
Charles-Antoine Bastien. Il y avait une recherche dans l’intérêt
des familles, et qui ne datait pas d’hier. Trente ans qu’il avait
disparu ce Charles-Antoine. Pute borgne…
-
Pute borgne, mais j’en ai marre de ce bordel, hurlait le boss -
dont on sait pas encore s’il faut lui donner un nom - qu’est-ce
que vous avez à me proposer ? Paco Rabane, un médium ?
Une voyante ? Un parapschychologue ? Une secte ? Les Raéliens
? la magie noire, ou blanche ou le vaudou, mais si mais si, crachez
ce que vous avez sur le cœur !
71
(par petite mauve) :
Ainsi,
ainsi soit il ou elle ! L’indice, l’unique indice ne nous
servirait à rien !? Quel indice ? le papillon ? le cigare ? La
Bentley ? le Requiem ?… Décidément on pataugeait
ferme dans cette putride histoire… Le DEB en éclaireur mais
de quoi ? On avait plutôt l’impression de s’enfoncer dans
les ténèbres… En quoi le DEB pouvait il être
intéressé ? rapport à quoi ? Sa vie ? Son boulot
? sa femme ? Son père ?… Et ça continuait, la valse
des questions… et pas de réponse. Le drame s’épaississait
sans qu’on y trouve remède. Une Fuego en plus, Dieu que ça
faisait ringard ! En tous cas le feu n’y était pas. Et, en
plus, un homo ! Tous les ingrédients pour un crime sexuel…
sauf que. Pourquoi donc le DEB a appuyé sur la gâchette
? En plus il savait donc se servir d’une arme ! Lui ? Etonnant !
Peut être n’en était il pas à son premier
homicide par commandement ? Inconnu, incognito, le mort était
il un écrivain ? Un artiste ? pour intéresser le DEB ?
Un acteur ? Mais que faisait la police ? le toubib nécrophile
? Et le papillon était épinglé où ?
72
(par brigitte Giraud) :
JE
NE CONNAIS PERSONNE ET PERSONNE NE ME CONNAIT. Je disparais. Que
dis-je, je m’envole. Pfuuuuuuuiiiiiiii
73
(par electronlibre33) :
Ma
réputation, ma réputation, pensa DEB, jetant un œil
sur les passants gênés. Elle était déjà
faite, de toutes façons cette réputation. Depuis
longtemps. Mon ami Georges le déclamait au Caveau, il y a bien
longtemps. Voilà ce qui vous arrive lorsque vous ne suivez pas
la même route que celle des braves gens. Et Pilchard l’avait
compris, lui. Je le savais. Mais il l’avait reléguer au
tréfonds de son inconscient. Trop lourd qu’il était à
supporter, ce secret. Et moi, le Grand DEB, je m’en contrefous.
Depuis ce fameux jour, où …..J’avais 20 ans. Ce jour là,
je m’en souviens comme si c’était hier. La Fuego de mon
Père. Non, ce n’était pas possible. Je savais ce
qu’elle avait abrité, et la morale que mon Père
s’était efforcé de m’inculquer tout au long de ma
jeunesse, se trouvait soudainement bafouée. Impossible. Que
cherchait-il en voulant se débarrasser de cette vielle caisse
? Me faire porter le Chapeau. Noir ? Chapeau Noir ? Et si on allait
regarder un peu ce qui s’y passe sous ce Chapeau Noir ?
N’abrite-t-il pas quelque secret ? Un aigle ? un aigle noir. Tiens,
tiens. Ne serait ce pas une piste. « Un beau jour, ou peut-être
une nuit, près d’un lac je m’étais endormie, quand
soudain, semblant crever le ciel, et venant de nulle part, surgit un
aigle noir ». Le lac est là, il a fini par s’épancher
pour aller voir la mer. Endormi pour l’éternité,
c’est bien le cas de Pilchard. Le Père est là aussi,
à demi mot, comme dans la chanson de Barbara. Et si DEB était
l’aigle noir ? Surgissant de nulle part ?
74
(par petite mauve) :
Aigle
noir ? L’Indien ? L’étranger. Oui, il l’était,
lui qui n’était pas d’ici. Il s’était établi
dans le coin, tombant amoureux du paysage, le reste avait fait le
reste. Il y avait fait sa vie, comme il avait pu, bon an mal an. Pas
si mal finalement. La vie avait passé et maintenant, presque
notable, il se retrouvait en face d’une de ses créatures, un
de ses personnages de roman qu’il publiait à l’occasion !
Etonnant de voir le rêve prendre corps… et lequel ! Celui de
son père, le sien futur en somme. Troublant. Le face à
face était éprouvant. Demain, il y verrai plus clair
mais là il était sous le choc. Cela remuait pas mal de
souvenirs, de sentiments inavoués ou refoulés. Ce père
était il son père ? Et cet homme là, … Bon
sang ! Mais oui, lui qui avait tant douté de son géniteur,
car si la mère est sûre, le père ????
Cet
homme là devant lui, qui lui ressemblait tout en ressemblant à
son père, cet homme las, qui attendait qu’on lui donne le
coup de grâce, cet homme là… ne serait il pas son
père, le VRAI ? L’indice bon sang, l’indice ! Il fallait
qu’il sache si leur sang était semblable, si leur ADN se
ressemblait ou pas. Il le fallait !!!! Question de vie ou de mort !
On y revenait toujours… Tout se bousculait dans sa tête à
une vitesse phénoménale. Dates, photographies, sa mère,
les secrets de famille, les non dits, les questions éludées,
les regards en coin, les pleurs ravalées, les sourires et les
baisers cachés… Si cet homme là, devant lui, si cet
homme était son père, son VRAI père !???
75
(par petite mauve) :
Cracher
ce qu’on avait sur le cœur
il en avait de bonnes le boss ! On séchait, comme lui. Pas une
idée ne venait tellement on les avait épuisées.
Epuisées, épuisette, papillon, on y revenait… Mais !
Rien, oui, il nous disait quelque chose ce mort… mais quoi ? qui ?
On aurait pu faire appel à Madame Soleil mais elle avait passé
l’arme à gauche non ? Elisabeth
Tessier ? Ahhhhh Elisabeth Tessier ! Elle
en avait de l’abattage mais bon, quant aux extralucidités ça
c’était autre chose ! Alors quoi ? Que faire ? Attendre,
laisser mijoter… mais c’est qu’on était pressés.
Marre de cette affaire sans queue ni tête. Fallait que ça
tombe sur nous en plus !
Ma
femme me faisait la gueule depuis, vu les heures auxquelles je
rentrais et ma tronche enfarinée. Les mômes j’les
voyais plus guère et les potes j’en parle même pas !
Quelle vie ! Quelle idée d’être flic. Et toubib ? N’en
parlons pas, il était pas à la fête non plus le
Culsec. LE mystère de sa carrière ! Mais s’il le
résolvait sûr qu’il ferait la une des journaux et pas
que du Sud-Ouest.
Qui était le mort, bon Dieu !
76
(par Amb55) :
Justement
Culsec s’était renfermé chez lui depuis deux jours,
histoire de réfléchir à tête reposée.
Les morts il en avait par-dessus la tête. Avec cette histoire
sous le pont de la Garonne il s’était tapé une
semaine de soixante heures. Soixante-douze heures, rendez-vous
compte. Soixante-douze heures à couper, découper,
extirper, les yeux tantôt rivés sur le microscope tantôt
sur ce papillon, ce foutu papillon dont il ne pouvait détacher
son regard lorsqu’il soulevait le drap blanc pour trifouiller dans
quelque recoin de ce corps sans vie, sans âme, sans nom. Un
corps vide. Le vide.
Le
vide. Il devait faire le vide. Il s’était octroyé
deux jours de RTT pour oublier. Et ça lui avait fait un bien
fou.
Il
en avait profité pour rouvrir quelques pages de ce bon vieux
Michel de Nostre-Dame espérant y trouve quelques signes,
quelques révélation. On ne sait jamais … Mais hormis
quelques catastrophes telles la mort de quelques papes et autres
présidents, il n’y trouva ni trace du récent
tremblement terre en Chine ni trace de la mort d’un Pilchard à
bord d’une Bentley.
Il
en était, ce soir, à se dire que demain il fallait
retourner dans sa chambre froide, installé sur son vieux
canapé, le furet en équilibre entre le rebord de la
banquette et son cou. Il allait encore avoir droit aux léchouilles
de la bestiole. Bah ! à défaut d’une femme pour lui
déposer de temps à autre un baiser par ci, par là,
il se contentait des morsures taquines de son Papillon.
Faire
le vide ce soir encore ! Respirer ! Souffler ! Le vide, comme son
cadavre sans ADN, sans empreinte, sans rien.
Ahahaha
! Un gros rire secoua soudain Culsec ! Le vide ! Un cadavre plein de
vide ! Ce n’était donc pas un cadavre qu’on lui demandait
d’examiner, c’était une poupée gonflable !
Ahahahha!
La bonne blague ! Le mort de la Garonne, une poupée gonflable.
Mais comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ?
Tout
cela n’était qu’une mascarade, une farce sensée
tourner au ridicule tous les médecins légistes de la
terre et tous les Pinault simples flics du quartier. Ils étaient
tous en train de se faire manipuler … par une poupée
gonflable.
77
(par petite mauve) :
Ouah
une poupée, “pute borgne” qu’il avait dit même. Tu
parles d’un nom ou d’un pseudo ! Pas ragoûtant ni excitant.
Culsec préférait les poupées bien en chair, les
vraies qui t’en mettaient plein la panse, qui te câlinaient,
te caressaient… non pas celles en latex et montées sur air
pour esseulés dérangés. Autant aller sur un site
!
Et…
si c’était sur un site, oui, si c’était là
que le mort était allé faire un dernier tour avant de
mourir. un site de rencontres où il aurait mesuré sa
décrépitude, sa mise à l’écart voire au
rancard comme l’autre là, le PPDA, un site où, malgré
son traficotage de fiche : âge et descriptif et annonce
alléchante… il se serait ramassé une dérouillée
maxi. “Au delà de 60 ans vote ticket n’est plus valable”
c’est pas le titre ou approximatif d’un bouquin ça ? Et de
qui ??? oui, j’y suis Romain Gary, et le mec il s’est envoyé
au royaume des trépassés ! Fini les gonzesses, fini de
bander, nada, fini d’être un mec. Alors à quoi bon
rester ici ? kaputt ! Niet ! Eject ! Et Gainsbourg serait pas pareil
pour lui ???
Culsec
se grattait le menton… Chercher de ce côté… au point
où il en était. Chercher la côte… oui Adam et
Eve. Et sa divine Ludivine ? Sa Eve à lui ? Elle était
où à cette heure ? dans quels bras ? Car la meuf elle
les aimait les hommes ! c’est pour ça qu’elle l’avait
quitté; Pas assez performant pour elle, pas assez
satisfaisant. Elle avait pianoté sur l’ordi, un site sans
doute, elle avait chatté, puis rencontré, essayé
aussi sans doute puis un jour, s’était envolée.
L’oiseau avait quitté la cage et Culsec ne s’en remettait
toujours pas. Depuis lui aussi s’était inscrit sur un site
et avait pianoté, chatté, dragué, rencontré,
baisé mais… aucune ne lui avaient ôté le goût
de sa divine Ludivine ! Sa princesse !!! En attendant le mort restait
le mort. Inconnu. Et le papillon papillonnait comme pour le narguer.
A
l’aide Maigret, Bourrel, Colombo and co !!!!! Devant
un tel néant que faire ? Un philosophe y perdrait son propre
latin… Pute borgne ! Pourquoi
avait-il dit Pute borgne ?
***
Il
pleut sur mon cœur comme il pleut sur la ville… je ne fais que
passer et le trépassé attendra, je dois aller là
où le devoir m’appelle. Pute borgne, pute et borgne ? Borgne
ou pute ? En tous cas j’y vois pas clair ! Aveuglée. La
voiture étant un endroit propice à l’imagination et
aux souvenirs… ce soir j’aurais peut être trouvé qui
est le mort et qui est son assassin !? Ou nanda !!!!
78
(par Jean Claude Palustrade) :
-
Pute borgne, mais j’en ai marre de ce bordel, hurlait le boss -
dont on sait pas encore s’il faut lui donner un nom - qu’est-ce
que vous avez à me proposer ? Paco Rabane, un médium ?
Une voyante ? Un parapschychologue ? Une secte ? Les Raéliens
? la magie noire, ou blanche ou le vaudou, mais si mais si, crachez
ce que vous avez sur le cœur ! avait
hurlé le boss.
Pinault
eu tout à coup une intuition qui n’avait cessé de
croître au fur à mesure de son enquête. Bien qu’au
début il l’ait trouvée un peu paranoïaque, elle
lui parut soudain acceptable.
-
J’ai peut être un truc à vous proposer, ô noble
patron.
-
Cessez de vous foutre de ma gueule et venez-en au fait !
-
Eh bien voila. Depuis le début on est tous obsédés
par cette idée de papillon à la con. Comme par
enchantement des gros bonzes asiatiques tabassent une des petites
frappes de bordeaux. Autre fait concordant, la Bentley ! Une
contrefaçon venant d’où ? de Chine. Tout laisse à
croire que des bouffeurs de nems sont dans le coup ! mais il y a
autre chose qui me semble louche…
-
Docteur pourriez-vous, s’il vous plaît, nous laisser un
instant d’intimité le seigneur et moi-même.
Culsec
fut surpris, autant que le grand chef.
-
Je ne vois pas ce que vous avez de si important à me cacher.
-
Oh pas grand-chose, mais je suis du genre timide, je n’arrive pas à
converser avec plus de deux personnes.
-
Vous ne seriez pas en train de vous moquer de moi ? et j’espère
que vous n’êtes tout de même pas en train de me
soupçonner ? ce serait d’un ridicule… en même temps
quand on connaît le personnage…
-
Ecoute-moi baiseur de cadavre, si tu as un problème avec ma
modeste personne on pourra régler ça cordialement,
dehors. Je te laisserai même le choix entre la machine à
café et un hangar désaffecté.
-
Bon ça suffit ! Docteur, laissez-nous !
Culsec
sortit à contre cœur. Il n’aimait franchement pas ce
Pinault. Un drogué, alcoolique, sans fierté. Le genre
de personne à qui l’on ne peut pas faire confiance. Amoral
et plein de vices… bien que lui-même eût un penchant
pour les prostitués transsexuels, il ne se considérait
pas de la même catégorie. Il était respectable.
En apparence, et c’est ce qui compte. Et puis où est le mal
d’avoir des goûts différent quand on ne fait de mal à
autrui, ni à soi même ?
Pinault
se retrouvait seul face au commissaire.
-
Bien, que vouliez-vous me dire de si secret ?
-
Eh bien comme je disais, tous nos pseudo-pistes nous amènent à
penser que le tueur est asiatique et aime les papillons. Tout nous
amène à penser à la triade du Minois Dryas
jaune.
-
Le Minois Dryas ? Quelle sorte de drogues ingurgitez vous ?
-
Essentiellement des psychotropes et du whisky. Mais passons. Ce
papillon à pour caractéristique de ne pas être
jaune déjà, mais de posséder des cercles sur ces
ailes qui laissent penser à des yeux. Il en existe plus de
deux mille variétés dans le monde et beaucoup de gens
le haïssent.
-
Je me fous de l’histoire de votre papillon ! venez-en au fait.
-
Eh bien, ce n’était pas plus tard qu’il y a… je ne sais
plus trop quand, mais c’était au début de l’enquête.
J’ai eu une conversation avec l’assistant du Docteur. Il m’a
révélé que ce dernier a perdu son père
assez jeune…Un détail ne m’a pas échappé :
son père a été assassiné par cette
fameuse triade du Minois Dryas Jaune. Il semblerait qu’il enquêtait
sur eux à l’époque. Et il s’avère, comme par
hasard, que l’on tombe sur un cadavre portant ce même motif
sur le corps. Au même moment des agents de la triade tabassent
des junkies. Ma question est : pourquoi la triade tue un mec dont on
ne sait rien ? un mec qui ne semble lié à rien. C’est
là où ça m’échappe. J’ai le sentiment
qu’on nous guide vers cette triade. Or, je ne crois pas qu’ils
prennent le temps de tatouer les cadavres. On pourrait supposer que
le corps est celui d’un de ces mafieux, mais ils sont tous
exclusivement asiatique ! c’est ça la famille. Moi
personnellement je ne suis pas très famille, je préfère
mon chien. Donc je pense que quelqu’un essaie de se venger de cette
triade en voulant qu’on l’arrête. Ils nous livrent des
preuves bidon pour qu’on s’en occupe. Seulement je ne pense pas
qu’on en soit capable. Ils veulent peut être qu’on arrête
un petit caïd implanté en ville.
-
Et vous pensez que c’est Culsec le coupable ?
-
Pas vraiment… je dirais qu’il y a cinq pourcent de chance. Ce qui
est suffisant pour qu’on garde un œil sur lui. Quoi qu’il en
soit il prend sûrement l’affaire à cœur, et je trouve
déplacé de nous cacher certaines informations…mais
d’un autre côté je ne peux que le comprendre. JNous
devons rester discret le concernant et respecter la mémoire de
son père.
-
Bien, je pense que je vais également confier d’enquêter
sur Culsec à l’inspecteur Lazaguard. Elle le filera
discrétement pour qu’on est des informations sur lui.
J’espére qu’on se trompe. Pinault eu l’impression
d’avoir crier, mais il n’avait que la bouche entre ouverte, les
jambes molles. Il avait la sensation qu’on venant de frapper avec
une masse sur sa poitrine.
-
Euh, vous parlez de la même inspectrice que celle à qui
je pense ?
-
Oui, pourquoi ?
-
Oh rien….je ne m’entend plus très bien avec elle et
franchement rebosser ensemble me semble délicat. Et si on
mettait Aziz sur le coup ?
-
Ce type est totalement nul en filature, il n’est pas discret et il
est grande gueule par-dessus le marché ! je ne veux pas de
deux fortes personnalités sur la même enquête ! et
puis merde qu’est ce que vous avez contre elle ?
-
Une histoire personnelle…
-
Je ne veux pas connaître vos histoires de cul !
-
Je n’ai plus rien.
Sa
chevelure dorée, ses yeux bleus, sa peau blanche et sucrée.
L’odeur de son parfum, son sourire… toute ces images
l’assaillait. Les vêtements sexy qu’elle savait si bien
choisir. Son naturel, sa façon de le regarder. Mais aussi, le
jour où elle s’en alla, le méprisa et l’effaça
à jamais de sa vie. Elle qui était pour lui la clé
de la porte de sorti qu’il cherchait depuis tant d’année à
franchir. Celle pour qui il avait accepté de changer. Du jour
au lendemain, elle l’avait quitté pour un autre. Un petit
comptable joufflu et chauffe. On aurait dit un mauvais film comique
ce jour-là.
Pinault
en sortant du commissariat se dirigea vers une épicerie et
acheta une bouteille de vodka. Ce soir il était seul ! Marie
était partie il ne sait où comme d’habitude. Et il
s’en foutait éperdument… comme d’habitude.
79
(par DEB) :
L’homme
me proposa de conduire la Bentley. Même fausse c’était
quand même une Bentley. J’ai pris la rocade. C’était
commode ne rocade, c’est circulaire : j’allais donc revenir au
point de départ.
A
un moment je l’ai oublié le moustachu. C’est comme ça
quand je conduis : j’ai mes meilleures idées au volant. Un
instant je me suis demandé si j’avais bien compris. Si je
n’étais pas sur la piste d’un nouveau film, si je n’étais
pas en train de tout inventer. Cet homme ressemblait à mon
père, la belle affaire ! Ce n’était pas la première
fois que ça arrivait. Du reste, quand j’ai jeté un
coup d’oeil vers lui j’ai trouvé qu’il n’y ressemblait
pas tant que ça à mon père !
-
Ah, dit l’homme d’une voix sourde, il vous faudra prendre garde à
cela : vous devrez toujours maintenir le lien, soit pas le regard,
soit par contact physique. Il y a des limites à tout.
Arrêtez-vous un peu plus loin… Je vais vous montrer quelque
chose.
J’ai
engagé la lourde voiture sur un parking de station service.
-
Maintenant, fermez les yeux…
J’ai
fait ce qu’il m’a demandé.
J’ai
fermé les yeux et j’ai pensé à Marie, cette
tordue qui se faisait sauter par un médecin légiste.
Plus tordue que cette Marie, je crois que ça n’existe pas.
On se rencontrait parfois. Elle m’appelait et je la rejoignais.
Baiser dans une morgue avait été un grand moment.
D’autant que son médecin légiste était aux
manoeuvres. Je l’avais prise debout Marie, en face de Culsec qui,
bourré comme un cochon préférait, je crois, ne
pas se rendre compte que je besognais la Marie devant lui.
-
Tu prends ton pied, hein ma salope ? avait-il lâché.
Faudra te faire soigner ma fille…
-
C’est ce que je fais, avait répliqué Marie qui,
accoudée à la table de dissection me présentait
son cul magnifique.
J’avais
enfilé Marie sans ménagement, comme Casanova honorant
les belles pressées les une contre les autres, hanche contre
hanche, à de leur fenêtre pour assister aux exécutions
sur la place publique. Marie ne se retenait même pas de pousser
des grognements.
Un
instant, Culsec me désigna de son scalpel :
-
Ça n’a pas l’air de vous la couper…
Puis
il baissa les yeux vers le cadavre qu’il avait entrepris.
Voilà
ce que je voyais sous mes paupières baissées.
Et
quand je me suis tourné vers le siège conducteur, je
l’avoue, je n’ai pas été surpris d’y voir Marie,
ses admirables jambes relevées haut, Marie qui me souriait et
qui a avancé la main vers moi, vers ma braguette.
-
Quand je te disais qu’il n’y avait pas de réalité…
C’était
la voix de Marie, un peu rauque.
-
Je te préviens, je ne suce pas, ajouta t-elle, je n’ai pas
changée là-dessus.
J’ai
fait un terrible effort. J’ai évité de regarder Marie
et j’ai très vite lancé ma question :
-
Dites-moi, si quelque-un venait à passer, que verrait-il, là,
dans cette voiture, oui, que verrait-il ?
Une
fois encore, je crois bien que je connaissais la réponse.
-
On vous verrait vous, assis à côté de quelqu’un
de parfaitement anonyme…
-
Mais cette main qui me masturbait il y a un instant ? De qui était-ce
la main ? La vôtre ?
Pour
la première fois, je l’entendis rire. Un petite rire lourd,
même pas agacé. Un petit rire consterné.
-
Assumez vos fantasmes mon ami, s’exclama-t-il.
80
(par DEB) :
Plus
tard, je repenserai souvent à cette rencontre. A cette
question que l’homme à la Bentley ne cessait de me poser :
“Quand
avez-vous décidé de n’être plus personne ?
Une
fois, il avait poursuivi : ” Figurez-vous que moi, eh bien, j’ai
oublié. Vous verrez, c’est une vie sans souvenirs partagés,
c’est ce qu’il y a de pire. Maintenant que vous avez pris votre
décision, je peux bien vous le dire : l’autre, c’est-à-dire,
l’altérité, existe. J’ai fait jadis, des études
de philosophie. Il y avait un philosophe dont on disait qu’il était
sans mains. Heiddeger peut-être. Mais, ce n’est même
pas la solitude que vous allez connaître. Vous vous souvenez du
poème de Musset n’est-ce pas dans la “Nuit de décembre”
: “Ami,
je suis la solitude”
? Vous serez en somme un déniurge, mais sans créatures.
Elles vous échapperont dès que vous cesserez de les
regarder, de les toucher. Tout ne se jouera qu’une fois. Une seule
fois. Et personne à qui vous confier. A la limite vous aurez
droit au numéro de l’ivrogne qui dans un bar trouvera
toujours quelqu’un pour l’écouter.
Il
avait marqué un temps d’arrêt : “Vous savez
l’esentiel désormais… Il est encore temps de faire machine
arrière mon cher ami. Ne vous inquiétez pas pour moi,
je trouverais quelqu’un dans l’heure…
-
Faudra-t-il vraiment que je vous tue ?
-
Chaque pacte a ses oblgations. Mais avec moi vous n’aurez rienà
signer, rassurez-vous.
-
Je ne sais même pas qui vous êtes.
-
Mais je ne suis pas, pas au sens où vous l’entendez encore…
Je
me suis dit qu’il fallait en finir. J’ai repris la rocade. Tout
finirait où cela avait commencé : sous le pont. Cette
fois, le crime serait absolument parfait.
- Vous
verrez mon ami, c’est aussi parfois très amusant. Vous
allez voir comme la police va patauger… Rappelez-vous : pas
d’empreintes digitales particulières, pas d’ADN
singulier, personne pour vous identifier. Incognito
ad aeternam.
***
C’est
l’inspecteur Lazaguard que j’ai voulu rencontrer en premier lieu.
Pour ça j’ai dû traîner trois jours dans le
nouvel hôtel de police. De temps à autre j’allais
faire un saut au cimetière qui est juste à côté,
le temps d’effacer les mémoires des centaines de flics que
je croisais. Quelques-uns, zellés me demandaient mes papiers.
En pure perte. La plupart du temps je suivais les conseils de l’homme
à la Bentley : “Mettez des lunettes de soleil qui ne
permettent pas de capter votre regard et surtout évitez les
contacts physiques. N’oubliez pas de vous faire oublier.”
A
la réflexion il ne manquait pas d’humour parfois l’inconnu
du pont de la Garonne.
Le
troisième jour elle se pointa. Elle; Mona, surnom Lisa Mona.
81
(par petite mauve) :
L’inspecteur
Lazaguard était devenu Lisa Mona depuis pas si longtemps que
ça. Un trans, oui, et des plus réussis. Entre pute et
flic elle avait choisi flic. Et elle en trompait des masses, elle en
affolait…affriolante comme aucune ! Blonde aux yeux bleus, cliché
certes mais impec, bibmo à ses heures sinon faussement rigide
juste pour mieux les exciter.
Lazaguard,
prénom Mona, surnom Lisa Mona faisait tourner des têtes
et pas que des têtes ! Mais, en lieu et place de la sienne il y
avait une super machine à résoudre les plus grandes
affaires, les plus énigmatiques énigmes. A faire se
mettre à table les plus récalcitrants et amnésiques.
Sûr que le big boss avait vu juste. D’ailleurs comment n’y
avait-il pas pensé plus tôt ?
82
(par petite mauve) :
Les
jambes de Marie, le cul de Marie, les seins siliconés de Lisa
Mona, les lèvres au botox de Lisa Mona, la moustache de
l’américain, la main de l’américain, le désir
du DEB, les fantasmes du DEB… quelle salade ! N’empêche que
la clé était là, cherchez la femme cherchez les
femmes. Le roman dans le roman. Pure imagination, fantasme du
narrateur en mal de vie, imaginant une histoire qui le ferait vivre
par procuration. Fatigué de vivre, fatigué de faire
l’effort de changer la sienne. Dans la voiture, vous avez remarqué
: tombeau ou lieu de luxure, remember
la fuego de son père, il rejouait la sienne de vie, il
fantasmait aussi, il était ailleurs, pas du tout concentré
sur son univers glauque. Manipulé par l’américain.
Rêve ou réalité ? Cet homme à côté
de lui, qui conduisait, que voulait il ? Le prenait il pour un gigolo
? un rigolo ? Le DEB n’en menait pas large. Que voulait il lui
montrer ? là sur ce parking désert et peu rassurant.
Les pompes à essence à côté on se serait
cru dans une mauvaise série américaine. Une superbe
bimbo n’allait elle pas sortir et nous proposer de nous servir ? Je
la voyais déjà, avec ses boots blancs, sa mini à
franges rouge, corsage blanc moulant, ses cheveux blonds retenus dans
une casquette à visière, ses joues roses, ses yeux
bleus, ses lèvres sous le lipstick framboise écrasée
plus pulpeuses que celles de Marie, et ses mains, mmmm aux ongles
manucurés manipulant la pompe ahhhhh. L’américain le
sortit de sa torpeur. “Voilà !” et il étala sur ses
genoux quelques photos jaunies ou plus récentes.
Sur
l’une d’elles le DEB reconnut Marie et sur une autre, bon sang
mais c’est bien sûr ! La Lisa Mona, juste, oui, juste quelque
chose clochait, quelque chose de différent…
imperceptiblement différent mais différent !
L’Américain ne disait rien, savourant son effet. Une photo
dépassait du tas, DEB la tira doucement et vit, horreur, vit
là sur cette image, oui, cette image là, la scène
dont il venait de se souvenir. Culsec bourré dans le labo, le
mort sur la table et Lui oui Lui le DEB de dos, entrain de besogner
Marie. Nul doute possible il était entrain de l’enfiler et
c’était lui et c’était elle et c’était
Culsec. L’Américain voulait le faire chanter c’est ça
? le DEB était tout à la fois glacé d’effroi
et bouillant de colère !!!! sans savoir pourquoi il ouvrit la
boîte à gants. Un revolver, un revolver était là.
Piège ? Délivrance ? Solution ? Le DEB avait il le
choix ?
***
Beau
masque, en fait chacun avait le sien, histoires de masques de
personnages en quête d’identité(s). Car de la Marie
qui ne savait à qui elle était, entre deux mecs, entre
deux eaux, de la Lisa Mona entre deux sexes, de l’américain
qui ne voulait plus être, le DEB qui se demandait qui il était,
Culsec noyé dans l’alcool et nécrophile, … Qui
était qui ? qui était quoi ? pourquoi ? pour qui ?
Beaux masques toutes et tous. Mais quand le masque allait tomber,
certains auraient mal. Le réveil serait brutal et difficile et
pour sûr certaines et certains ne s’en relèveraient
pas !!!! En attendant le mort n’était personne. J’avais
déjà entendu ou lu ça quelque part… Le cyclope
non ? Dans l’Iliade
et l’Odyssée…
Mais aussi encore référence ciné, ça
sentait le western à plein nez : Mon nom est personne, ça
vous dit ? Personne, n’être personne, voilà comment se
débiner. Ne croiser nul regard, ne toucher plus personne …
quelle horreur ! Pire qu’être le héros du Parfum oui
c’est ça Grenouille ! ah ah quelle histoire de fous ! Ils se
prenaient pour des psys ou des philosophes ! Mon cul oui !
A
propos celui de Marie me faisait penser à Gainsbarre, love
on the beat…
mais je m’égarais. Facile de s’égarer dans cette
fichue histoire. Crime perfect, du vrai Hitchcock. Le DEB ne tuerait
pas puisqu’il n’était personne et que le mort lui même
n’était personne ! Nada ! ni ADN, ni empreintes RIEN ! Deux
inconnus, incognito. Fortiche non ? Du grand art Madame ! Des
artistes de la mort, des orfèvres du crime. Bravo ! ils
allaient pouvoir chercher les Culsec, flics en tous genres et même
la super Lisa Mona ! Qui ne rêverait pas d’être
inconnu, incognito, personne ?
Derrière
ses lunettes noires le DEB souriait, il jouissait au fond…
***
Nobody
! Personne ! Inconnu… ouaih mais y avait ce foutu papillon qui
collait à la peau. Et Lisa Mona reniflait le pap de près
car il lui rappelait quelque chose. Elle allait faire le tour des
tatoueurs de Bordeaux pour enquêter. Le mort avait peut être
un passé en local. Et puis dans le milieu on se connaît,
on parle. Culsec lui faisait du gringue mais franchement il s’était
pas regardé cet alcoolo nécrophile ! Comme si elle Lisa
Mona pouvait s’intéresser à ce type de mec ! Non il
lui fallait des latinos, bien roulés, pantalons moulés,
fesses de toréros, poitrines de vikings, et qui avaient dans
le falzar de quoi la faire hurler de plaisir. Il lui fallait des
jeunes mecs un peu efféminés malgré leurs airs
virils. Gueule d’ange et cœur de voyou ! L’urgence était
de trouver qui était le mort et en fin limier Lisa Mona
faisait travailler son cerveau et bombardait le cadavre, les lieux,
les tests, les collègues, todos, de milliers de fréquences
ultra sensibles pour piller les infos et traquer le détail qui
cloche, ou passé inaperçu. Le papillon lui semblait
être un indice mais pas suffisant. La Bentley aussi, agences de
loc, allez qu’on les visite et dare dare !! Les ordres claquaient
secs comme des coups de fouet. La Lisa Mona avait aussi un profil de
dresseur de fauves et fallait filer doux comme un agneau avec elle !
En plus elle était pressée, tout ce temps perdu. Et ce
soir elle avait un rancard qu’elle ne voulait pas rater sous aucun
prétexte. Et là, sous la racine des cheveux, derrière
l’oreille il y avait quelque chose, un garffiti comme un tag… La
loupe ne suffisait pas ! Un microscope électronique, un … !
Oui c’était ça un tag sur la peau du mort. Nobody
! signé nobody. Il
se foutait d’elle ce mort !!! Nobody, personne, inconnu… Lisa
Mona sourit et pensa que personne ne lui avait résisté,
jamais, et que c’était pas un mort avec gravé sur sa
peau nobody qui allait lui résister !! Foi de Lisa Mona, elle
trouverait.
83
(par Jean Claude Palustrade) :
Y’a
un truc que j’ai pas bien compris dans la trame. théoriquement
Marie est juste une fille avec qui couche pinault. mais on dirait que
culsec connait une marie également. c’est la même ou
une autre?
84
(par petite mauve) :
…Vous
affolez pas les mecs, c’est sans doute moi qui ai méli mélé,
et emmêlé mes pinault non pinceaux. Marie couche toi là
donc est à tous ceusses qui veulent. Maîtresse commune
du narrateur et Culsec = Marie ? Le mort et Culsec ont ils aussi une
maîtresse commune ? Marie ? autre ? Personne ? enfin pas
nobody, je veux dire aps de maîtresse commune. Vrai que c’est
emmêlé… désolée pas vu que le mort avait
uen marie, j’en suis marrie…
A
plus tard…
***
“Nous
avons en commun d’être différents” méditait
Pinault, simple flic (oui il lisait les philosophes de temps à
autre, Merleau Ponty par exemple)… mais dans la confusion générale
il se demandait qui était qui, à commencer par
lui-même. Différents certes et pourtant si proches ! A
commencer par la même femme qu’ils baisaient, enfin en tous
cas elle avait le même prénom. Vrai que Marie c’est un
petit nom courant surtout en diminutif. Et en plus une Marie couche
toi là… te dis pas ! Bref, la même ou pas, c’était
troublant. La Marie qui lui rappelait un film, ô combien
célèbre même : la maman et la putain. Bernadette
tu sais, Bernadette Lafont, la méga actrice, ouaih avec sa
gouaille et quel abattage ! Pinault il en rêvait des fois des
actrices, seul dans son pieu. Il fantasmait à mort et s’y
croyait. Ça lui échauffait les sens, lui brûlait
la couenne. Alors il se faisait du bien, tout seul, faute de meuf, de
Marie, putain ou pas, faute de mieux. Il se masturbait en pensant à
toutes ces catins sur l’écran noir de ses nuits blanches….
et se faisait jouir, seul, loin des turpitudes du métier, des
énigmes irrésolues, des Culsec alcoolique et nécrophile
impuissant, loin du mort raide et froid, loin de la divine Ludivine
castratrice, de la Lisa Mona innaccessible… ahhhhhhhh “arrête
arrête ne me touche pas…” des rengaines à deux
balles lui revenaient en tête et il rêvait de celui qu’il
avait été, de celui qu’il aurait pu être, de
celui qu’il ne serait pas…Vrai qu’il avait pour certaines les
yeux de Chimène mais elles s’en foutaient et l’ignoraient.
Il était humilié alors comment ne pas avoir envie de se
venger ? Leur faire la peau à elles, à toutes ces
gonzesses qui ne voulaient pas de lui !!! pour qui se prenaient elles
? s’étaient regardées ? non mais ! Il pouvait les
câliner, les caresser, leur faire du bien. Bon ok il avait pas
le physique de Georges oui georges Clooney mais qui disait que ce
Georges était un bon coup ? Ça n’a rien à voir
avec le physique non ? Alors lui Pinault pourquoi il aurait pas eu sa
chance ? La Marie l’avait compris mais la Marie était à
tous et n’était à personne. Personne, nobody, on y
revenait…
***
Je
me disais en moi-même : papillon = butterfly. Madame
Butterfly,
un opéra non ? trav ou trans non ? on nageait donc dans
l’ambiguité la plus totale. Entre inconnus, sexes
indéterminés, nanas à toute le monde donc à
personne… la confusion Monsieur ! La confusion. Générale.
C’était sans doute ce que voulait le maître de
l’histoire… Maître du mystère. Je pensais à
un de mes films cultes “Mulholland
drive”
du maître Lynch et j’entendais la musique du générique
qui m’envoûtait à nouveau, inlassablement. On y était,
je me sentais m’engloutir dans l’univers glauque et visqueux du
film, dans cet épais mystère, dans la volupté et
la folie… Ça me plaisait assez faut dire. Sans parler du
Limier ! Oui mais ici il manquait le fin limier. On nous avait
annoncé des miracles avec la Lisa Mona mais je restais sur ma
faim… Trop belle pour être vraie celle là encore !
L’américain gardait son mystère comme l’Atlantide
ou les statues de l’Île de Pâques. On n’était
pas sorti de l’auberge. N’empêche que c’était
excitant. non ?
85
(par Amb55) :
Marie,
Lisa, ah oui, et Ludivine aussi. Trois femmes dans cette histoire
d’hommes. Qui était Marie ? Qui était Ludivine ? qui
était Lisa ? Dans ce polar qui se mord la queue à qui
mieux-mieux avaient-elles vraiment besoin d’être trois ?
Trois femmes vraiment ? pas si sûr à en croire les
soupçons qui pesaient sur la féminité ou la
non-féminité de l’inspectrice Lazaguard. Pinault
avait une dent contre elle, on l’avait bien compris. Quant à
Marie, Marie-couche-toi-là, ou Marisol Pinault savait
pertinemment de quoi il en retournait pour y avoir déjà
goûté, et pas qu’un peu. Seule la divine, la belle
meuf de ce satané Culsec pouvait sans doute véritablement
prétendre être de l’espèce des Eve et autres
Marie-Madeleine. Quel pot il avait ce Culsec ! Le comble, c’est que
Lazaguard ait choisi son nouveau prénom non dans la
littérature mais dans les arts que l’on dit plastiques.
Enfin, pour ne pas offenser le grand Léonard, l’on dira dans
la peinture, et la grande. Mais oui, mais c’est bien sûr ! La
Bentley, le pont de la Garonne, Mona Lisa et pourquoi pas Da Vinci
Code tant qu’on y était. Les chinois. La Joconde qui n’était
peut-être pas si femme que cela elle non plus, à ce qui
se dit. Un mort inconnu dans une Bentley contrefaite. Un polar qui se
la joue DVC.
Il
ne manquait maintenant plus que le saint Graal pour ajouter du
piment.
86
(par petite mauve) :
La
Trinité madame, la Sainte trinité, les trois grâces
y avez vous pensé ? Qu’importe la certitude de leurs sexes,
femmes elles étaient ou se revendiquaient comme telles (pas
Guillaume non). Ludivine la divine, qui avait largué son mec
pour un voyou lequel l’avait lui-même larguée mais
pour qui et quoi ? Lisa Mona trans sublime qui en avait côté
flic mais plus féminine qu’elle tu meurs ! Quant à
Marie, là on touchait à l’insondable capacité
des femmes de n’être à personne en étant à
tous… Maman et putain, sœur et fille, amie et rien ! A l’origine
des origines, à NOS origines, origine du monde, jambes
écartelées, prêtes à recevoir le saint
graal des hommes, sacrifiées ou consentantes, madones ou
vierges, icônes du désir du plaisir du stupre de la
fornication, pour le plaisir de ces messieurs. Mais eux étaient
ils mâles si accomplis ? L’un nécrophile et alcoolo,
l’autre indéfinissable, et deux inconnus incognitos,
personne en double, nobody two. Nobody knows… tu parles de mecs !
Ouaih Lisa Mona issue des arts pas ménagers, des vrais de
vrais et pas n’importe lesquels Léonard de Vinci, pour Vous
servir !!! Non pas le Da Vinci code, de grâce, autant parler
des fourmis ou de marc (oui lévy) non Lisa Mona avait une
autre tenue madame ! Elle faisait pas tapisserie, elle avait de
l’abattage. Sacré tableau et pas une croûte, un vrai
expertisé, Lisa Mona et son sourire légendaire. Et
quand elle souriait, un ça valait mieux pour toi de te garer
et deux c’est qu’elle avait trouvé. Ou allait trouver ! En
l’occurrence le mort de ce polar des bords de Garonne, de ce
thriller de mascaret, l’assassin qui se défilait, peu enclin
à se laisser découvrir. Quant au papillon encore un
indécis, entre chenille, chrysalide et butterfly, on pouvait
hésiter. Bref un peuple de créatures qui ne
souhaitaient qu’une chose : ne pas exister !
87
(par maminamoi) :
Ils
sont tous là, à s’agiter autour de moi, à
cogiter à propos de moi, à échafauder,
élucubrer, ergoter , errer sans fin de supputations en
hypothèses, de fausses pistes en vrais cul de sac. Ils
s’espionnent les uns les autres, se jalousent, se rapprochent et se
brouillent, accouchant de théories bancales, pauvres cache
sexe de leur impuissance. Et de tout cela, je jouis, moi, le mort, le
vrai, pas l’autre, le faux frère, pas vraiment mort. Dans ma
position de mort, ma posture d’inconnu, vrai mort, parfait inconnu.
Je jouis et je me nourris de tout ce que je suscite, de tous ceux que
j’excite (et aussi toutes celles…). Car moi, personne ne pense
que je pourrais aussi avoir mon mot à dire. Ce n’est pas
parce qu’on est mort qu’on ne parle plus, pas besoin de faire
tourner les tables camarades, pas besoin de lever les yeux au ciel,
je parle d’où je suis, dans ce corps si mort, ce visage, qui
ne vous dit rien, qu’aucun de vos ordinateurs si perfectionnés,
aucun de vos réseaux interpolarisés n’a gardé
en mémoire, je parle comme toi, le DEB, je parle comme toi et
moi. De là où je suis, ni là haut, ni dans
quelques limbes mais toujours dans la voiture, mort, mais là,
toujours, là, là, moi je me marre, gros de toutes vos
paroles, gras de vos désillusions, gris de vos haleines qui
m’emportent vers l’entre deux mers. Entre deux mères,
tiens cela te plairait à toi, qui convoques toujours Lacan
(c’est vrai que on ne sait faire que cela, dans la police,
convoquer…)
Alors
écoute cela petit flic qui ne voit que les faits, qui cherche
des causes, qui veut comprendre, qui veut tellement comprendre… Je
suis mort parce que j’ai connu et aimé la position du mort
tout petit, et la route a été longue qui m’a permis,
enfin, de la retrouver. Tous les dimanches, il y avait bridge à
la maison, deux tables, les voisins de mes parents, toujours les
mêmes, avec toujours les même conversations. Moi je me
glissais sous la table, écoutais les annonces et attendais. Et
quand cela arrivait, quand c’était à Maman (celle que
j’appelais Maman) de faire le mort, alors, je la suivais dans la
cuisine où elle allait surveiller la cuisson du gâteau
qu’elle servirait plus tard, et alors, je l’avais toute à
moi, je me jetais contre sa jupe, me serrais contre elle, sous le
renflement de son ventre qui sentait la cannelle. J’étais au
chaud, blotti sous le renflement de son ventre, à la hauteur
de ce dont je ne connaîtrais le nom que plus tard, et c’est
aussi plus tard, que je saurais comment se dit bridge en français
(et oui, c’est là que je voulais venir, et voilà que
j’y suis…). Elle faisait le mort, et je savais que c’était
la meilleure position, elle ne jouait plus, mais tout se jouait
autour d’elle, et elle jouait aussi avec moi. Le mort au bridge,
est celui de qui tout dépend. Ses cartes sont abattues mais il
mène le jeu. D’ailleurs, tape « jeu avec le mort »,
le DEB et tu verras les chics livres que ça fait, bien écrits,
sans gros mots, ni obscénités comme ici, des livres
faits pour faire passer le temps, gentiment, , édités
par des éditeurs qui pensent bien, eux. Alors qu’ici, ça
pense trop, ça pense à côté, ça a
encore bien trop de cerveau disponible, va falloir s’en occuper…
Et il y en a d’autres… Allez courage, et courrez, sans vous
retourner !
88
(par petite mauve) :
Hey
qui es tu toi qui déboule ici et veut nous donner des leçons
? de quoa d’ailleurs ! Le mort il a déjà parlé…
de sa bouche même. Alors si tu veux nous faire croire que t’es
le VRAI de VRAI, prouve-le ! Et puis faut lire l’histoire avant
d’avancer ces thèses dignes de celle du complot !!! Lacan
oui il a été cité, c’est vrai… et alors !???
le bridge connaît pas et à vrai dire, je m’en tape !
Facile de venir brouiller les cartes et souffler, pas jouer ! Fais le
mort !!!!!!! puisque ça te plaît tant et laisse nous
chercher même si nous sommes à tes yeux pitoyables…
facile de nous juger ! Au moins nous, on se regarde pas le nombril…
Le petit flic comme tu dis et les autres, ils te disent… rien ils
te disent rien. Ils font ou ils essaient de faire leur boulot, et
leur boulot de vivants avec les défauts des vivants, leurs
incertitudes, leurs petites lâchetés… eh oui ! ils
font CE QU’ILS PEUVENT ! Voilà. Gros mots et obscénités
?? Mais je, on les revendique !! Au diable l’avarice et les culs
pincés et les hypocrites et les prudes et les puritainstins
!!! La vie c’est l’obscénité et la crudité !
Quant aux romans de gare ou à l’eau de rose, on te les
laisse c’est pas notre tasse de thé. Des polars pour passer
le temps, gentiment en plus mais on s’en fout nous ! Du bien
pensant, du mieux disant, du politiquement correct, on s’en
contrefout nous ! Nous, on veut que ça pète, que ça
jouisse, que ça baise, que ça foutre et tue et meure et
VIVE ! Bon dieu t’as pas pigé ??? Non en fait c’est ce que
tu voulais … nous décaniller et nous faire réagir. eh
bien tu as réussi et bon sang que ça fait du bien de
rugir ! Merci ou plutôt mère-si.
***
L’inconnu
vous savez l’inconnu du pont de la Garonne p’têt ben
qu’cest aussi l’inconnu du Nord express ? P’têt qui se
prend pour Hitchcock notre DEB ? S’il est pas Jean (Eustache)
p’tête qu’il est Alfred ??? Inconnu incognito personne nada
nobody… en attendant on n’avance pas et moi m’en vais aller à
la Kapitalle quelques jours et pas écrire sur ce mur des
lamentations, mur de la honte, mur mûr, mur démiurge.
89
(par Amb55) :
Des
bêtises ! il n’en dit plus, lui le mort, des bêtises.
Et justement, le DEB, tout fort qu’il est à faire parler les
vivants, il est comme les autres ici, il ne sait pas mieux le faire
parler le mort. C’est vrai qu’un mort ça retient plus
facilement la date de sa mort que celle de sa naissance. C’est vrai
qu’un mort ça pense plus à se taire qu’à
raconter sa vie. Et puis, c’est peut-être mieux ainsi, parce
que les morts quand ça parle, ça frappe. ça
frappe très fort même. ça donne des coups. Ah,
les coups ! Bon coup, mauvais coup. On ne sait jamais avec un mort ….
***
Tiens,
ça m’a trotté dans la tête cette nuit. J’ai
lu plus haut : sainte Trinité. A voir DEB se mysticiser depuis
quelques jours je me demande si entre le père, le fils et le
saint-esprit, il ne serait pas un peu de ces trois là.
Pinault, Culsec et DEB même homme, Marie, Ludivine et Lisa :
même homme aussi ? non, là, là ça serait
trop fort. C’est une histoire à trois, comme ces pièces
de Labiche ou l’homme ne sait plus s’il est le mari ou l’amant,
où l’on cherche l’un et l’on tombe sur l’autre, où
la femme devient l’arroseuse arrosée ou la pintade de la
farce, c’est selon. Oui, je sais pour flatter plus sûrement
les goûts littéraires de
notre-trinité-pas-sainte-à-lui-tout-seul, j’aurais dû
préférer la corneille à la biche. Encore que,
comme j’ai oublié tous mes classiques, je ne sais même
plus à coa la corneille baillait. Au fait, une question
importante par les temps qui courent, une question que Pinault a
oublié de se poser et qui peut-être pourrait faire
avancer l’énigme : la Bentley ? essence ou diésel ?
90
(par petite mauve) :
Bentley
essence même super !!! voyons ça ne se fourvoie pas au
diesel comme les rollsssssssss. Madame ! Bon je m’en vas vaquer à
mes occupations professionnelles et reviens faire ici un coucou avant
Paris et ses folies ma bergère ! Non on avance pas, on fait du
sur place. Ménages à trois oui on dirait. La guerre des
trois aura t elle lieu ? Trois grâces ou garces, trois mecs ou
macs… Allez un effort, on est près du but (pas des bleus
nous !) On va te l’attraper le mort avec notre épuisette pas
épuisée même si c’est épuisant ! Et
l’assassin avec, au panier ! au trou… Si !! Cyd Cid pas Charrisse
pas Corneille mais à la racine.
91
(par Amb55) :
Bentley,
essence bien sûr. Essence et sens. Sans interdits. Mais le mort
lui, dans tout ça ? Cette histoire a-t-elle encore un sens ?
Danse macabre, carnaval des animaux ? notre maître de ballet
a-t-il perdu son métronome ? il n’a pas réajusté
les morceaux depuis le 14 juin. Débordé qu’il dit
qu’il est.
92
(par Brigitte Giraud) :
LE
MORT EST MORT, juste parce qu’on croit qu’il est mort. Sa mort
n’est rien d’autre qu’une métaphore du temps. Un temps
plein contre un temps mort. Son temps, mort pour lui, vient remplir
notre espace. Sa mort nous parle. Elle éloigne la peur, nous
protège. On se sert de sa mort comme d’un miroir sans tain.
On se regarde mourir un peu chaque seconde. Toute heure traversée
nous détourne du chemin. Mais on sait bien que c’est là
où il faut aller, voir, sentir, et ne pas pleurer. Regarder ce
qui guette. Le mort, parce qu’on croira qu’il ‘est’ mort,
absolument mort, sera nos yeux. Plus moyen d’arracher la racine.
93
(par Nichyza) :
Décider
de n’être plus personne…Je ne sais déjà plus
quand je l’ai décidé…J’ai effacé de ma
mémoire tant de choses, tant de souvenirs…afin de n’être
plus personne…M’effacer, effacer tout ce qui constituait ma vie
d’avant. Oublier…Faire table rase ! Ma vie n’est désormais
qu’une plate page blanche où les mots ne pourront plus se
poser. Mes mots et ceux des autres qui ne me connaissent plus. Les
autres, j’ai effacé de leur mémoire tout ce qui me
concernait. Mes mots qui s’envolent, comme des papillons ivres
d’autres ailleurs, sans jamais plus pouvoir se poser sur ma vraie
vie, l’ancienne, celle que j’ai décidé de gommer à
tout jamais. Quelle chance d’avoir rencontré ce papillon
jaune qui est venu se poser sur mon épaule, ce jour de grand
émoi ! J’étais sur le pont de la Garonne, hypnotisé
par les flots que je voyais rouler en-dessous, oscillant entre
l’envie de vivre ou de mourir. Se jeter du haut du pont de la
Garonne et en finir avec ce lourd secret. Emporter avec moi le visage
de mon père qui ne me harcèlerait plus de son regard
sévère du fin fond de sa tombe. Le papillon jaune s’est
mis à tournoyer autour de moi. Il semblait vouloir me montrer
un chemin. A défaut de paroles, - car jusqu’à
aujourd’hui les papillons ne parlent pas, sauf dans les mauvais
romans de gare -, ce papillon-là irradiait d’une telle aura,
que je l’ai suivi comme un aimant et c’est là que j’ai
fait la connaissance de l’homme à la Bentley. C’est à
partir de ce moment-là que ma vie a changé. Je n’étais
plus personne, je n’étais plus moi. Même s’il a
fallu que je fasse disparaître l’homme du pont de la Garonne,
je ne regrette rien et son enseignement a été pour moi
vital ! C’est à moi désormais qu’il appartient de
lâcher de nouveau le papillon qui est devenu mien et que je
garde collé sur mon épaule gauche pour le moment…
Mais je déciderai du jour et de l’heure à laquelle je
le laisserai de nouveau s’envoler et je déciderai moi-même
de la personne sur laquelle il devra se poser…pour l’instant
personne ne devra savoir qui je suis et quel est mon dessein !
Surtout pas cette femme flic qui me dévisageait du haut de son
plus grand mépris : Lisa Mona, allias l’inspecteur Lazagard.
Une femme à damner tous les saints, même les plus
chastes, tant sa beauté surpassait celle des tops-model les
plus en vue de la planète. A se demander si même Sarkozy
n’échangerait pas sa Carla contre cette femme sublime. Quand
je pense que l’homme de la Bentley m’a conseillé avant de
partir d’éviter les contacts physiques… J’avais gardé
mes lunettes de soleil noires, toujours sur ses conseils, et là,
ça ne plaisait pas du tout à la Lisa Mona. Malgré
son regard acéré, elle n’arrivait pas à capter
mes yeux et à lire ce qu’elle voulait y détecter. Moi
j’avais des choses à lui dire, de la plus haute importance
si je voulais la mener sur une fausse piste. Je sais qu’elle ne se
laisserait pas en découdre car elle avait la réputation
d’être une flic perspicace et sans âme. Alors en ce qui
concerne mon témoignage sur toute cette affaire, elle me
croirait ou pas, ça, ça restait son affaire !
L’important étant que son enquête démarre sur
un faux-témoignage… Les yeux rivés sur son décolleté
où s’agitaient une paire de pommes juteuses à
souhait, je débitais mon laïus appris par cœur quelques
minutes plus tôt.
- Voulez-vous
être assez aimable d’ôter vos lunettes de soleil ?
J’aime regarder les yeux de ceux qui me parlent, j’aime aller au
plus profond de leur âme pour y déceler la vérité
!
Elle
s’était levée de son fauteuil, découvrant des
jambes interminables qui auraient, après les saints, fait
pâmer les anges, et elle fit mine de m’enlever mes lunettes.
J’aurais apprécié de sentir sa main sur mon visage à
ce moment-là, mais… « Point de contact physique ! »
Je
me reculai vivement. La porte derrière nous s’ouvrit sur un
cyclone : Pinault entra brusquement, hurlant :
- Lazagard,
il y a du nouveau au sujet de notre enquête concernant le type
de la Bentley ! Rendez-vous dans cinq minutes dans le bureau du big
boss !
Cette
intrusion eut au moins le mérite de détourner
l’attention sur moi et je gardai mes lunettes sur mon nez. Je
m’inclinai en saluant Lisa Mona, la laissant rejoindre ses
acolytes.
94
& 95 (par Caféine) :
Garde
tes lunettes sur ton nez ! pour lire la lettre de Lisa Mona.
Caro
mio,
Tu
m’as assise,
Tu
m’as interdit le mouvement, le rire et la parole.
Tu
as rajusté mon décolleté,
Sagesse
obligatoire, traits de madone sur commande
Dans
le clair obscur tu m’as placée
Appliqué
à me caresser de légers glacis
Mouillée
d’essence diluée,
Ton
pinceau me chatouille, les ailes nacrées de mes ravissantes
narines frémissent.
Au
creux de ma gorge ma veine palpite sous le sfumato.
Envie
de toi,
De
te séduire du regard.
Vendue
à un roi, mes nuits avec un empereur, puis logée dans
un palais, kidnappée pour un retour sur ma terre natale,
J’ai
voyagé, protégée comme une star, lifting, photos
revues et,
Fixé
à tout jamais mon petit sourire d’une pensée pour toi
dans la douceur de cet après midi Florentin.
Ta
Mona Lisa
96
(par amb55) :
- Reprendre
à 94″, voilà, voilà, ce qu’il a dit Pinault
à la grande Lazagard. Pas reprendre à zéro,
non. Il fallait rouvrir le dossier à la page 94.- 94 ?
-Vos
plaisantez Pinault, rétorqua Mona, le dossier ne compte encore
que 93 feuillets. D’où vous vient cette idée de
reprendre à une page qui n’existe pas encore ? Le dernier
témoignage c’était celui d’un type, ou d’une
nana, qui se la jouait Fantômas ou fantômette avec une
histoire de papillon à se faire passer, comme à ce jeu
auquel jouent les gamins dans les cours de récréation :
il court, il court le furet.
- -
Ne vous foutez pas de ma gueule. Si je vous dis 94 c’est bien que
nous avons en main les éléments suffisants. Que
pourrais-je inventer ?
-Justement ! C’est ce qui me trouble figurez-vous dans toute cette histoire. Le passé semble dépasser le présent, et l’avenir prend parfois des allures dépassées. Le mort ne semble pas véritablement mort car il lui arrive de surgir à l’improviste pour faire ses commentaires, et les vivants jouent parfois les morts. Tel ce bon docteur Culsec qui ne répond même plus à mes appels pour me faire part de ses conclusions aux analyses pratiquées.”
A
ce sujet Mona l’avait un peu mauvaise. Elle avait adressée à
ce dernier pour lequel mine de rien, elle en pinçait un
maximum, un poème de sa composition. Un sacré poème
en fait. Chaud et provocateur. Eh, bien, rien ! Rien de rien ! Culsec
restait de marbre. Silencieux. Absent.
97
(par petite mauve) :
… toi
le frère que je n’ai jamais eu…
si ce n’est toi c’est donc mon frère ou si ce n’est moi
c’est donc mon frère. Le mort est il le frère ?
ont-ils un père en commun ? frère ou demi frère
? qui sait ? Le DEB a un frère, un double de toute façon,
frère ou pas… inconnu donc au bataillon, nobody knows…
quelle famille ! un père absent donc mort, ou mort donc
absent, un frère inexistant et moi même ? se disait le
DEB donc enfant trouvé, enfant perdu, perdu dans cette vie de
fous ou personne n’existe pour personne, où les êtres
sont des spectres, des morts en puissance.
Grand
thanatorium, érotique. A
la fois enfant du monde et père de ce même monde.
Enfantant l’univers et fils de tous ces êtres disparus… un
dédoublement, sûr, de personnalité et
existentiel. Comment survivre autrement ? Bentley ou pas, symbole de
la tombe, de la dernière demeure, dérisoire et vaine…
Quant
au papillon il se la coulait douce alangui sur ses belles ailes et
faisant causer le monde et déblatérer les
scribouillards de ce roman à la mord moi la trompe !
***
Dead
man,
poor dead man tout le monde l’abandonne. Moi même ne suis pas
très disponible pour lui, pour Culsec, la divine Ludivine,
Pinault, le DEB, Lisa Mona et j’en passe le pap le papillon…
“Mon
père ce héros au sourire si doux”.
Père,
fils et saint esprit, encore une trinité,… sur Garonne ! Lol
!
En
attendant pourquoi Pinault était-il si excité ?
Avait-il découvert un autre indice ? dans la Bentley ? Une
petite culotte de dentelle coincée entre les sièges ?
Un autre tatouage sur le dead man ? Les agences de loc avaient-elles
craché quelques pistes ? ou était-ce les cabinets de
tatouages ? Lisa Mona avait-elle fait des siennes ? autant de
questions, à suivre les réponses…
***
Le
poème, Culsec l’avait lu et relu mais voilà, en tant
que médico priapiste et nécrophile, la Lisa Mona était
trop chaude pour lui… Et il s’en méfiait, Marie couche-toi
là était plus facile parce que fille facile justement !
Il était mal à l’aise avec les vraies femmes, les
femmes-femmes, bouleversantes de sensualité comme … Même
s’il ignorait que Lisa Mona était une femme depuis peu, elle
transpirait de féminité. D’ailleurs c’était
à se demander ce que trouvait à Culsec ! L’était
pas des mieux fichus ni excitants ni séduisants… Mais Lisa
Mona était maligne, elle voulait se le mettre (enfin si on
veut) dans la poche le Culsec ! Pinault lui, c’était facile,
Culsec il fallait le gagner… Elle flairait qu’il en savait plus
que ce qu’il voulait paraître ou laisser entendre. Elle le
voulait pour le faire parler sur l’oreiller…
Mais
voilà, Culsec résistait et plus il reculait plus ça
l’excitait la Lisa Mona ! Elle allait lui jouer son numéro
dans la salle de dissection ! et elle arriverait à lui tirer
(enfin si on veut) les vers du nez.
Pour
le moment, dans le nez, c’est d’autres verres qu’il avait !
Pété il était, car la Lisa Mona bien sûr
qu’elle le chauffait, mais voilà, elle lui fichait la
trouille ! Et il savait qu’il ne serait pas à la hauteur.
Un, parce qu’il ne pourrait assurer, deux parce qu’il était
faible et qu’il risquait de parler… Donc coûte que coûte
il lui fallait rester de marbre comme les cadavres qu’il découpait,
comme le mort, le mort inconnu sans assassin… connu ! Le nobody,
sans ADN, sans empreintes nada
! nada ! niet
! Lui aussi, Culsec, voulait devenir inconnu, se fondre aprmi ses
cadavres raides roides, se glisser dans la peau d’un autre, qu’on
l’oublie ! Qu’on lui foute la Paix !
Pax
!!! Pax !!!!
***
Papillon
passe, homme trépasse ! Ainsi pensait Pinault qui avait des
bouffées de poésie parfois, venues d’on ne sait où,
car des études il en avait pas fait le mec ! Issu d’une
famille recomposée-décomposée il avait appris
dans la rue, la meilleure et la pire des écoles. Heureusement
à 15 balais il avait croisé son pygmalion, un vieux
flic à la dérive, un vieux de la vieille qui était
fatigué et voulait transmettre son savoir avant de passer
l’arme à gauche. Pinault se souvenait avec tendresse du
vieux, de ses cheveux de sa moustache, de sa démarche un peu
lourde comme Mort Schuman, il y repensait des fois quand il avait le
blues… Hugo il s’appelait, Hugo Victor ! C’est ça qui
l’avait attiré vers la poésie, son nom ! Il lui avait
tout appris le vieux et fin avec ça et généreux,
un vieux lion superbe et généreux. Puis il était
mort, comme un lion justement, seul dans sa tanière, digne !
Royal ! Un exemple pour Pinault, le vieux. Un mentor… Le mort lui
faisait penser à lui, mais bon ça pouvait pas être
lui puisque Hugo victor était mort depuis un certain temps
déjà… N’empêche que ! Bizarre cette
ressemblance, bizarre, vous… avez dit bizarre ?
***
Le
DEB avait filé à l’anglaise, remarque avec une
Bentley… on attendait pas davantage de lui ! Le mort n’en
finissait pas de refroidir, les recherches n’avançaient pas
comme Pinault et Lisa Mona l’auraient voulu. Culsec était à
sec et la divine Ludivine se trempait les miches en cure de thalasso.
Marie couche-toi là continuait de se coucher, la Bentley
restait made
in China,
bref tout coulait au bord de la Garonne et autres lieux. Seul le
papillon voletait d’épaule en épaule. Déposant
son poison, ses trahisons, recueillant les secrets des unes et des
autres, des uns aussi. Trafiquant les épidermes. Les abeilles
avaient disparu de la Terre, les papillons avaient donc le vent en
poupe. Forts de leur nouveau pouvoir ils travaillaient dans l’ombre
et leurs noirs desseins prenaient corps peu à peu. Eliminer le
genre humain ! Voilà ce qui les portaient de continent en
continent. Réduire l’espèce humaine à néant.
Réduire à l’état de larve les homo
sapiens
en pleine décadence ! Ils avaient déshonoré la
planète bleue, abîmé le paradis terrestre, alors
ils devaient mourir, ils devaient devenir des larves ! Papillons si
légers, si aériens, si poétiques et délicats
! Papillons tueurs sans merci ni pitié ! Deux faces là
encore !!!
La
besogne était commencée. Au moins une victime ici, sous
le pont de la Garonne ! La quarantaine le mort ? A la fleur de l’âge
??? Qui serait le prochain ? Culsec flippait, il avait compris que
quelque chose se tramait. L’ADN, les empreintes avaient disparus
comme aspirés, mystérieusement évaporés…
Et aucune trace, un travail d’orfèvre, un travail de
spécialiste, inattendu, inhabituel, hors normes… Et ce
papillon qui traînait au labo ne lui inspirait pas confiance.
Oui il avait vu des films, la
Mouche
par exemple mais bon c’était des films… Pourtant depuis
que les abeilles avaient disparu de la Terre, l’impossible serait
il devenu possible ?
Se
méfier du papillon, règle 1 : s’enduire de crème
anti insecte, règle 2 : analyser les plantes et fleurs où
se posait l’ennemi présumé, règle 3 …
Culsec
transpirait. Il n’aimait pas ça mais alors pas ça du
tout ! qu’on lui foute la paix bon sang !
La
paix !!!!!
***
Dans
le bureau du big boss, Pinault exultait. Enfin on le considérait,
et Lisa Mona allait enfin le regarder autrement. Car celle-là
elle s’y croyait avec son flair de fin limier ! D’accord elle
était douée et très forte, d’accord elle en
avait, d’accord elle aurait fait bander un mort mais bon, lui,
Pinault, il existait aussi non ? Et pas si mauvais que ça le
mec non ? Et même que, si elle avait un peu de jugeote hors
enquête, même que, elle aurait trouvé que lui,
Pinault il avait dans le froc de quoi lui plaire ! Elle l’attirait
mais voilà, lui ne l’attirait pas. La vie est mal faite
parfois. Et comment renverser la situation ?
Ce
soir Pinault se disait qu’il tenait l’argument choc ! Il avait,
oui, lui, Pinault simple flic, il avait découvert un nouvel
indice dans la Bentley !!!!! Des cheveux roux, longs, mêlés
à une infime morceau d’aile de papillon et collés à
un ravissant, ohhhhh combien ravissant petit slip en dentelle noire,
brodé de… papillons … MMMMMMM s’il avait été
fétichiste il l’aurait gardé pour lui ce merveilleux
vestige féminin. Sans compter que comme une abeille il avait
butiné de son nez ledit objet du délit. Et ohhhhhhh
merveille une douce odeur si si si érotique s’en dégageait
!!! Que lui Pinault en était tout retourné. A qui
appartenait ce délicieux indice ? Etait-il lié au crime
? Etait-il là avant que la Bentley ait été louée
par le mort ? Qui se glissait (mmmmm quelle évocation !) dans
ce précieux et excitant sous-vêtement ? Pinault y aurait
bien vu Lisa Mona mais elle n’avait pas les cheveux roux. Marie
couche-toi là non plus et elle, trop facile et rustique pour
ce type de délicatesse ! Qui ? Le big boss fronçait les
sourcils et Lisa Mona minaudait, moue de mépris sur son joli
minois. Maintenant le labo devait entrer en scène : ADN et
tutti
quanti
! Pinault se rengorgeait, mais Lisa Mona n’avait pas dit son
dernier mot ! Elle allait le coincer le Pinault ! De toute façon,
rien ne disait que cet objet était en rapport avec le mort.
Et
toujours ce papillon qui bruissait dans le bureau !
***
Lisa
Mona ne décolérait pas, ce Pinault était un
plouc ! Il croyait tenir une piste en fait il tenait du vent ! Une
petite culotte de dentelle brodée, noire, avec cheveux et
ersatz d’aile de papillon dans une voiture louée, et alors ?
Qu’est ce que ça prouvait !!!! elle allait lui démontrer
son ignorance, sa vanité et son imbecillité ! Et
l’éradiquer définitivement. Il en pinçait pour
elle ? Qu’à cela ne tienne, jamais il ne la toucherait !!!
Foi de Lisa Mona, non mais !!!! Que faisait Culsec, réfractaire
à sa missive piégée… ? Lui aussi il n’était
pas à la hauteur, mais LUI il était utile. Il savait
des choses, il avait des éléments et ça Lisa
Mona en avait besoin. Elle devait aller au labo lui jouer sa grande
scène … Papillon… papillon, décidément entre
celui qui furetait aprtout où elle se trouvait, celui de la
petite culotte, celui tatoué sur l’épaule du mort,
entre eux et d’autres ? Quel rapport ??????
***
Cette
histoire sentait l’arnaque à plein nez, ces indices qui n’en
étaient pas, ces absences d’indices, ces personnages en
quête d’identité, ces mélanges de sexe et de
stupre, ces embrouilliminis, ces commanditaires évaporés,
ces pseudos coupables… comment y arriver ? Comment démêler
l’écheveau de la Vérité, toute nue sortie des
eaux de Garonne ???? Nue, mais glauque, car l’histoire l’était,
glauque. Personne ! Nobody ! Des inconnus des sans papier ni ADN ni
empreintes… des questions pour quelles réponses ?!
***
“Papillon
du jour toujours toujours toujours l’amour, papillon du
soir,bonsoir !”
fredonnait la divine Ludivine devant la glace dans la salle de bains.
Hummmmmmmmm elle avait décidé de s’occuper d’elle
puisque son ex était parti. Oh ce n’est pas la peur de
rester seule non, tant de moucherons qui essayaient de se coller à
elle… Non elle avait envie de ne penser qu’à elle et de
devenir encore plus belle et attirante ! Elle avait donc opté
pour un court séjour en thalasso. Et après réflexion,
elle avait choisi la Bretagne. Son teint de rousse ne souffrait pas
d’être agressé par le soleil trop violent. La divine
Ludivine chantonnait, heureuse. Elle pensait à sa vie, à
ses amours… bof ! Tout battait de l’aile mais demain ça
irait mieux ! Son dernier amant était parti, l’avait larguée
sans un mot !! Bizarre mais bon que faire ? Elle regrettait parfois
cet homme séduisant et si sexy qui lui donnait tant de plaisir
! Mais dans la tête qu’avait il ? Un pois chiche !!! C’était
un voyou de toute façon donc… qui sait où il était
? peut être avait il été trucidé ? Les
journaux n’en avait pas parlé mais bon… elle ne lisait pas
les journaux. Plus loin encore ses souvenirs remontaient… Culsec !
Ah oui ! Son médico priapique, quelle bête de sexe !
toujours prêt… Mais à côté de ça,
toujours prêt pour d’autres aussi. Dont une qui n’avait
rien à voir avec elle divine Ludivine, mais va savoir pourquoi
les hommes s’entichent de boudins ! ? La Marie couche-toi là
on l’appelait. C’est pour ça qu’elle avait plaqué
Culsec: il était devenu fade et mou… Et puis elle avait peur
qu’il lui ramène des microbes, des saletés non
seulement à cause de Marie couche-toi là mais aussi à
cause des macchabés qu’il disséquait avec tant de
plaisir ! Elle avait pourtant aimé ses yeux pairs, marron et
vert, ses cheveux souples, noir corbeau, son nez busqué qui
lui donnait du caractère. par contre la bouche était
fine et plutôt veule. La peau grenue, pas douce du tout. Mais
les mains, ah les mains, des trésors !!! Il savait la caresser
le Culsec, il savait y faire ! Rien que d’y penser elle en
frissonnait. Bah le temps avait passé, la divine Ludivine
balaya d’un revers de main le souvenir. Pas de nostalgie non !
Regarder droit devant soi et avancer. Voilà ce qu’il fallait
faire.
Elle
sortit de la salle de bain et entra dans la chambre. Un papillon
était posé sur le bord de son lit. La divine Ludivine
le regarda, fixement. Il lui semblait l’avoir déjà vu
mais… où ? Il ressemblait à un papillon qu’elle
connaissait. Mais oui, bien sûr ! Il ressemblait à celui
qu’avait tatoué sur son épaule droite son ex, le
voyou ! Troublant. La divine Ludivine ressentit une soudaine envie de
parler, de parler à ce papillon qui venait la visiter. “Qui
es tu joli papillon ? as tu seulement un nom ? Que viens tu faire ici
? Remuer mes souvenirs ? M’apporter le bonheur ? Dis, qui es-tu ?
d’où viens-tu ? Que me veux-tu ?”
Elle
s’assit sur le lit et s’allongea bientôt. Le papillon
n’avait pas bougé. Ses ailes étaient rapprochées.
Sa trompe semblait s’animer. La divine Ludivine entendit alors une
voix s’élever :
“Je
m’appelle Trompe la mort, je suis un papillon en mission comme tous
mes frères. Nous avons pour objectif de décimer la race
humaine. pour la punir de tous les maux qu’elle a infligés à
la planète, aux animaux, aux plantes et autres végétaux,
aux éléments… Un a un, une à une, les êtres
disparaîtront en tout cas leurs empreintes, leur ADN, ils
deviendront des larves dont nous, papillons nous nous repaîtrons,
plus tard.“
La
divine Ludivine commençait à se sentir mal mais la voix
reprit, enjôleuse :
“Cet
ADN, ces empreintes nous allons les broyer, les réduire en
poudre et les réimplanter dans d\’autres êtres qui
eux, seront bons, pacifiques, bénéfiques !“
Un
silence suivit. La divine Ludivine regarda le bord du lit. Le
papillon était là, les ailes collées, comme
recueilli. Elle reposa sa tête sur l’oreiller et ferma les
yeux. Le papillon reprit :
“Mais
moi j’ai une mission spéciale, car tous nous ne sommes pas
des tueurs, moi je recueille les âmes et je les plante dans de
grands champs. Chacune a une couleur, jaune, rose, bleue, parme…
une symphonie de couleurs… et chacune a une musique…”
La
divine Ludivine ouvrit les yeux et vit un grand champ multicolore, un
arc en ciel avec des fleurs qu’elles ne connaissait pas et une
musique ravissante s’éleva. Ensorcelante… la musique des
âmes, des anges… La divine Ludivine était comme
transportée. Sensation bizarre mais agréable. Le
papillon lui servait de guide… un long moment s’écoula.
Ludivine se secoua, où était elle ? que se passait-il ?
Le papillon avait disparu du lit ! Elle éclata de rire. Peu
importait, elle était plus légère, comme
détendue, zen… alors rêve ou pas rêve
qu’importe.
Elle
se leva et décida d’aller nager.
***
Lisa
Mona était très sensible aux voix. Elle n’aimait
guère celle de Culsec, stridente, déraillant parfois,
une voix qui ne collait pas au physique de l’homme. Une voix
étrange. Comme déplacée. Qui lui donnait
l’impression bizarre que cet homme n’était pas celui qu’il
voulait paraître. Un hiatus entre sa voix et lui. Les voix ne
sont-elles pas le miroir de l’âme ? Lisa Mona avait décidé
de se taper Culsec pour avancer dans cette enquête qui
n’avançait pas. Pinault croyait avoir trouvé mais
Lisa Mona ne le croyait pas. Culsec avait eu des éléments
que Pinault n’avait pas eus, ni elle. Et elle pressentait, elle
sentait, - son flair lui disait que Culsec n’avait pas tout dit -
qu’il avait même caché des choses. Et ça, elle
n’aimait pas du tout ! Donc il fallait qu’il se mette à
table. Pour Lisa Mona cela signifiait qu’elle allait le coucher sur
la table de dissection et se le faire. Les yeux fermés, car
franchement si des fois c’était agréable, là
elle craignait le pire ! Il s’était relâché
depuis le départ de sa meuf, il se laissait aller. Flasque, le
ventre débordant du pantalon, les cheveux longs et gras qu’il
avait pourtant beaux, la peau encore plus grêlée. Mais
Lisa Mona avait comme disons… un sens du devoir et aussi elle ne
voulait pas perdre la face. Donc elle allait le sauter.
***
Pendant
ce temps-là Pinault réfléchissait. Comme disait
l’autre, il inventait l’histoire en l’écrivant. Car
Pinault écrivait de temps à autre. De la poésie,
mais aussi des genres de nouvelles. A qui pouvait appartenir ce
délicieux sous-vêtement et ces cheveux ? Il lui fallait
les montrer à Culsec pour qu’il en fasse l’analyse. Et ce
minuscule bout d’aile de papillon aussi. Décidément
cet insecte les suivait partout depuis cette affaire de l’inconnu
du pont de la Garonne. Pinault n’avait plus le choix, il lui
fallait faire parler la culotte de soie noire, brodée elle
aussi de… papillons. Et cette Lisa Mona qui le snobait. Sûr
qu’il ne l’avait pas épatée du tout avec cet
indice. Elle n’y croyait pas. Il l’avait bien vu. Aucune lueur
d’admiration dans ses yeux bleus. Rien
nada niet ! En
même temps, plus il la regardait plus il lui trouvait un,
comment dire, un … quelque chose de décalé. De pas
catholique. Mais il n’arrivait pas à trouver quoi. Trop
femme oui, féminité exacerbée, comme pour
prouver qu’elle en était bien une….
Pinault
arriva au labo. Il y avait une moto arrêtée devant. Il
ne la connaissait pas. Pourtant l’intérieur du labo ne
semblait pas éclairé. Bizarre se dit Pinault. Il tourna
la poignée de la porte qui céda et il entra dans le
hall. Aucun bruit. Calme total. Il avança vers la salle de
dissection.
***
Mort
pour la france ! mort pour rien !! né d’entre les morts !!!
mort de peur ! peur de la mort… le mort lui n’en avait que faire,
mort il était, mort il restait. Et il se marrait de les voir
toutes et tous s’entortiller les méninges pour pas grand
chose ! Ah il les leur faisait se creuser !!! Plus marrant que de son
vivant. Mais où était passé son assassin ?
S’était pas transformé en papillon quand même ?
Grand fou !!!! Ses lunettes noires, sa masse de cheveux lui
manquaient. Il avait besoin de se taper une histoire folle, de se
raconter un bon délire ou de faire remonter un souvenir
tendre… “avec les femmes j’ai un succès fou ouh ouh
ouh”.
***
Feuilleton
de l’année 2008 | la confession d’un papillon du siècle
| le baiser de la mort | le bal des amants | les turpitudes d’un
simple flic | comment l’esprit vient aux voiture |, je t’aime moi
non plus | sous le pont Mirabeau coule la Garonne | ainsi font font
font les petites amoureuses | blanche Lisa Mona et les trois nains de
jardin…
la
liste était longue. Le DEB allait nous dégotter un tour
de passe passe bien pute !
***
Culsec
ne l’avait pas vu arriver la belle Lisa Mona qui lui faisait si
peur. Elle était venue à moto. Avec un aigle sur le
dos. Sanglée dans le cuir elle était encore plus
désirable et diabolique, mais Culsec avait décidé
de ne rien montrer de son… émoi. Motus,
bouche cousue ! D’abord que venait-elle faire là en pleine
nuit et sans l’avoir averti ? Qu’avait-elle en tête ?
Le
papillon était revenu. Il semblait l’observer du haut de
l’armoire aux bocaux de fœtus monstrueux.
La
table de dissection venait d’être lavée, désinfectée.
Elle brillait de tout son marbre blanc. Blanc comme la gorge de Lisa
Mona.
- Que
se passe t il ?” demanda Culsec, une urgence ? Que puis je pour
vous, j’allais partir…
Lisa
Mona sourit, de son célèbre sourire qui n’augurait
rien de bon.
-
Non, dit elle, je voulais vous parler, c’est tout.Voix suave,
attention ! Lampe rouge qui s’allume dans le crâne de Culsec.
Elle lui rappelait la divine Ludivine quand elle voulait se
l’alpaguer.
- -
Je voulais juste causer avec vous de cette affaire bien ennuyeuse,
l’affaire de l’inconnu du pont de la Garonne.
Culsec
se raidit. Motus, bouche cousue, lampe rouge, Ludivine…
Culsec
était intérieurement très mal. Lisa Mona le
sentait, redoutable prédatrice ! D’un bond elle fut sur lui,
l’étendit sur le marbre, le coinca de son genou droit et
commença à lui rouler un patin à faire se pâmer
tous les saints d’une assemblée générale
extraordinaire ! Prestement elle ouvrit sa chemise, lui mordilla le
bout des seins. Puis, elle s’attaqua au pantalon, déboutonna
la braguette et commença de s’affairer sur le morceau de
choix qu’elle venait de découvrir. Culsec suffoquait ! Lisa
Mona était experte. Elle ouvrit son propre blouson et se
révéla entièrement nue dessous.
Culsec
était au bord de l’asphyxie. D’une main Lisa Mona fit
glisser son pantalon puis retourna Culsec et l’enfila. Exactement,
elle l’enfila. Pour Culsec c’était la première fois
qu’il connaissait ! Culsec, vraiment ? Curieusement il éprouva
du plaisir et que ce soit Lisa Mona qui lui en donnait là
c’était trop ! Fulgurant l’orgasme arriva et tous deux,
pantelants, se retrouvèrent emmêlés sur la table
blanche, miroir de leurs ébats douteux et contre nature.
Quand
Lisa Mona leva les yeux elle vit le papillon qui semblait la regarder
comme hypnotisé.
***
Ils
écoutaient, ils regardaient, ils commentaient mais je m’en
fichais ! Leurs sourires, leurs rires, leurs clins d’yeux, leurs
moues ne me faisaient ni chaud ni froid. Facile ! De toute façon
je remplirai ma mission, je ferai ce pour quoi je suis désigné.
Et peu importe ce qu’ils en pensent ! Moi le mort je me moquais de
tout, de tous. Au point où j’en étais le monde
m’indifférait totalement. J’avais fait mon devoir…
j’avais transmis mon savoir. Personne ne m’était cher,
j’ignorais mes prochains… sauf un oui, que je sois honnête
sauf un, mon sauveur. L’homme que j’avais rencontré in
extremis… Celui qui m’avait donné le coup de grâce,
grâce à lui j’étais enfin délivré
des contingences terrestres. Grâce à son courage, à
sa compassion, à sa mansuétude. Cet homme, le seul qui
vaille la peine que je me souvienne de l’espèce humaine !
Lui mon double, mon reflet, mon secret. Mon bienfaiteur. Celui qui a
su “dire vrai le monde”. Je ne sais rien de lui d’ailleurs sauf
ses lunettes noires et ses cheveux. Sauf son sourire si doux, la
gravité de sa démarche, sa posture légèrement
identique… Je lui sais gré de son geste. Je le remercie de
là où je suis. Que fait il ? Où est il ? Avec
qui ? quels sont ses rêves ? ses chagrins ? ses fantasmes ?
J’aimerais l’aider au delà de mes ténèbres…
mais un mur infranchissable nous sépare.
Un
obstacle colossal.
***
Et
l’amour dans tout ça ? Où était-il ? que
faisait-il ? De sexe oui on en avait des tonnes ! mais l’amour ?
pourtant on en parlait partout, on en faisait des plats, on y
croyait, on l’espérait, on le chantait, … mais où
était-il ? qui l’avait enlevé ? soudoyé ?
assassiné ? C’était lui la victime ! la première
victime même !!!! L’AMOUR ! le tendre le merveilleux amour…
de l’aube claire… ça oui pour en causer on en causait mais
après ??? Question de le donner, là c’était
une autre histoire !!! Que des rapaces, des aigris, des radins, des
égoïstes ! Jamais donner, et en plus prendre, capter,
thésauriser ! Ah ils en racontaient pourtant les uns, les
unes, les autres ! Quant à passer à l’acte… niet
nada personne ! Parce que l’AMOUR madame ça demande du
courage et de la rage et de l’engagement ! Mais qui est prêt
à s’engager aujourd’hui, ma dame ??? qui ? Per sonne !
Triste réalité… alors on rêve on bâtit
des châteaux en Espagne, on se détruit l’âme et
on pleure ! Pourtant il est là tapi en nous, qui ne demande
qu’à exploser, imploser, à se cueillir à la
rosée, à éclater ses pétales en gerbes de
soleil, à vrombir de toutes ses musiques, à chanter à
crier de plaisir, il est là en nous … il EST nous ! Nous
sommes l’amour, alors aimons ! …
La
divine Ludivine pensait à Culsec qui pensait à Lisa
Mona qui pensait au mort qui pensait au DEB qui pensait à
Garonne qui pensait à la Bentley qui pensait à Pinault
qui pensait à Marie qui ne pensait à rien qui pensait
au papillon … valse funèbre ! valse ! valse ! Manuel !!!
tocca la guitarrra !!!!
***
Le
tardif témoin était formel. Oui du pont de la Garonne
il avait vu, oui il n’avait pas rêvé, il avait vu et
bien vu un homme appuyé sur la porte ouverte de la Bentley,
dont il s’échappait une musique. Oh d’accord quelle
musique le tardif témoin ne pouvait précisément
dire mais sûr, c’était de la musique classique ! Du
Mozart sans doute (il ne connaissait guère que Mozart) mais
bon où était le problème ? On cherchait un
assassin pas un musicien ni un compositeur… quoique ! ? Oui il
était affirmatif, c’était un homme, assez grand et
surtout d’en haut du pont il pouvait dire que ses cheveux étaient
abondants et tiraient vers le blanc. Tout de noir vêtu, facile
donc ! Et il semblait qu’il ait eu des lunettes, noires les
lunettes. Que faisai- il là appuyé à la Bentley
dans laquelle on allait découvrir quelques heures plus tard,
un mort ! Un mort qui posait problème car on ne parvenait pas
à l’identifier. Ni adn, ni empreintes, rien, nada niet !
Autant dire que le tardif témoin était inespéré
et son témoignage précieux ! Mais ???? Les jours
avaient passé et comment retrouver l’homme aux lunettes et
cheveux tirant vers le blanc ?
****
Affinités
électives, franchement Culsec n’aurait pas cru que Lisa Mona
était ce qu’elle était mais peu lui importait
maintenant ! Il se souvenait de cette nuit d’enfer ! Quelle nuit !
jamais il n’aurait cru vivre ça un jour. Mais, il l’avait
vécu et ne mourrait donc pas idiot, enfin… moins idiot
disons. Lisa Mona ! Ah elle cachait bien son jeu la garce. Elle
savait y faire dans tous les domaines. Elle avait du rouler sa bosse
car vu son âge on pouvait pas dire qu’elle était en
retard, au contraire, elle aurait pu en remontrer à beaucoup
!!!! N’empêche, Culsec était subjugué et ne
jurait plus que par elle ! Oui il s’était mis à
table, oui il avait dit ce qu’il pensait des papillons, oui il
avait livré ses petits secrets et plus … et alors ? la
nature humaine est faible, c’est bien connu… Mais, si ça
pouvait faire avancer l’enquête quel mal y avait il à
ça ?
S’en
foutait des jaloux, des envieux, des mal baisés, des
impuissants, des tordus, des moralistes de tous poils ! Au moins lui
il était en phase avec lui même…
Par
contre la suite de la nuit l’inquiétait davantage. L’ampoule
au plafond de la salle de dissection avait rendu l’âme, trop
excitée par ses ébats avec Lisa Mona ? D’autant
qu’ils avaient remis ça… Dans le noir, et c’était
encore plus excitant, plus fort, plus jouissif !!!!!! Une bombe la
Lisa Mona, una bomba erotica. Au plus fort de leur transe, la
porte s’était ouverte brusquement et quelqu’un était
entré dans la salle de dissection. Coupant les effets.
Quelqu’un qui avec la pénombre était difficile à
identifier. Quelqu’un qui connaissait assurément. Ou un
rôdeur ? Mais vite Culsec sut. Pinault ! Rien qu’à son
odeur, Culsec était sûr. Pinault sentait le whisky et le
tabac. Putain ! Que venait il faire là ???? Lisa Mona ne
bronchait pas, faisait la morte, pesant de tout son poids sur son
amant. Culsec était tétanisé. Impossible de
bouger, de tricher non plus. Pinault allait savoir, découvrir
le pot aux roses.
Un
grand rire découpa le silence. C’était Pinault !
-
Que faites vous là tous les deux ? Vous jouez au papa et à
la maman ?
Silence
mortel.. Ni Lisa Mona ni Culsec ne pouvaient parler… Gorge nouée.
Pas envie de rire non plus.
-
Ça va je vous ai reconnus, inutile de me raconter des
salades. C’est excitant Culsec ? C’est un bon coup Lisa Mona ?
Pour
toute réponse il reçut une gifle de ladite Lisa Mona.
Pinault décidément n’était pas un mec
fréquentable. Culsec se reculotta bon gré mal gré,
maugréant dans sa barbe de deux jours… Lisa Mona rajusta son
haut en cuir et reprit ses esprits.
-
Que venez vous faire ici Pinault ? Du nouveau ? ou vous m’espionnez
? Et pas un mot sur tout ça sinon vous aussi passez à
la casserole !
Pinault
qui abominait les amours contre nature, qui vilipendait les gays, ne
se le fit pas dire deux fois.
-
Euh… j’apportais juste à Culsec ma trouvaille.
Et
il tendit audit Culsec un sachet en plastique dans lequel on pouvait
voir le culotte de soie brodée noire et les cheveux longs roux
collés avec le brin d’aile de papillon. Et sur ce il
s’échappa sans demander son reste.
***
Entre
l’irrationnel de la piste des papillons telle que la lui avait
confiée Culsec, étayée de faits certes
intéressants mais … difficile pour son cerveau pragmatique,
et celle du tardif témoin tout aussi délicate car si
tardive et si sujette à caution, Lisa Mona ne savait sur quel
pied danser. Rare était cette situation si inconfortable pour
elle.
Cependant
il fallait avancer, le big boss avait exigé des résultats
et le mort prenait une place à la morgue qui devenait
encombrante.
Culsec
devait analyser la culotte, les cheveux et l’infime morceau d’aile
de papillon mais cela aurai- il valeur ? Dataient ils du mort ? La
Bentley avait été louée à maintes
occasions…
Lisa
Mona, en attendant les résultats, décida de suivre la
piste du tardif témoin. Elle lança ses chiens ! Qu’ils
ratissent les bords de Garonne aux alentours du pont, du lieu du
crime, avec le portrait pas robot mais presque ! Qu’on le retrouve
cet inconnu aux noires lunettes et aux cheveux tirant sur le blanc !
Il le fallait ! Coûte que coûte !!! Le cuisiner et savoir
s’il avait ou non un rapport avec l’Affaire.
***
L’inconnu
était localisé ! On avait eu des témoignages
concordant… Oui, il s’agissait d’un homme qui rôdait sur
les bords de Garonne avec sa caméra, un malade sans doute. Un
obsédé ! Il filmait ! ? Il filmait mais qu’y avait-il
à filmer sur ces bords de Garonne ? Que dalle ! Y avait qu’un
fou ou un obsédé pour trouver un intérêt…
Il
paraissait que c’était un écrivain, cinéaste à
ses heures aussi, un éditeur même ! Trois casquettes
pour un seul homme, voilà qui était suspect !
Et
puis s’il n’y avait rien à filmer que faisait-il là
? Travaillait pour la CIA ? Le KGB ? La DST ? pour d’illustres
inconnus ou agences indéterminées ??? Pour Internet ?
Que faisait il là ce jour là ?
Accoudé
à la Bentley louée dans laquelle on allait trouver un
macchabée ? Etrange… Connaissait-il le mort ?
Non
cet homme n’était pas un passant ordinaire. Il fallait le
rencontrer et le passer à la question !
Lisa
Mona était décidée et prit sa moto tout en
demandant à ses hommes de la suivre en voiture jusqu’au bord
de la Garonne, à l’adresse du suspect devenu suspect n°1.
La route était embouteillée et Lisa Mona ne regretta
pas d’avoir enfourché sa moto. Par contre elle allait devoir
attendre ses hommes qui malgré leur gyrophare, se retrouvaient
coincés dans les bouchons du pont au dessus de Garonne. Elle
s’arrêta pour étudier les lieux.
Glauques,
les lieux étaient glauques. Vrais lieux pour un crime. Qui
avait tué qui et pourquoi ? Le mystère n’était
pas résolu… Il y avait du boulot encore !
Lisa
Mona remonta sur la route et la voiture la rattrapa. Assez rapidement
ils furent chez le suspect n°1. Mais la maison était
déserte, les volets fermés, le portail cadenassé.
Tout semblait dormir… Ni chien, ni voiture, ni rien ! Pas de
voisins non plus… Chou blanc !
Lisa
Mona enrageait ! Elle remonta sur sa moto et décolla dans une
fumée noire comme sa colère.
***
« Vérité
en deça de Garonne, erreur au-delà… »
Culsec
était las… son savoir, les plus performants moyens
d’analyse, les dernières inventions, rien n’y faisait. Le
mort restait une énigme !
Un
cas !! Bien sûr il faut un premier mais bon, pourquoi ça
tombait sur lui ? Lui qui devait redorer son blason dans la
profession, lui qui avait une épée de Damoclès
au-dessus de la tête… dont la situation ne tenait qu’à
un fil ! Il lui fallait trouver, car là, il aurait enfin les
coudées franches et ne serait plus menacé de radiation…
Mais voilà, l’Affaire était tordue et délicate,
naviguant entre l’irrationnel et … l’inconnu !
Culsec
se mit au travail. Il sortit avec une pince du sac plastique la
culotte de soie noire brodée, ravissante ! Puis les cheveux
collés et ce minuscule morceau d’aile de papillon.
Ces
papillons commençaient à lui courir sur le dos ! Trop
présents partout sans jamais l’être !
Quel
rôle jouaient-ils dans l’Affaire ? Une diversion ? Un
égarement ou une vraie piste ?
Culsec
étala de ses doigts gantés les divers objets… Les
regarda attentivement… Bon sang mais cela lui rappelait quelque
chose ! Cette culotte, ces cheveux !
Non,
impossible ! Non ce ne pouvait être… La salope ! Elle
n’aurait pas fait ça ! Si ?
La
culotte noire brodée de papillons, en soie sauvage… ne
l’avait il pas maintes fois tenue dans ses mains ? Ne l’avait il
pas caressée ? autant que la soyeuse peau de celle qui la
portait ? N’avait il pas tenu dans ses mains à lui Culsec
les lobes fermes et doux des fesses de celle qui portait cette
culotte ?
Il
devenait fou ! Putain ! Pas toi divine Ludivine ! Pas toi !!! Que
venais-tu faire là dans cette histoire glauque ??? Non cette
culotte pouvait être à n’importe qui d’autre…
Allons se dit Culsec ne nous égarons pas…
Mais
le mal était fait, le sournois soupçon grignotait son
cerveau…
Culsec
examina alors les cheveux. Longs, roux, fins, raides… raides comme
lui qui allait tomber raide ! Divine Ludivine, plus de doute possible
! C’étaient ses cheveux ! Cheveux qu\’il avait si souvent
caressés, emmêlés, embrassés, lissés,
coiffés même, cheveux d\’ange doux, de lucifer tentant
!!! Divine Ludivine… le monde était donc si petit…
Mais,
rien ne disait non plus qu\’elle était mêlée au
crime ! La Bentley avait été louée, de
nombreuses fois… Louée pour quoi d’ailleurs ? Pour faire
le tapin ? Pour des ébats illicites ? Sa divine Ludivine se
prêtait elle à de sordides aventures en voiture ?
Baisait-elle toutes vitres fumées levées, en roulant ?
A l’arrêt ?
Les
méninges de Culsec tricotaient à cent à l’heure…
Voiture de passe, de luxure, voiture damnée ! Divine Ludivine
avait pris son pied en voiture… Et avait sinon fait commerce de ses
charmes, du moins avait elle donné son corps à un ? des
? amants de fortune…
Avait
elle baisé avec le mort ? La culotte parlerait si on trouvait
des traces de foutre… mais vu l’Affaire, adn, empreintes nada
niet ! … ?
Et
pourquoi avait elle laissé ? oublié ? sa culotte …
???
C\’est
vrai que parfois elle ramenait du fric à la maison et que
Culsec fermait les yeux. Après tout, il en profitait. La
divine Ludivine lui faisait des cadeaux, lui passait ses caprices.
Ainsi il avait pu se faire tatouer un joli mignon petit dragon au
dessus de la fesse gauche…
Lisa
Mona ne l’avait pas remarqué ce dragon ! ? Trop occupée
à sa besogne !
Culsec
revint à ses moutons… Bon que faire de ces indices ? S’ils
compromettaient son ex c’était ennuyeux, sinon que
prouvaient ils ?
Il
décida d’envoyer au labo l’ensemble. Le morceau d’aile
de papillon aussi, qui lui posait problème car sa forme
n’était pas sans lui rappeler celle du papillon tatoué
sur le mort.
On
tournait en rond !
et
rond et rond petit patapon… Manège tournez manèges,
roulez méninges, petits bolides, rois de la vitesse, Bentley,
DEB, Lisa Mona, Pinault… qui allait attraper la queue de Mickey ?
98
(par Amb55) :
Une
idée lui traversa l’esprit. Il allait de son côté
mener sa propre enquête. La culotte il devait savoir si oui ou
non elle appartenait à la divine. Il voulait savoir si cette
dernière, la Ludivine, était une habituée des
Bentley, ou bien si elle avait quelque chose à voir avec les
papillons.
Il
remit les pièces à conviction dans une poche plastique
à laquelle il attacha la fiche qu’il avait pris soin de
remplir en précisant la nature des indices, la date et le lieu
de leur collecte. Il déposa la poche dans une armoire qu’il
ferma à clef et se décida à passer un coup de
fil à son ex. Après tout, mise à part sa partie
de « cul en l’air » avec celle qui se prenait pour la
Joconde, cela faisait quelque temps qu’il n’avait pas eu loisir
de caresser de la chair douce et fraîche comme il l’aimait
tant. Ludivine c’était sa petite confiserie. Le soir quand
il avait passé sa journée à tripoter des
abdomens dont il devait sortir pour les analyser des mètres et
des mètres de boyaux , passer son temps à fouiller dans
les oreillettes, les ventricules ou autres cervelets à la
recherche d’un quelconque minime indice, laisser enfin glisser ses
doigts experts sur la peau tendre et fine d’une belle rouquine
était pour lui la meilleure des détentes.
Depuis
son bureau, il appela donc Ludivine pour lui proposer en premier lieu
de l’emmener dîner dans un de ces petits restos sympas au
bord de l’eau, bien en aval, lorsque la Garonne après avoir
été rejointe par la Dordogne file vers la mer en un
large estuaire. L’eau avait coulé sous les ponts depuis leur
dernière rencontre et un homme avait trouvé la mort lui
aussi, sous le pont. Le fleuve sur son aval allait peut-être
livrer ce soir quelques-uns de ses secrets et la belle Ludivine
allait peut-être finir elle aussi par lâcher quelques uns
de ces mystères. Tout au moins pourrait-il en apprendre un peu
sur son emploi du temps des jours derniers.
99
(par petite mauve) :
A
quatre mains et plus, à autant de pieds voire plus, à
tant de langues, de plumes ! à plein de bouches de têtons,
de fesses et de sexes… quel roman pluriel ! Une vraie partouze
littéraire non ?
Bon
le suspect n°1 était revenu qui ne savait ce qui se
tramait contre lui. Tout juste un avis de convocation au
Commissariat, rdv avec Lisa Mona…
Divine
Ludivine revenue de sa thalasso en pleine forme allait revoir son ex
Culsec pour un dîner qu’elle appréhendait un peu. Les
souvenirs c’était pas trop son truc. Mais bon ça lui
ferait une sortie et puis… à défaut de voyou ou de
nouveau godelureau, on verrait.
Pinault
était fébrile en attendant les résultats du
labo, mais il allait attendre ! Culsec lui avait joué un
mauvais tour…
Lisa
Mona attendait de pied ferme le suspect n°1 signalé de
retour en ses terres !
Le
mort savourait la fraîcheur de son tiroir à la morgue vu
la chaleur estivale du moment !
Marie
que faisait elle ? à l’horizontale comme d’hab (j’ai pas
écrit DEB !)
Garonne
coulait des jours heureux dans son lit en attendant la suite
La
Bentley restait sur ses gardes
Quant
au papillon il voletait, insouciant en apparence…
Tout
ce petit monde sentait l’orage monter sans avoir quand il allait
éclater.
100
(par DEB) :
Pauvre
Lisa Mona, elle n’a rien vu venir. Elle a vu ce qu’elle voulait
voir. Elle voulait voir Culsec, et elle a vu Culsec. Lequel des deux
a baisé l’autre ? Moi, ça me plaisait bien cette
histoire. Elle suce très bien Mona, petite Lisa, très
très bien. Elle a même eu à son tour quand je
l’ai prise sur la table de dissection, elle a même eu des
mots d’une douceur extrême. Tout est très intense, en
elle, en lui, en eux. Et puis, ces seins prodigieux, ce cul haut
perché, cette bouche parfaitement consentante, précise
et inspirée ne m’ont pas laissé insensible. Elle se
les ferait tous Lisa Mona, et tous ceux-là, ce serait moi.
Mort, Mort Schumann avait dit vrai : il suffisait que je les regarde
pour devenir ce qu’ils attendaient ; il suffisait de les toucher
pour en faire, moi, ce que je voulais. C’était aussi simple
que ça.
101
(par Amb55) :
Et
voilà qu’il la ramène le DEB. Il la ramène
superbement en jetant du moi à tire larigo. Qui es-tu donc
vraiment toi qui te déclines ici comme le maître du jeu
et te prends en même temps pour tous les acteurs morts ou vifs,
et en même temps un peu pour Dieu le père ? DEB ? coiffé
de son éternel couvre-chef, caché derrière des
lunettes noires dans lesquelles se mirent tous ceux qui te croisent,
lunettes telles un papillon, mais qui à l’inverse de ses
inoffensifs comparses qui se laissent eux, prendre aux filets de la
lumière, emprisonne dans le noir de ses ailes largement
étalées les âmes de ceux qui ont le tort de venir
s’y perdre quelques instants. Les toucher dis-tu ? les toucher,
toucher leur âme naïve pour les entraîner dans tes
rêts et peut-être à l’image de ces carrelets qui
bordent le fleuve et l’estuaire, ces grands filets dans lesquels
viennent se perdre les petits nageurs de passage, non pas les sortir
de l’eau, mais les entraîner dans ton bord de l’eau. Alors
toi, toi, qui semblerais être le dernier à avoir vu
vivant le mort, ne serait-ce point toi, qui aurais englouti son âme
? ne seraient-ce point les deux ailes vitrées de tes
lunettes-papillons qui tel un trou noir auraient absorbé à
la fois l’âme de l’inconnu, et tout ce qui faisait sa
nature humaine au point d’effacer définitivement toute trace
de vie et toute empreinte ?
le
trou noir … allo Papa Tango Charlie … répondez nous vous
cherchons.
Bord
de Garonne, comme un triangle des Bermudes ….
DEB
un extra-terrestre ?
DEB
lunettes de star, DEB une super novae ?
102
(par DEB) :
Mais
c’est clair pourtant : les lunettes, le chapeau, les doubles…
Zeus
rend fou ceux qu’il veut perdre…
L’âme,
l’âme…
Faust…
ah, le vieux mythe pourri…
L’âme,
l’âme des vieux soleils… (Rimbaud).
103
(par petite mauve) :
DEB
Deborah, l’homme invisible. Invin-cible ! indicible ! nous sommes
tes cibles ! facile, tu mènes le jeu d’ailleurs n’est ce
pas toi qui l’a lancé !
Et
petits goujons nous avons mordu à ton âme-son… sans
que cela soit pour nous déplaire.
Qui
baise qui ? Vaste question oui ! Lisa Mona ou une autre ou un autre …
c’est du pareil au même
Tu
n’es personne et tu es tous à la fois. Le grand fantasme !
Le désir suprême !!!!
DEB
le déb-moniaque ! Dieu ? Diable ? les deux bien sûr,
pour vous servir et selon les moments… Jouissance du puissant du
power
Hierophant
Ah
DEB tu veux tout et toutes, tu veux nous dévorer et que le
monde soit à tes pieds. Notre äme ? ou notre corps… Nos
pensées, nos souvenirs, nos désirs, nos émotions…
prédateur, vampire qui se nourrit des autres.
Consentantes
nous sommes en plus ! Victimes consentants… amen !
Cache-
toi derrière tes lunettes noires et couvre-toi de ton chef,
cela ne changera rien ! Double whisky garçon
!
Doubles,
triples ou plus, chapeau vole ! lunettes volent ! c’est l’enfant
jamais rassasié qui vit en toi ! c’est l’incroyable enfant
qui détruit les châteaux de sable, qui souffle sur les
braises, qui crache dans le vin, qui se tatoue de croix de bois croix
de fer si je meurs je vais en enfer
l’enfer
c’est TOI DEB !
VA
AU DIABLE !
Lisa
Mona t’attend pour ton jugement dernier. Ça c’est la
réalité ! et là Rimabud ne sera d’aucun
secours !!!
papa
tango charlie
papa,
maman et moi…
***
Lisa
Mona réfléchissait. On la prenait pour une conne mais
elle allait montrer ce qu’elle était !
Le
DEB menait la danse. Facile pour lui les lunettes, le chapeau, les
doubles ! Facile ! C’est toujours facile pour celui qui sait !
C’est
l’évidence ! danse danse ! dansez sur moi dansez sur moi, au
soir de nos fiançailles, dansez sur moi…funérailles
!!!! Facile le DEB ! Facile…
Lisa
Mona ne doutait pas de sa perspicacité même devant
l’irrationnel. Le suspect n°1 devait parler ! Elle devait le
coincer !
Culsec
? Et alors ??? Où était le problème ! ils
avaient baisé voilà tout ! et qui avait baisé
l’autre ? Bien malin celui qui aurait pu dire…
Depuis
qu’elle avait changé de sexe Lisa Mona s’interrogeait
souvent. Femme elle avait voulu devenir et ne le regrettait pas. Par
contre elle avait découvert l’envers des hommes et là,
pardon mais, c’était plutôt … hallucinant et …
déconcertant !!! Tous ces mecs qui ne pensaient que par leur
queue, qui n’existaient que par elle ! Qui n’avaient rien dans la
tête, forcément !!!! Quelle découverte, pas très
jolie et presque décevante. Mais bon sans doute le monde
est-il ainsi fait.
Lisa
Mona se préparait à LA rencontre. Cette fois aurait
elle en face d’elle un homme, un “vrai” ?
Elle
relu ses notes, repassa les vidéos, rebriefa son staff,
rétablit son intégrité physique et se mit à
méditer pour être zen, cool, prête quoi !
104
(par Amb55) :
Ah,
les confidences des uns, des autres, les confidences des femmes aussi
? Il faudra lui dire à Lisa qu’avant de rencontrer l’homme
au chapeau et lunettes-papillon elle devrait un peu lire de sa
littérature, histoire de se mettre dans l’ambiance, de
s’imprégner intellectuellement.
Pour
sûr qu’elle pourrait y trouver quelque grain à moudre.
Tous ces gens qu’il côtoie et dont il recueille les
confidences, ces gens dans la fleur de l’âge ( la fleur pour
un papillon, hein ?), à la limite du grand passage. Si la Mona
elle n’a pas lu un peu de la prose à celui qu’elle se
préparait à rencontrer elle aurait du mal à
saisir toute la jouissance qu’il mettait à recueillir ainsi
les parcelles de vie de ces hommes riches d’un passé
intense.
ET
pourtant. Pourtant. La clef de l’énigme du pont de la
Garonne ne serait-elle pas ici ? L’homme en noir, comme un
charognard avant l’heure avide de la vie des autres, l’homme qui
passe avant que … ne “sonne l’heure, viennent les jours”
“Sous le pont Mirabeau, coule la Sei-ei-neu …” L’homme qui ne
vit que par les autres et leurs confidences.
S’il
n’est pas l’assassin, il lui faudra à Mona comprendre
qu’en tout cas, il savait. Il savait que l’homme à la
Bentley n’allait pas tarder à passer l’arme à
gauche. Il savait que cet homme, inconnu dans la mort, avait été
dans sa vie “Un” personnage, et pas n’importe qui. Et lui, il
le savait le DEB. Il lui faudra aussi à Mona déterminer
si cet homme comme André Breton était mort avant
l’arrivée de son confident, ou bien si comme Francis ou JP
il avait eu le temps de se livrer.
***
En
relisant ces notes Mona s’aperçut qu’il manquait un
élément important dans la somme des maigres indices
relevés : on n’avait pas encore déterminé
l’heure exacte de la mort. Elle nota sur son calepin “revoir
Culsec pour l’heure”.
Elle
réajusta son chemisier à fleurs, tira sur les pans de
sa jupe étroite et sortit.
105
(par Brigitte Giraud) :
Culsec
avait une mine sépraphique affligée. “Bon, ne
pas s’emporter, laisser le courant contrôler le courant !“Il
savait bien qu’il confondait, depuis le début de l’affaire, sa
révolte personnelle avec l’agitation de l’enquête. Non,
il ne portait sur sa figure aucune marque d’anciennes lassitudes,
aucun théâtre d’ombres n’incrustait ses yeux étonnés
de s’ouvrir chaque matin sur des paysages ordinaires qu’il avait fini
par haïr. Seulement, Culsec ne parvenait plus à
s’intéresser aux autres, et les vivants, comme les morts et
les bêtes, étaient devenus des sortes de marionnettes
sans importance. Il aurait pu résumer son état mental
d’une phrase lapidaire dont le sens véritable lui échapperait
toujours : “Je m’emmerde !”. Pour Culsec, amener ces
mots à sa conscience relevait du courage même
si l’audace, pour lui, était toujours coupable.
“Pour
autant, pensait le témoin en regardant son chat, combien
d’entre nous vivent sans éclat et sans mots, sans contenant où
se saisir, seulement résignés à être,
juste ça, être, pour la raison suffisante qu’ils
sont nés.”
Culsec,
médecin et légiste, se révoltait dans les
règles, en tenant sa langue.
“Les
femmes sont plus libres, avait-il dit à Pinault l’autre
jour, elles peuvent improviser leur vie, elles.”
Pinault
aurait pu trouver du panache à l’esthétique de la
répartie, mais il tenait trop Culsec pour un imbécile
pour partager avec lui le poids du monde.
Toutes
les Mona Lisa et autre Ludivine se moquaient bien des cadres
imposés, de ces péroraisons vaines, des dégoisements
sans fin. Qui sait, peut-être qu’elles s’indifféraient
elles-mêmes, qu’elles s’indifféraient aussi, haussant
les épaules et soufflant un peu devant les miroirs qui les
piégeaient.
“Alors,
tu vois, continuait le témoin à son chat, les
pensées conduisent souvent à des caves. C’est dans le
noir que jaillit la lumière. La cave donne sur un tunnel, qui
mène à un quai, à une berge, et tu ne peux
pas savoir comme ça sent le mort ici. Tiens, regarde-les tous,
ils s’entendent à momifier l’humain, ceux-là ! Voient
donc pas comme ils s’ennuient ? Passent leur temps à s’occuper
les heures. Pourraient pas comprendre que le type ne supportait plus
l’eau, supportait plus la rue, le bruit de la rue,
supportait plus l’herbe, tu vois, ni le chantier du monde. Non,
supportait plus sa peau, chez lui, dans lui, dedans, dehors.
Supportait plus la prison de sa peau, juste ce papillon sur
l’épaule pour le sauver et… qu’il n’a pas suffi.”
106 (par DEB) :
Pauvre Lisa Mona, pauvre Culsec qui ne se souvenait même pas que j’avais baisé sa marie devant ses yeux et pauvre Lisa Mona qui ne comprend toujours pas, qui le regarde le Culsec si moche si flétri et qu’elle a pourtant sucé comme ça ne lui était pas arrivé depuis son autre vie, quand elle n’était qu’un mec, complètement mec. Ce pauvre Culsec qui ne semblait pas davantage se souvenir de quoi que ce soit, sauf qu’il avait retrouvé la Mona à genoux, en larmes.
Pauvre Mona qui me chercahit sans savoir qu’elle m’avait eu en bouche, qu’elle m’avait fourré de ce sexe de mâle qu’il avait conservé et qu’il/elle avait tant de mal à sentir là, comprimé et qui n’était pas ce mont de Vénus proéminent que les mâles imaginaient.
La vérité, foutre d’âne. La vérité. Elle n’était pas ailleurs. Elle était là, tout le temps. Rien n’a été caché. Depuis le début tout est là, sous leurs yeux. Même le revolver, même moi, cheveux blancs, chapeau, caméra, tout.
Quand Mort me l’a remis ce revolver, il a évité de me toucher, et même de me regarder.
- Cela n’a rien à voir avec un crime, vous savez, dit-il très calmement. Les apparences, cher ami, vous allez voir comme elles comptent pour eux les apparences ! Vous allez les traverser, toutes, à votre gré.
Le soir commençait à se faire. J’ai enlevé le cran de sécurité.
- Rassurez-vous, il n’y aura pas de sang. Ma tête ne va pas éclater comme une tomate trop mûre. Il ne se passera rien.
Je le vis sourire :
- C’est moi qui vais passer.
J’avais envie de lui demander si nous nous reverrions. Mais c’était une question absurde.
- Je vais donc devenir un fantasme ? ai-je demandé, c’est bien le mot ?
- On peut dire ça.
J’ai mis le revolver sur sa tempe…
